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Echanges d’expériences entre Français et Brésiliens sur des initiatives en éducation populaire

Le Mouvement des réseaux d’échanges réciproques de savoirs en France, l’Universidade mutua de Sao Paulo et l’almanach du SAPE -Services d’appui à la recherche en éducation populaire

Claire HEBER SUFFRIN

12 / 1996

Henryane de Chaponay et Maria-Teresa Aquevedo, du CEDAL (centre de recherche sur le développement en Amérique latine)sont venues au colloque européen que nous avions organisé à dunkerque en 1991. Elles ont entendu des témoignages de participants aux réseaux, un récit de l’histoire du réseau et du mouvement, et des analyses de cette démarche faites de différents points de vue. Elles y ont retrouvé un certain nombre des principes fondateurs du CEDAL(1)et de sa démarche de formation par l’échange d’expériences. Chico et Stella sont des amis brésiliens d’Henryane et lui présentent, il y a 3 ou 4 ans, un projet d’universite mutuelle a Sao Paulo. Chico est élu de Sao Paulo, et Stella a beaucoup travaillé les questions d’apprentissages. L’idée de l’"universidade mutua" est de proposer aux citoyens d’enseigner ce qu’ils savent à ceux qui sont intéressés. Lors d’un de leur voyage à Paris, Henryane organise une rencontre entre eux et moi. Je leur présente l’histoire et la démarche des réseaux et j’insiste sur l’importance pour nous de la réciprocité : si nous sommes tous, à la fois savants et ignorants, nous pouvons tous être offreurs et demandeurs de savoirs, et tous devenir enseignants et apprenants. On n’apprend et on n’est citoyen que dans des rapports de parité.

Cette parité dit le droit de chacun d’apporter sa contribution positive au bien commun. Puis, on apprend en enseignant ; on n’apprend que si l’on sait que l’on a déjà appris ; on apprend chacun des rôles, enseignant et apprenant, en les jouant tous les deux.

Chico et Stella sont allés voir le fonctionnement du réseau d’Evry. Stella a fait une semaine de formation avec le mouvement des réseaux. Rentrés chez eux, ils ont démarré un réseau à Sao Paulo. Ils l’appellent "universidade mutua -réseaux d’echanges de savoirs". Rosa, la soeur de Chico, coordinatrice du mouvement Freinet au brésil, est venue faire un stage d’une semaine à Evry.

Et pendant deux ans, nous avons echangé sur nos pratiques et nos difficultés. Au printemps 94, avec le concours de la fondation pour le progrès de l’homme, Chico et Stella ont organisé pour nous un voyage de 15 jours au Brésil. Nous y avons rencontré les trois réseaux de Sao Paulo ; nous avons travaillé dans 5 grandes villes du Brésil avec des élus, des animateurs de l’éducation populaire, des syndicalistes, des universitaires, des associations de femmes des favelas, des travailleurs sociaux.

Nous sommes revenus étonnés de leur intérêt, leur regard a accru notre volonté de faire des réseaux de savoirs une démarche de citoyenneté active. Ils nous ont permis de prendre mieux conscience des possibilités inexploitées de notre mouvement (dont ils sont membres): possibilités de travailler en complementarité avec l’enseignement à distance ; développement de la démarche d’éducation populaire ; les syndicalistes y ont vu un grand intérêt pour la formation syndicale. On y a redécouvert les liens de notre pratique avec le mouvement Freinet et cela nous a donné envie de renouer ces liens ici pour un enrichissement réciproque. Nous y avons rencontré, à Porto Alegre, des travailleurs sociaux qui travaillaient avec des personnes prostituées, femmes, hommes et enfants. C’est eux qui, d’une façon qui nous a beaucoup émus, ont vu comment ils pourraient, avec ces pratiques, combattre le terrible sentiment de ne rien valoir des personnes avec qui ils travaillent. Et nous, nous sommes ressortis de cette rencontre, très humbles. De façon générale d’ailleurs, nous avons vécu, pendant ce voyage, de la confiance réciproque, de la fierté de leur intérêt, de l’humilité par rapport à toutes les actions de solidarité, de formation, d’expérimentation sociale, de construction de citoyenneté que toutes les personnes rencontrées portent dans des conditions extrêmement difficiles. Nous avons eu le sentiment de ne pas assez leur demander, de ne pas assez nous enrichir individuellement et collectivement de leurs pratiques. Nous sommes aussi porteurs, dans notre mouvement, du désir d’introduire l’idée, en sous-titre, d’université mutuelle.

En parallèle, une autre expérience : Henryane nous permet de rencontrer, en 94, une formatrice qui, avec une sociologue et un groupe d’éducation populaire a réalisé un almanach. L’idée était que toutes les recherches faites "sur", ou "avec", les habitants ne leur sont pas restituées. Et quand elles le sont, c’est sous des formes qui ne leur permettent pas de les lire. L’association SAPE (2)constate que la lecture populaire la plus courante est l’almanach. Un almanach est donc réalisé, et il restitue les travaux de recherche, non comme des injonctions mais comme des richesses, et sous des formes très attractives. Cela nous a donné l’idée de réaliser nous aussi un almanach, pour deux raisons : les membres des réseaux ne lisent pas les écrits des réseaux ou du mouvement (livres, actes des colloques.). nous ne savons comment utiliser et valoriser les textes faits en ateliers d’écriture, et nous en avons beaucoup. La sociologue brésilienne, lygia, lors d’un passage en france, est venue nous expliquer sa demarche, nous donner des conseils a partir de nos besoins. Un groupe s’est constitué. Nous avons cherché tout ce qui existe encore comme almanach en France, les avons étudiés. Puis nous avons fait le choix de faire plutôt un agenda-almanach. Le travail est en cours.

Mots-clés

échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences, éducation populaire, université populaire


, France, Brésil

Commentaire

Ces deux expériences nous parlent d’une forme de réciprocité intéressante. Pousser ici nos démarches, s’allier à ceux qui, en Amérique latine, ont aussi des démarches fondées sur les mêmes valeurs, et échanger, se donner des idées, se raconter. Essayer ici en les transformant des démarches pratiquées là-bas. Regarder comment là-bas, ils transforment et enrichissent les démarches essayées ici. Se formuler les uns par rapport aux autres des offres et demandes de savoirs et savoir-faire.

Notes

(1)Voir fiche Dph n° 2755 et plusieurs fiches signées par le CEDAL concernant le MRERS et les échanges de savoirs.

(2)Voir fiches Dph n° 2788 et 2790 (fiches en portugais).

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Claire Héber-Suffrin est coauteur, avec son mari, Marc, de :

- "L’école éclatée" (1981), réédité aux éditions EPI-Desclée de Brouwer en 94

- "Appels aux intelligences" (1988), Ed. Matrice

- "Echanger les savoirs" (1992),Ed. EPI-Desclée de Brouwer

- "Le cercle des savoirs reconnus" (1993), EPI-DDB.

Source

Texte original ; Récit d’expérience

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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