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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Les ONG françaises et l’Amérique latine

Nouveaux discours, nouvelles pratiques

Sébastien LE RAY

06 / 1997

En 1991, le Groupe Amérique Latine (GAL)de la Commission Coopération Développement a effectué une recherche sur la coopération non étatique française sur le continent latino-américain (notamment sur le nouvelles pratiques)à partir d’une enquête auprès d’une trentaine d’ONG de développement et des acteurs de la coopération décentralisée. Pierre-Yves Guiheneuf, du GEYSER, (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie de Ressources)nous en donne ici une lecture.

Cette étude s’inscrit dans les bouleversements qui touchent aujourd’hui les ONG au niveau de leur pratique suite, entre autre, à l’échec de nombreux projets et aux critiques des acteurs latino-américains. De nouvelles priorités émergent au Nord comme au Sud, tel l’environnement et la démocratisation. Par ailleurs, les organisations bénéficiaires réclament de plus en plus un droit de regard sur les projets et une participation plus importante. Malgré des différences entre les ONG, des traits communs peuvent être trouvés :

- "Changer d’échelle". Si l’on regarde un peu en arrière, le bilan est loin d’être positif. Les projets n’ont pas permis un réel développement : ceci est dû en partie à des projets trop isolés et qui n’intègrent pas assez les acteurs locaux. Bien souvent, après l’arrêt du financement par l’ONG, les structures mises en place finissent par péricliter, par exemple. Il s’agit désormais d’intégrer les projets locaux dans un cadre régional ou national. Le développement ne passe pas par une accumulation de micro-réalisations. Différentes solutions sont envisagées. "Il s’agit de trouver les déterminants de la diffusion d’expériences ponctuelles... Pour d’autres, se pose la question de leur réponse aux demandes de conseils de certains gouvernements".

- "Des partenaires divers". Les ONG essaient de promouvoir l’émergence de partenaires sociaux capables de mener des réflexions et des actions d’envergure, tout en diversifiant les acteurs sur place : universités, centres de recherche, syndicats, entreprises, banques, municipalités et organismes publics. Des questions sur les changements sociaux, la recherche d’une relation micro-macro, le rapport à l’Etat agitent souvent les ONG latino-américaines et les organisations populaires. Ces dernières critiquent aussi les ONG de leur pays qui empêchent toute relation tripartite avec les organisations du Nord. Cependant, les réflexions dans ce domaine sont encore trop limitées.

- "Concertation sur la coopération". De plus en plus souvent, les ONG latino-américaines évoluent et conduisent elles-mêmes les actions de développement; leurs homologues françaises ayant un rôle de conseil, d’appui à la communication, permettent les échanges de savoir-faire. A l’instar de ce qui se fait au Nord, les ONG latino-américaines entrent dans l’ère de la professionnalisation, ce qui amène des demandes différentes : elles recherchent désormais des accords de partenariat internationaux par des financements communs, des actions de lobbying. Elles influencent aussi les rapports qu’elles entretiennent avec les ONG du Nord. Celles-ci voient cette évolution plutôt d’un bon oeil car elle permet un développement de la société civile. Les ONG d’Amérique latine vont même jusqu’à intervenir dans le fonctionnement de celles du Nord : l’éducation au développement doit rester une priorité mais en différenciant les campagnes de collecte trop souvent menées avec des arguments "misérabilistes". Cependant, ces changements ne sont pas sans risque : il existe la possibilité de rpoblèmes d’incompréhension avec le grand public, le militants des ONG et surtout les donateurs (les actions novatrices ont du mal à être financées, même par les pouvoirs publics). Le chemin est encore long avant de voir ces nouvelles idées se traduire plus souvent sur le terrain.

Mots-clés

ONG, coopération internationale, coopération décentralisée, coopération, Etat et société civile, relations micro macro


, France, Amérique Latine

Commentaire

Il faut tout d’abord signaler que l’Amérique latine est le parent pauvre de la coopération, à l’image des priorités des Français dans ce domaine. Il suffit pour s’en apercevoir de lire le baromètre de la solidarité internationale effectué chaque année par le CCFD (1).

L’évolution des acteurs qui travaillent avec le continent latino-américian se retrouve aussi avec ceux en relation avec les continents africain et asiatique. Un risque majeur est de tout miser sur le professionnalisme (même si des aménagements sont nécessaires): le militant est en train de laisser petit à petit la place au simple bailleur non vraiment impliqué dans l’association qui comprendrait seulement quelques spécialistes.

Notes

(1)CCFD=Comité catholique contre la faim et pour le développement, 4 rue Jean Lantier, 75004 Paris.

Source

Articles et dossiers

Les ONG françaises et l'Amérique latine : nouveaux discours, nouvelles pratiques, CEDAL FRANCE in. COMUNICANDO, 1992/06/00 (France), 20, spécial 1492-1992, vol.1

CEDAL FRANCE (Centre d’Etude du Développement en Amérique Latine) - France - cedal (@) globenet.org

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