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Amers indiens

Textes et photographies sur le monde indien en Amérique latine

Yannick BARRET

11 / 1995

Christophe COLOMB était loin d’imaginer ce qu’allait entraîner son geste lorsque, ce 12 octobre 1492, il posa le pied sur le sol des "Indes occidentales". Les "sauvages" sont massacrés, soumis à l’esclavage, leurs civilisations anéanties en même temps que leurs cultures, les ressources pillées. En un siècle et demi de colonisation, une soixantaine de millions d’Amérindiens disparaissent et ceux qui restent perdent chaque jour un peu plus leur identité. Le catholicisme, l’un des piliers de ce processus, fut imposé avec plus ou moins de succès, afin de sauver les indigènes du péché et d’asseoir les minorités détenant le pouvoir.

L’indépendance des pays latino-américains n’a pas amélioré le sort des Amérindiens, bien au contraire. Les oligarchies créoles et métisses reprirent à leur compte la ségrégation léguée par les conquistadores et refusèrent de faire participer ces populations à la construction des sociétés naissantes. L’incompréhension des modes d’organisation traditionnelle persistait, la destruction des valeurs ancestrales telles que la solidarité ou le respect de l’autre était perpétuée. Dans un même temps, les Indiens étaient expulsés de leurs terres, regroupées en latifundios par de grands propriétaires et la hiérarchie riches-pauvres était imposée. Pour beaucoup, l’émigration vers les grandes ceintures urbaines était l’ultime recours. Là, l’écrasement des cultures originelles est encore bien plus fort, accentué par une rupture entre générations, les jeunes étant attirés par un mode de vie éloigné des valeurs traditionnelles. Paupérisés, les Amérindiens (mais pas seulement eux)n’ont pas accès à l’éducation, à la santé et aux droits les plus élémentaires. Mais malgré cinq siècles de spoliation et de ségrégation, ils sont toujours là, marginalisés mais résistants.

Depuis une trentaine d’années, on assiste à l’émergence de mouvements indigènes de défense des droits et des territoires Indiens : Organisation Nationale Indigène de Colombie, Fédération des Peuples Indiens du Brésil, Conseil Mondial des Peuples Indiens... La résistance s’organise et prend la parole, mais est-ce dans un but de revanche ou d’intégration ? En effet, les réactions à la décomposition du monde indien sont parfois violentes comme au Pérou avec le Sentier Lumineux.

La célébration du cinquième centenaire de la découverte des Amériques fut un révélateur du "réveil" et de la prise de conscience politique des Amérindiens. Le terme même de "découverte" fut largement décri, par ces derniers qui furent alors taxés de trouble-fête. Parallèlement, une campagne intitulée "Cinq cents ans de résistance indienne, noire et populaire" est organisée par les groupements indiens au Guatemala en 1991 afin de mener une concertation et une réflexion collective sur les conséquences de la conquête et pour élaborer des alternatives pluralistes et démocratiques dans un objectif d’intégration. C’est toute la diversité ethno-culturelle de l’Amérique latine qui s’affirme. Car le défi consiste bien à construire une société plus juste, faite pour tous, où les différences et les richesses de chaque culture constituent des avantages et non des sources de conflit. Mais pour cela, encore faut-il que les populations indiennes et métis soient prêtes à s’ouvrir et à dialoguer. C’est une véritable décolonisation interne qui doit s’opérer. L’ouvrage aborde la problématique des Amérindiens sous forme de courtes séquences illustrées par des photos en noir et blanc, comme autant de facettes du monde indien. Symboliques, belles ou tragiques, elles permettent de mieux pénétrer cette réalité qui trop souvent nous échappe. Les auteurs ont donné la parole aux populations indigènes puisque des citations viennent renforcer le texte de chaque séquence. Enfin on ne peut s’empêcher de remarquer que la recherche d’une société plus équitable, où les différences sont valorisées et où les cultures peuvent coexister en paix, est une aspiration que l’on retrouve de plus en plus dans d’autres régions du monde.

Mots-clés

revendication ethnique, valorisation de la culture d’origine, colonisation, culture et développement, résistance au changement, syncrétisme culturel, développement culturel


, Amérique Latine

Source

Livre

KUHN, Christophe, LEMOINE, Maurice, Amers indiens, Syros alternativesFPH, 1993 (France)

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