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Formation continue d’enseignants en réseaux d’échanges réciproques de savoirs

Nicole DESGROPPES

03 / 1996

Les instituteurs des écoles maternelles françaises qui accueillent des enfants âgés de deux à cinq ans, et des écoles primaires (enfants de six à douze ans), ont droit à quatre demi-journées par an de formation continue, les "animations pédagogiques". Ils améliorent ainsi leurs pratiques professionnelles, au sein d’une circonscription (regroupement administratif), gérée par une équipe de circonscription. Je suis inspectrice depuis 1989 ; et depuis 1995, je dirige une circonscription de l’Education Nationale, située à Evry, ville nouvelle de la banlieue parisienne (50 000 habitants). Je gère administrativement trois cent cinquante enseignants. Je les inspecte pour contrôler les mises en oeuvre des instructions officielles édictées par le ministère de l’Education Nationale. Je participe à leur formation initiale dans les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, et à leur formation continue incluse dans leur temps de travail. Je suis secondée dans cette tâche par une équipe de circonscription qui se compose d’une secrétaire, d’un conseiller pédagogique généraliste et de conseillers spécialisés en Education Physique, Arts Plastiques, Musique, Informatique.

Les quatre samedis matins d’animation ont pris la forme de regroupements conçus sur la base d’échanges de savoirs. Le principe de la réciprocité des savoirs constitue la base d’un travail interactif, au cours duquel chacun cherche ce qu’il désire apprendre et/ou offrir : des savoirs, des savoir-faire, des comptes-rendus d’expériences. Chaque enseignant peut ainsi perfectionner son projet de classe, de cycle ou d’école (les cycles regroupent les classes de trois âges successifs). Chaque enseignant formule par écrit une, deux ou trois offres de savoir didactique, de savoir-faire professionnel, de démarche particulière ou de recherche personnelle en cours. Il exprime aussi une, deux ou trois demandes. Un appariement de l’ensemble de ces propositions est réalisé par l’équipe d’animation et aboutit à un grand nombre de projets, dont le titre synthétisera les préoccupations professionnelles de chacun. Les enseignants sont alors affectés à un groupe de travail, chacun est, soit demandeur, soit offreur.

Lors de ces rencontres, il appartient à chacun de s’interroger sur le sujet choisi à l’aide de quelques questions : "Je cherche ce que je sais sur ce sujet, que je sois demandeur ou offreur. Je cherche ce que je ne sais pas approfondir". Pour répondre à ces questions, chacun s’aperçoit qu’il doit : Echanger avec les autres ses savoirs, apporter des nuances, des réserves, contextualiser chaque savoir dont il est porteur, décrire les modalités par lesquelles il se l’est approprié, les applications, les étapes, les limites. Chacun prend conscience des apprentissages qu’il a vécus, apprentissages par imprégnation, par imitation, dans des temps précis, formels ou informels, dans des situations choisies ou subies. "Je m’interroge sur le "comment faire", c’est à dire sur les démarches dans lesquelles je me suis engagé lorsque j’ai appris ce savoir ou savoir-faire, ou celles que je choisis et que je propose lorsque je m’engage comme offreur." Chaque formateur ou membre de l’équipe d’animation est le médiateur de trois à six groupes. Il permet de mettre en relation les différentes interrogations des participants, de faire émerger les cohérences entre les attentes et les offres, de mettre en évidence les démarches adoptées par le groupe, de retenir les choix les plus pertinents à effectuer parmi toutes les pistes de travail.

Il facilite la construction des contacts de travail qui se profilent. Il redit le droit au tâtonnement, au réajustement, à l’essai, à l’évaluation de soi par soi. La responsabilité, c’est à dire la capacité de répondre à des attentes, est partagée. Dans ce système de réciprocité ouverte, j’apprends, que je sois offreur ou demandeur. J’apprends lorsque je suis demandeur, car un apprentissage est toujours une réponse à une question, le résultat d’une recherche, je construis et je reconstruis mon savoir en permanence. J’apprends lorsque j’offre, parce qu’en formulant les savoirs je me les approprie, je les rationalise, je les pense, je les théorise, je les recontextualise, je les enrichis des questions des autres et de leurs points de vue. Lorsqu’un besoin de savoir savant surgit du groupe, les formateurs interviennent et cherchent l’intervenant répondant exactement à la demande.

Dans chaque groupe, toutes les notes prises sont rassemblées pour être diffusées, pour devenir la mémoire du groupe et servir de base à un outil de travail dans les écoles. A la fin des séances d’échanges, les formateurs proposent des échanges sur les échanges. Faire le récit de ces démarches en les conscientisant, décrire les situations, les chemins qui ont été empruntés, les actions qui ont marché, les erreurs, les résultats, font partie de démarches d’auto-évaluation. Ces échanges ont une fonction de construction de l’autonomie et de création collective. Avec cette nouvelle approche de la formation continue, j’ai eu la confirmation qu’on n’apprend pas tout seul, qu’on découvre dans des situations d’interactions entre pairs des richesses insoupçonnées qui peuvent être perdues pour la société éducative.

Parce qu’on n’apprend pas sans désir de savoir, les rencontres entre enseignants ont mobilisé leur énergie, leurs besoins de s’interroger, de connaître la pratique des uns et des autres. Ils se sont donné les moyens de transformer leurs pratiques professionnelles. Une étape essentielle a été franchie : celle d’accepter de dire aux autres sa pratique, de montrer ses outils de travail modestement mais honnêtement, d’exprimer à son tour et de présenter ses essais, ses prises de positions, ses réussites et ses erreurs. Les enseignants ont appris à se rassurer pour réussir, mais aussi à savoir repérer leurs ignorances qu’ils ont transformées en désirs d’apprentissage. Cette démarche fondée sur la coopération et la responsabilité est une culture de la diversification et de l’entretien des désirs, des capacités à apprendre de manière positive. C’est une culture de l’émancipation et de la création collective.

Je continue à encourager toutes les analyses et toutes les recherches personnelles qui transforment les relations entre les enseignants, mais aussi entre les enseignants et les enfants. Il est évident que si les enseignants transforment leurs regards sur leurs propres apprentissages, ils vont, et certains l’ont déjà réalisé, faire évoluer leurs pratiques pédagogiques. Ils peuvent en outre répondre en équipes de cycles ou d’écoles aux questions essentielles qui conduisent à la réussite scolaire : Comment faire pour que les élèves deviennent des apprenants responsables, apprennent à être des acteurs de leur environnement et qu’ils aient envie de chercher des réponses afin de devenir des élèves citoyens porteurs de leur culture d’école.

Mots-clés

échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences, pédagogie, méthode pédagogique, formation professionnelle, autoformation


, France, Évry

Notes

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Source

Texte original

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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