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Les réseaux d’échanges de savoirs et la vie dans la ville

Claire HEBER SUFFRIN

02 / 1996

Les réseaux d’échanges de savoirs proposent un système de relations sociales et une démarche pédagogique fondés sur la parité (tous offreurs et demandeurs de savoirs)et la réciprocité (tous enseignants et apprenants), en réseaux ouverts (je reçois des uns et j’enseigne à d’autres), et l’échange de savoirs très diversifiés (des savoirs savants aux savoirs de tous les jours).

Sont-ils un "bon" outil d’organisation sociale en ville, de changements sociaux positifs, de meilleure appropriation de leur ville par les citoyens habitants, y compris les plus exclus des circuits de l’information, de l’apprentissage, de la décision collective et l’action individuelle et collective ?

Un groupe de recherche s’est constitué, composé de chercheurs, formateurs et animateurs du MRERS, Mouvement des Réseaux de Savoirs (association des réseaux de savoirs), et de chercheurs (en Sciences de l’éducation et en sciences sociales)extérieurs au MRERS. L’étude a commencé en Novembre 93, premières réunions du groupe de pilotage. Elle a été remise aux partenaires institutionnels en Novembre 95. Nous avons procédé par entretiens semi-directifs. Ces entretiens ont été menés avec des personnes ayant une longue pratique des réseaux et ayant pu observer des évolutions dans les attitudes des participants. Nous avons étudié les documents existants au MRERS, constitué des groupes de travail sur les questions de la recherche, avec des membres de réseaux de plusieurs villes de banlieue de la Région Parisienne. Pendant ces journées, nous avons travaillé à partir des mots importants émis par les participants, nous les avons classés et fait un travail collectif d’analyse. Les participants ont fait des récits de leurs cheminements dans les réseaux et de changements individuels et collectifs ; nous les avons analysés et nous avons étudié avec eux leurs représentations de la ville. Puis nous avons constitué des groupes d’approfondissement sur les thèmes :

- Réseaux de savoirs et habitat

- Réseaux et citoyenneté

- Réseaux et appropriation de territoires culturels et sociaux

- Travail sur les savoirs sur la ville, d’habitat. existants, circulant dans les réseaux, qui pourraient y être introduits.

Nous avons organisé et animé des ateliers d’écriture sur le thème des réseaux et de la vie dans la ville ; ainsi que des ateliers de lecture de textes introduisant des questions sur le thème. Nous avons noté les réflexions issues des discussions sur les lectures.

Les résultats de l’étude

Nous voyons comment des apprentissages réussis changent les relations à soi, aux autres, à la société la plus proche, celle du quartier. Comment les réseaux sont un lieu qui permet de repérer, nommer, décrire, les embûches et les facilitations dans les rapports à la ville et à ses institutions, un lieu D’apprivoisement. Nous y voyons un des apports majeurs des réseaux de savoirs : la visibilité des représentations hiérarchiques, le travail de parité qui se fait, et qui est un travail de compensation de ces hiérarchies au niveau de leurs représentations. Mais aussi que les organisations associatives jouent et pourraient encore davantage jouer un rôle de transformateurs, c’est-à-dire faire passer d’une citoyenneté "en creux" à une citoyenneté "exercée", souvent dans un premier temps, sur des enjeux "de proximité". D’une liberté "en creux" à une plus grande liberté d’apprendre, de nouer des relations, d’organiser la vie associative. C’est un rôle évident de tremplin pour un élargissement du territoire culturel et social. (Découverte de savoirs ignorés, relations décloisonnées.). Nous y percevons le rôle d’accueil des réseaux et d’accompagnement à la découverte de la ville pour de nouveaux arrivants. C’est une nouvelle forme de civilité qui s’exerce là, la création et la promotion d’un espace public de rencontres.

Nous nous sommes demandés pourquoi les réseaux de savoirs (RERS)ont ces effets et ce qu’il faudrait faire pour que ces effets s’amplifient.

Il y a des dimensions fondamentales identiques et des conditions semblables qui permettent apprentissages réussis (à définir)et participation plus citoyenne à la vie de la ville. Les RERS pourraient pousser le bénéfice de cette recherche vers une construction plus délibérée de démarches autour des apprentissages concernant la ville, les projets dans et pour la ville. Il y a urgence à créer, proposer des lieux où, avant même de chercher des réponses, on travaille les questions que se posent les citoyens, et sur leurs formulations, on s’exerce ensemble à prendre en compte le réel et l’imaginaire, le possible et les aspirations, les ressources de tous et les manques.

Nous avons vu comment les RERS ne doivent pas être considérés comme solution mais comme construction par les habitants, ne doivent pas être appliqués mais inventés. La contrainte sociale et l’autonomie peuvent et doivent faire l’objet de choix collectifs pour voir leur point d’équilibre changer. C’est l’articulation forte entre une relation paritaire et la convivialité, l’ouverture des réseaux sociaux, et la création du réseau par ceux qui l’utilisent, qui permet de comprendre les effets positifs des RERS pour les habitants d’une ville.

Nous avons vu naître un besoin, une exigence : Les RERS auront à se développer comme lieux où l’on peut davantage penser sur la ville, échanger des savoirs qui peuvent directement améliorer l’utilisation de la ville et l’habitat urbain.

Mots-clés

rapport au savoir, échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences, milieu urbain, ville, citoyenneté


, France

Commentaire

Les réseaux proposent une dynamique symbolique. Ce sont des "communaux" de la société moderne. Ils appartiennent à ceux qui les font vivre, qui les alimentent par leurs offres et demandes, qui y puisent les ressources en savoirs, en relations, en créativité sociale dont ils ont besoin pour "habiter" leur ville. Leur vitalité dépend de leur ouverture, des flux de rencontres qui les traversent, des liens avec l’environnement. Ils sont articulés aux espaces intimes par un seuil, ici, la mise en relation. Ils sont un espace de médiation vers un espace social plus large, celui du quartier et de la ville. Il faudra travailler à rendre les changements plus visibles. Les savoirs qui circulent dans les réseaux pourraient davantage être ceux qui concernent la ville et ses usages.

Notes

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Claire Héber-Suffrin est coauteur, avec son mari, Marc, de :

- "L’école éclatée" (1981), réédité aux éditions EPI-Desclée de Brouwer en 94

- "Appels aux intelligences" (1988), Ed. Matrice

- "Echanger les savoirs" (1992),Ed. EPI-Desclée de Brouwer

- "Le cercle des savoirs reconnus" (1993), EPI-DDB.

Source

Texte original

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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