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L’environnement au Chili : un long catalogue de malheurs

Mohamed Larbi BOUGUERRA

05 / 1993

La Constitution chilienne reconnaît le droit des citoyens à vivre dans un environnement "libre de toute pollution". C’est là une piètre consolation pour les habitants de Santiago qui subissent durant les mois d’hiver en particulier, une chape de fumées suffocantes. Le pays souffre , en effet, d’une large gamme de graves difficultés environnementales résultant d’une économie intensive basée sur l’exploitation des ressources naturelles, de contrôles gouvernementaux inadéquats et d’une urbanisation croissante. A l’automne 1992, le gouvernement s’est résolu à soumettre au Congrès un ensemble de mesures pour renforcer la législation en matière d’environnement. L’étude d’impact devient obligatoire avant toute réalisation industrielle et des normes environnementales vont être édictées. Pour Juan Escudero, Pdt de la commission anti-pollution de la capitale, le Chili ne s’est guère préoccupé, jusqu’à il y a 5-6 ans, des questions d’environnement. Santiago, de par les montagnes qui l’entourent et le phénomène des inversions thermiques qui emprisonne les gaz nocifs au dessus de la cité au cours de l’hiver, a lancé une offensive contre les vieux bus, principaux responsables de la pollution atmosphérique et en a mis au rebut 4 000 récemment. Il n’en persiste pas moins un grand nombre qui aurait du être réformé. Depuis septembre 1992, tous les nouveaux véhicules particuliers doivent être munis de pots catalytiques. Mais la ville produit aussi 10 m3 d’eaux usées non traitées à la seconde. Une usine d’épuration des effluents de la ville est en cours de construction pour 12 millions de dollars mais il faudra une décennie, au moins, pour édifier un système de traitement correct. Hors la capitale, les industries commencent à assainir leur environnement. C’est ainsi que Codelco, une société étatique de cuivre va dépenser 90 millions par an à cet effet soit 15 à 20% de son budget d’investissement. Max-Neef, candidat aux élections présidentielles de décembre prochain qui dirige une coalition d’organisations de femmes, de syndicalistes et d’écologistes, fustige le gouvernement qui permet "la dévastation" du pays et exporte les forêts chiliennes pour que "les Japonais les transforment en papier hygénique". Les écologistes remportent cependant des victoires telle celle des propriétaires d’oliveraies de la vallée de Huasco qui ont contraint les mines de fer à respecter les normes car leurs émissions faisaient péricliter leurs arbres. Mais, le trou d’ozone au dessus de l’Antarctique menace directement le sud du pays. Un sérieux souci environnemental de plus pour le Chili.

Mots-clés

environnement

pollution


Chili

Santiago du Chili

Commentaire

Peu ou prou, le triste sort de l’environnement à Santiago et au Chili est le lot de presque toutes les villes et de tous les pays du Sud. Parfois, la législation existe mais n’est pas appliquée. Souvent, les industriels se comportent en pays conquis et dans tous les cas, la dégradation de l’environnement va de pair avec l’injustice sociale. On notera que cet article est extrait du "FInancial Times", journal ultra-libéral qui ne souffle mot des souffrances de la population et notamment des plus pauvres contraints de vivre dans d’insalubres favellas et qui subissent de plein fouet la pollution sous toutes ses formes. On relèvera cependant les succès des écologistes. Malheureusement, les autorités dans les pays du Sud n’autorisent guère la contestation, fut elle du domaine de l’environnement.

Notes

Titre original de l’article : "Long catalogue of woes"

Source

Articles et dossiers

WARN, Ken in. FINANCIAL TIMES, 1993/05/19 (Royaume Uni)

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