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Les ’temps galères’... pour s’adapter aux temps sociaux des jeunes

Betsam ES SASSI

08 / 1996

Les "temps galères" ou comment répondre à ""la galère" ressentie par les jeunes et les professionnels des équipements sociaux, occuper ce temps libre autrement qu’à ne rien faire... En 1990-91, dans le quartier Saint-Jean à Villeurbanne, le centre d’animation a proposé aux jeunes de dix-huit à vingt-cinq ans d’investir les équipements sportifs, mis à disposition par la ville, le samedi soir et le dimanche après-midi. Outre le support sportif, d’autres activités sont également proposées : sorties cinéma, spectacle, balade, sortie restaurant à thème... C’était au tout début du partenariat mis en place dans le cadre du développement social des quartiers.

Le week-end, un "temps social" privilégié

Le samedi soir est un temps social particulier qui se partage collectivement. Or ces jeunes, qui utilisent maintenant le gymnase sans difficulté sont généralement "en galère et n’ont pas les moyens financiers leur permettant de sortir. Ils se retrouvent à ne pas savoir quoi faire ... Il s’agit d’un temps de retrouvailles collectives, de partage et d’ambiance. "Les jeunes parlent beaucoup du gymnase. Ça va au-delà du sport et de l’activité elle-même, c’est une façon de prendre du temps ensemble" explique Daniel Segaud, directeur de centre d’animation."On a fait à cette époque une demande globale d’utilisation des équipements sportifs qui étaient jusqu’alors sous-utilisés, mais ce n’est pas la seule réponse apportée ... Par exemple, les sorties qui permettent à des jeunes d’aller dans des endroits qu’ils ne connaissent pas, comme les sorties culinaires à thème (les plus jeunes ont entre douze et quinze ans). Ils se préparent à l’avance, s’habillent bien. On veille, autant que possible, à ce que le groupe soit mixte. Dans ce cadre les discussions ne sont plus les mêmes. On remarque un changement de comportement et d’attitudes" observe D. Segaud.

Toutefois l’activité sportive domine actuellement. C’est incontestablement l’activité la plus régulière qui peut regrouper jusqu’à cinquante participants, en particulier le samedi soir. Lors de ces rencontres, basées sur une forte convivialité entre les jeunes du quartier, les règles n’en sont pas moins établies rigoureusement : "il faut les amener à respecter les locaux, à être à l’heure, à venir en tenue sportive et à prendre la douche ... Cet ensemble de règles forme un rituel". Il ajoute que l’aventure s’avère être un tremplin pour nombre de jeunes pour lesquels il note un changement de comportement et la possibilité de créer ou de maintenir des relations sociales. Celles-ci se tissent entre les participants eux-mêmes mais également avec les intervenants sociaux : "c’est un espace de rencontres pour les gens entre eux et entre eux et nous. Mais aussi avec des plus grands, des pères de famille, le gardien de l’immeuble" .

L’animateur, Wahid, est lui-même issu de ce quartier. Son nom fait résonance auprès des jeunes. De par son histoire, il est à mi-chemin entre le quartier et l’institution. Il est considéré comme une personne ressource qui a rejoint l’équipe du centre social. Ce dernier note qu’il n’est plus le seul à faire respecter les règles. C’est la démonstration d’une prise en charge collective du groupe, d’une autorégulation.

Pour une extension de l’action ?

Les résultats jugés probants permettent d’étendre, au mois d’octobre 1996, l’utilisation du gymnase sur des plages horaires en semaine. Un groupe de filles fait à son tour une demande acceptée. On peut déjà apercevoir quelques unes de ces jeunes filles au centre social. Selon D. Segaud le "centre de loisirs adolescents connaît une forte augmentation de la participation des filles, puisqu’elles représentent 40 % contre 10 % il y a trois ans..."

Cette approche pourrait exister ailleurs. Elle reste malgré tout fortement liée à l’histoire de ce quartier. D. Segaud pense qu’avant la concrétisation de ces actions, d’autres phases ont du être dépassées. En effet, ce quartier s’est récemment remis d’une longue période de crise : deux fermetures du centre d’animation, des relations conflictuelles avec des jeunes ... Depuis, de nombreuses actions ont été menées dans le cadre du DSQ qui ont permis à ce quartier de retrouver un peu de calme. La confrontation et la mise en relation des personnes et des réseaux ont renforcé une identité de quartier.

Les "temps galères" est une action qui démontre qu’il y a un temps social collectivement partagé et admis : les week-end. Or, ici, les participants ont des rythmes qui leur appartiennent même s’ils ne sont pas scolarisés ou en situation professionnelle, et il peut exister des écarts de représentatios entre jeunes et opérateurs, de l’usage social et de l’organisation du temps libre. Celui-ci est généralement limité à une pratique connue, telle le sport ou l’activité culturelle. Cette initiative nous amène en outre, à repérer les efforts d’un équipement de quartier pour prendre en compte et s’adapter aux rythmes temporels particuliers des jeunes.

Mots-clés

jeune, régulation sociale, animateur, pratique sociale, relations sociales, conditions de vie


, France, Rhône-Alpes, Villeurbanne

Notes

Daniel Segaud est directeur du centre d’animation Saint-Jean, Petite rue du Roulet 69100 Villeurbanne Tél. : 04 78 79 26 16 - Fax : 04 78 80 14 64

Entretien avec SEGAUD, Daniel

Source

Entretien

CR DSU (Centre de Ressources sur le Développement Social Urbain) - 4 rue de Narvik, BP 8054, 69351 Lyon cedex 08, FRANCE. Tél. 33 (0)4 78 77 01 43 - Fax 33 (0)4 78 77 51 79 - France - www.crdsu.org - crdsu (@) free.fr

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