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Les civilisations indigènes ensevelies par la conquête de l’Amérique

Sébastien LE RAY

06 / 1997

L’arrivée des Espagnols au XVème siècle en Amérique peut-elle être qualifiée de découverte ? C’est à partir de cette question que l’historien, essayiste, romancier et sociologue colombien Germán Arciniengas va analyser l’implacable logique de destruction des indigènes, mais aussi de leur culture, menée par les conquérants espagnols

A l’arrivée des Espagnols, il existait déjà une civilisation en Amérique qui était égale, inférieure ou supérieure à celle qui existait déjà dans la péninsule ibérique. Les grandes cités (Cuzco), les voies d’accès entre les différentes provinces, des pyramides en l’honneur des dieux en sont encore les témoins. Les Espagnols se sont attachés entre autres à démanteler, à cacher tout ce qui pouvait rappeler cette culture autochtone. A l’époque, la logiqye qui s’imposait était celle de la conquête menée par des soldats, des commerçants, des moines avec à leur tête le roi d’Espagne, même s’il existait une minorité de réels découvreurs (étudiants, chroniqueurs...)caractérisés par leur désintéressement et attirés par leur curiosité. Les conquérants vont imposer un nouvel ordre économique, architectural, religieux :

- La répartition nouvelle des terres, l’aide de l’Etat au plus nécessiteux, les réseaux pour parer à toute mauvaise récolte sont laissés de côté au profit d’une logique purement capitaliste (latifundia, les droits de douane, l’impôt sur les ventes);

- l’architecture castillane, les "patio" andalous vont faire leur apparition au détriment de l’architecture locale (quand celle-ci ne fait pas office de réserves de matériaux pour des nouvelles constructions);

- la religion catholique va mener sa politique d’évangélisation, en niant aux autres cultes le droit d’exister.

Il convient d’y revenir un peu plus en détail, l’auteur abordant à plusieurs reprises le poids de la religion dans cette volonté d’oeuvre civilisatrice. Les Espagnols disposaient d’une vision très précise de l’individu, de l’homme idéal, "celui qui pouvait vivre le plus près possible de la divinité". Les autochtones (qui adoraient le soleil, qui vouaient un culte à l’eau)ne sont pas considérés comme des hommes, mais plutôt comme des bêtes, des sans-âmes (même si à l’époque un débat théologique existe avec des hommes comme Bartolomé de las Casas), d’où les traitements inhumains à leur égard. Les propos de T. Ortiz, frère dominicain, cités par l’auteur, parlent d’eux-mêmes : "Les hommes de la terre ferme mangent de la chair humaine, pratiquent l’homosexualité comme aucun autre groupement humain. Il n’y a rien entre eux ; ils sont nus, ils ne connaissent ni amour, ni vergogne; comme les ânes, ils sont hébétés, bizarres. Ils tuent et se tuent pour rien. Ils se saoûlent aussi en fumant certaines herbes qui les rendent fous; ils ont des vices bestiaux".

L’oeuvre de ces "bêtes" fut donc aussi détruite, doù la difficulté de redécouvrir aujourd’hui les cultures indigènes. De plus, il faut ajouter à cette forme d’ethnocide, les ravages que causèrent l’apparition de nouvelles maladies (rougeole, notamment)

En tout état de cause, deux grandes civilisations existaient à l’arrivée des Espagnols et l’auteur s’en fait l’écho :

- le Mexique où régnait un ordre politique, social, religieux de type romain, avec un rôle important de la noblesse et du clergé. Esclavage, monnaie et marché sont présents.

- A l’opposé, l’empire Inca peut être qualifié de communauté : l’Etat est propriétaire des terres ainsi que des principaux produits industriels (laine et tissage).

La différence entre ces deux modes d’organisation s’explique en grande partie par des contraintes géographiques (le plateau péruvien, rocailleux, et le désert des côtes occidentales imposèrent une organisation collective, fortement disciplinée, unique moyen pour exploiter la terre). Quoi qu’il en soit, il s’agissait de véritable civilisation.

Ce rappel historique permet de souligner le poids encore présent de civilisations pré-colombiennes dans l’esprit des Latino-américains, avec un rejet de l’extérieur. "Non, notre culture n’est pas européenne. Nous le nions au fond de notre âme, à chaque instant. Refuser toute soumission qui fasse de nous des imitateurs serviles d’une civilisation".

Mots-clés

aliénation culturelle, colonisation, religion et culture


, Amérique Latine

Commentaire

Ce texte, issu d’un ouvrage ("América tiene firme")est riche d’enseignements sur cette logique de conquête des Espagnols et sur ses conséquences. Cependant, il a tendance à trop se référer au passé, voire à le magnifier. Il ne s’agit pas non plus d’effacer de notre mémoire le génocide commis , mais une mise en perspective aurait été nécessaire : la conquête a bien eu lieu. Sur des massacres, des mélanges se sont opérés entre les différentes populations (Indiens, Espagnols, esclaves). Chaque culture (à des degrés divers)s’est imprégnée des autres. Il ne sert à rien de le nier. Il est vrai que ces propos datent de 1937 et à l’époque les idées sur le métissage n’étaient pas au coeur des débats.

Source

Articles et dossiers

ARCINIEGAS, German in. Magazine littéraire, 1992/02/00 (France), n° 296

CEDAL FRANCE (Centre d’Etude du Développement en Amérique Latine) - France - cedal (@) globenet.org

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