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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Tontine pour le marqueteur

Quand un réseau d’échanges de savoirs soutient un projet professionnel

Anita DELATOUR

10 / 1995

Un homme de quarante ans, malmené par la vie, a été coupé de la vie pendant dix-sept ans ; à sa sortie de prison il n’a plus aucun lien familial, amical ou professionnel. Un petit fil cependant, par l’intermédiaire d’un visiteur de prison (personne volontaire et autorisée par l’administration pénitentiaire à rendre visite à des prisonniers), l’a relié à la vie sociale et l’a sauvé : il a appris et pratiqué en prison le métier de marqueteur ; un marqueteur est un artiste qui crée, sur des ouvrages de menuiserie, des dessins composés avec différents bois précieux plaqués sur un assemblage.

Un hasard heureux lui a fait rencontrer, à sa sortie, des personnes du Réseau d’échanges de Savoirs ; groupe de personnes échangeant leurs savoirs avec d’autres personnes sans demander d’argent mais en demandant à apprendre un nouveau savoir. Cette forme d’échange dans la gratuité et permettant de rencontrer du monde, lui a plu et il s’y est beaucoup investi, avouant par ce tremplin, tenter de combler au mieux possible son manque de relations. Intelligent, attirant, conciliant, il n’a pas de mal à créer rapidement des liens. Il sait que sa situation matérielle est précaire et veut utiliser son savoir, l’art de la marqueterie, et ses relations neuves pour tenter de faire aboutir un projet : créer son atelier et vivre de son art. Les personnes du réseau d’échanges de savoirs l’ont amené à une réflexion. Des liens plus sûrs, plus confiants avec des proches l’ont conduit à demander à un groupe de six personnes de l’entourer de leur dynamisme, intelligence, créativité, de leurs différences, de le soutenir de leur amitié et de lui donner un peu de leur temps et, au besoin de l’aider matériellement, pour l’aider à mener à bien son projet : dans un premier temps, présenter une exposition de ses oeuvres pour faire connaître son talent dans la région, lui permettant ainsi, dans un deuxième temps, de vendre sa production et de devenir formateur en marqueterie, ce qu’il a déjà pratiqué à l’occasion d’un stage pour jeunes sans diplôme et sans emploi et également dans un lycée technique spécialisé dans les métiers du bois.

La tontine du marqueteur est née ainsi, de sa demande, mettant tout en oeuvre, hormis l’argent, pour l’aider à faire aboutir son projet. Créé onze mois avant la date prévue pour l’exposition, elle s’est réunie environ une fois par mois pour multiplier par sept la volonté de chacun. Sur les sept personnes, cinq font partie du réseau d’échanges de savoirs, deux, en apport extérieur, donnent une dynamique différente au groupe. La sympathie est née. Le groupe s’est soudé grâce au marqueteur et celui-ci s’est engagé à participer, en tontine, à tout projet proposé par quelqu’un du groupe : demandeur de savoirs, il devint offreur de savoirs. Je suis un membre de cette tontine et dois dire, non seulement le plaisir que j’ai ressenti à apporter ma part à cette construction de projet, d’amitié, mais aussi combien il est étonnant qu’un groupe de personnes soit beaucoup plus puissant que ceux qui exercent seuls leurs capacités : extraordinaire comme une oeuvre collective, une réflexion collective, une envie collective est un levier multiplicateur de forces.

Un vieux proverbe dit "l’union fait la force " ; on l’a sans doute trop oublié. De la création de cette tontine, le marqueteur indubitablement s’est enrichi mais chaque membre de ce groupe s’est également enrichi.

Mots-clés

échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences, insertion sociale, création d’activité, relations sociales, solidarité


, France

Commentaire

Cette expérience est intéressante car on y voit le mode de fonctionnement des Réseaux s’adapter à d’autres situations que celle de l’échange de savoirs ainsi que le fait que la concurrence n’est pas obligatoirement nécessaire à la réussite sociale.

Notes

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Source

Récit d’expérience ; Texte original

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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