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Jeu de guerre et éducation à la paix -1-

Jouer à la guerre en temps de guerre peut être une thérapie

Mireille SZATAN

09 / 1997

Quand on arrive en Cisjordanie et à Gaza, et que l’on observe les jeux des enfants dans les rues ou dans les cours de récréation, on se rend vite compte que nombre de leurs jeux reflètent ce qui se passe autour d’eux : de la même façon que d’autres jouent aux indiens et aux cow-boys, ils jouent aux israéliens et aux palestiniens dans différentes situations de confrontation. Il n’y a pas là matière à s’étonner. Les choses doivent se passer de la même façon du côté des enfants israéliens, mis à part le fait que les " goodies " et les " badies " sont inversés. La littérature est pleine d’observation de ce genre, dans différents pays, à différentes époques. Les enfants français ont fait de même durant la dernière guerre, ainsi que les enfants vietnamiens ou les enfants de l’ex-Yougoslavie. Bien plus, même en temps de paix, les jeux de guerre sont très répandus et très populaires, dans tous les pays.

En temps de guerre comme en temps de paix, les parents et les éducateurs ne savent jamais vraiment quoi penser quand ils constatent que leurs enfants jouent à de tels jeux. Ils ont besoins de points de repères pour comprendre vraiment quels en sont les enjeux. Il est important de les aider à trouver de tels points de repères dans une double perspective :

- pour leur permettre de faire la différence entre les " jeux ordinaires " et les jeux " post traumatiques ", parce qu’il y va de la santé mentale de l’enfant.

- pour leur permettre d’apporter les réponses (les réactions)appropriées à ces comportements.

De quoi s’agit-il quand les enfants palestiniens jouent aux soldats israéliens et aux

palestiniens ?

- Tout d’abord, d’une façon générale, l’environnement à un impact sur le contenu et la signification des comportements de jeu : les enfants prennent des éléments de leur environnement, de leur vie quotidienne pour les intégrer à leurs jeux (on peut dire la même chose à propos des dessins). Les manifestations, les funérailles, les arrestations et les brutalités sont trop souvent la réalité quotidienne des enfants palestiniens.

- Chaque épisode de " jeu ordinaire " comporte en lui-même une " thérapie " : les enfants rejouent dans leurs jeux les conflits et les situation stressantes auxquels ils ont été confrontés dans une tentative d’assimiler le monde extérieur, de contrôler et de réorganiser ce qui se passe autour d’eux. A travers la répétition, la re-mise en scène de ce à quoi il a été confronté, l’enfant peut explorer ses propres réactions et sentiments, faire diminuer ses craintes, comprendre mieux un événement mal assimilé ou le transformer dans son jeu pour le rendre plus plaisant dans ses fantasmes, pour se donner l’illusion de la maîtrise.

En même temps, le jeu constitue un véritable processus d’enculturation : les enjeux incluent la socialisation politique de l’enfant qui construit ce-faisant son identité palestinienne et l’identification aux héros de l’Intifada. Souvent aussi, les enfants transforment leur jeu en une forme de protestation et de résistance, c’est leur façon à eux de contribuer à leur effort de lutte de la communauté.

- Une certaine dose d’agressivité est nécessaire dans la vie, chacun à envie d’avoir une prise sur certain nombre de choses, sur les autres, sur les événements (cela d’autant plus dans le contexte palestinien).

- Nous avons vu aussi comment le jeu peut être une thérapie, un " remède ", que l’enfant s’administre à lui-même : personne n’est blessé, il y a abréaction et l’enfant devient capable de faire diminuer son anxiété après quelques épisodes de jeux.

La compréhension de ces multiples facettes du jeu pour l’enfant passe obligatoirement par la formation des éducateurs et de longues discussions en groupe ou particulières avec les parents.

C’est ce qu’ERM s’est efforcé de faire dans ses programmes de " centre d’animation pour enfants et adolescents à Gaza de 1992 à 1996 ".

Mots-clés

éducation à la paix, violence, sociologie de la violence, enfant, identité collective


, Palestine, Cisjordanie

Notes

Cette fiche est tirée d’une intervention de MANSOUR, Sylviepour la conférence " Mental Health and the challenge of peace", Gaza, septembre 1993.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

(France)

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