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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Un réseau d’échanges de savoirs entre élèves en milieu scolaire

Françoise HEINRICH, Jacqueline CULETTO

07 / 1996

Enseignantes de français depuis une dizaine d’années, nous sentions qu’il y avait dans les Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs une idée intéressante. Les réseaux d’échanges réciproques de savoirs : c’est une démarche pédagogique fondée sur l’évidence que nous sommes tous, à la fois, savants, ignorants, ignorants de nos savoirs et savoir-faire, ignorants de nos ignorances. En conséquence, le réseau propose des échanges où chacun peut, tour à tour, enseigner et apprendre. Nous avons donc lancé dans nos classes deux expériences qui ont conforté nos intuitions:

- une expérience de cours de grammaire organisés en échanges de savoirs ; chaque élève devait repérer et exprimer ce qu’il savait et ce qu’il ignorait du programme de grammaire. Et ensuite, nous organisions des échanges pour mutualiser les savoirs ; tous les élèves devaient être offreurs de leurs savoirs et demandeurs par rapport à leurs manques;

- une autre expérience est celle des ateliers d’écriture (temps ludique et collectif pour dédramatiser l’écriture, donner ou redonner envie d’écrire, s’appuyer sur la dynamique du groupe pour réussir et progresser). Lorsque les participants ont lu leur texte écrit, on leur fait des propositions pour améliorer leur texte. Chacun pouvait se faire aider.

Chacun formulait des offres et demandes de savoirs qui étaient affichées au tableau. Encouragées par les résultats, nous avons décidé d’aller plus loin. C’est alors que Caroline et Marie-Pierre, élèves de Terminale sont arrivées, désireuses d’apprendre le latin en cours particuliers pour préparer leur entrée en Faculté de lettres. L’une d’entre nous souhaitait apprendre l’espagnol. C’était l’occasion à saisir. Et ainsi, nous avons créé un réseau d’échanges de savoirs. Au bout de trois mois, nous avons enregistré plus de cent vingt inscriptions, concernant tous les niveaux, de la maternelle au lycée. Au début, les échanges ne concernaient que les savoirs scolaires. Voici des exemples : Hervé (11 ans)aide Fabien (11 ans)en anglais, et demande à Lleentje (13 ans)de lui apprendre à apprendre ; elle-même reçoit des mathématiques de Laetitia (13 ans). Lucie lit des histoires aux enfants de l’école maternelle (3, 4, 5 ans)et apprend l’espagnol à Annabelle (17 ans). Habib, professeur de physique, reçoit de l’anglais de Thomas (15 ans)et donne de la physique à Françoise (16 ans)qui veut devenir excellente. Nous commençons à enregistrer des demandes et offres extra-scolaires (tennis, voile, ski, pâtisserie, couture.). Les échanges ont lieu, pour la plupart, dans l’établissement scolaire entre 13 et 14 heures. Nous avons formé une équipe de coordination. Elle est composée de 4 enseignantes, 2 parents d’élèves, le chef d’établissement et des élèves de chaque niveau de classe, entre 11 et 18 ans. Le projet a été présenté à nos collègues : il a provoqué la sympathie des uns, la réserve des autres et l’opposition de quelques-uns (très peu). Il fallait les convaincre qu’il ne s’agit pas de supplanter les enseignants, mais de mettre en place des détours pour arriver plus sûrement au but proposé, avec tous les élèves, les faire progresser, et faire vivre la coopération à l’école plutôt que la compétition. La permanence est assurée quatre jours par semaine. On vient s’inscrire, formuler une nouvelle offre, demander des conseils, dire ses difficultés. Les personnes qui donnent leurs savoirs se sentent valorisées. Mais l’entreprise demande beaucoup d’énergie, de disponibilité, pour animer, encourager, développer les échanges.

Il faut résister aux préjugés, au mépris de certains enseignants par rapport à certains élèves : "C’est un mensonge. Cet élève est nul, nul, nul : qu’est-ce qu’il peut donner ?" Mais que de satisfactions : C’est Maxime (11 ans)qui déteste lire et prépare sa lecture avec constance et application : "c’est pas parce qu’ils sont petits qu’il faut bâcler !" dit-il. - C’est Ugo (4 ans)qui écoute bouche bée les histoires de Marc (11 ans)et Lucie (11 ans). - Ce sont les regards pétillants de Laetitia (10 ans)et Marie (9 ans)qui travaillent côte à côte à l’étude du soir. - C’est Fabien (11 ans), en difficulté scolaire, qui apprend la pêche à Manuel (11 ans)et arrive les bras chargés de documents et de matériel.

Mots-clés

autoformation, échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences, école, apprentissage, méthode pédagogique, rapport au savoir


, France

Commentaire

QU’EST-CE QUE CA CHANGE, LES ECHANGES ?

Dans le domaine scolaire, participer au réseau fait prendre conscience des démarches d’apprentissage. Les participants retrouvent le plaisir d’apprendre. Ceux qui offrent leur savoir dans une matière raniment à cette occasion leur intérêt pour cette matière. Maribel qui offre de l’espagnol à Jacqueline est plus concentrée et dynamique en classe aux dires du professeur d’espagnol. "Ce que j’enseigne me fait réviser ce que j’ai perdu" (Guillaume, 11 ans). Les élèves se rendent compte de la difficulté à enseigner et sont du coup plus indulgents à l’égard du professeur. On apprend la patience, le respect de l’autre et de ses difficultés. On se sent engagé et plus responsable ; d’ailleurs, on signe un contrat au début. Cela a changé quelque chose dans l’établissement, disait le chef d’établissement lors du premier forum (assemblée générale des participants)qui réunissait plus de cent personnes. Il y a plus de respect entre les élèves, une meilleure motivation pour les études et un esprit de coopération. Le regard sur les autres change : "J’ai un regard plus positif sur certaines personnes que je croyais pas intéressantes" (Mélanie).

Il faut à tous beaucoup d’énergie et de disponibilité pour animer, encourager et développer ces échanges. Les résultats sont indéniables et reconnus par les enseignants qui étaient réservés. Le nombre de participants est passé de 100, la première année, à plus de 300 actuellement (sur 400 élèves dans l’établissement).

Notes

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Source

Texte original ; Récit d’expérience

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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