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Création d’un restaurant à partir d’une démarche de mutualisation des savoirs

Eliane DE LA MARLIERE, Claire HEBER SUFFRIN

12 / 1996

Le Réseau d’échanges réciproques de savoirs d’Amiens organise, depuis 1988, des échanges de savoirs entre les habitants du quartier d’Etouvie (entre autres lieux). Le réseau mutualise les ressources en savoirs et savoir-faire des habitants en leur proposant, quels que soient leurs formations, leur métier, leur milieu social, d’être, à la fois, offreurs et demandeurs de savoirs. Des échanges de cuisine ont fait naître un rêve : "et si on créait un restaurant ?" Du rêve à la réalisation, il a fallu un ensemble d’éléments déclencheurs : C’est la prise de conscience que les connaissances des uns et des autres étaient complémentaires (cuisine, gestion, accueil, communication, dynamique pour entreprendre.), qu’elles pouvaient être mises au service d’un projet commun ; c’est l’expérience de la dynamique de réciprocité ; c’est le besoin urgent de quelques-uns de créer leur emploi, leur compétence réelle n’étant pas reconnue par une qualification sociale ; c’est l’analyse d’un besoin du quartier : il n’a pas de restaurant et peu de lieux de vie collective ; c’est la présence d’Eliane qui, un jour, a dit : "ça ne peut plus durer, on peut faire quelque chose". Et qui, ainsi, a servi de catalyseur.

Quelles ont été les étapes de réalisation du projet, pendant les trois ans qui ont permis de passer du moment de la décision collective au moment de l’ouverture du restaurant "La Nacelle" ?

- Un processus long, difficile, fait d’avancées et de reculs, pour que le sentiment de ce qu’il est possible de faire quelque chose ensemble pour changer sa situation entre dans la conscience de tous et devienne source d’énergie ; pour que chaque membre du groupe commence à se croire capable d’agir ; pour ne pas laisser les plus fragiles en route au fur et à mesure que l’action devenait plus complexe.

- L’organisation par le groupe lui-même (dont beaucoup de membres étaient allocataires du Revenu Minimum d’Insertion, c’est-à-dire parmi les plus démunis), une trentaine de personnes, d’un voyage d’étude auprès d’acteurs d’une association de la ville d’Angers qui avaient eux-mêmes ouvert un restaurant et une laverie collective.

- Des demandes de subventions et des actions pour faire reconnaître le projet par des partenaires institutionnels. Il faut noter qu’il est souvent difficile pour ces partenaires de reconnaître des projets portés par les demandeurs d’emploi. Mais également, qu’à ces occasions aussi la réciprocité a fonctionné : on a vu par exemple un fonctionnaire de la Direction de l’Action Sociale offrir comme savoir-faire les dossiers de demandes de subventions contre un savoir qu’il souhaitait acquérir.

- La mise en place, assez rapidement, d’une restauration publique et payante dans les locaux du réseau de savoirs : cela a permis des étapes d’essais, de maintenir la motivation, et des occasions de progression dans les apprentissages nécessaires.

- Une étude de marché, faite grâce au fils d’un membre du groupe qui en avait parlé à un de ses enseignants, avec des élèves d’un lycée préparant un bac professionnel (diplôme de fin d’études secondaires obtenu entre 18 et 20 ans).

- Mise en place d’une coopération avec le REAS, "Réseau d’Economie Alternative et Solidaire", association tournée vers la création d’entreprise dans le cadre d’une économie solidaire. Ce lien a facilité le passage à l’acte de la création d’entreprise, a permis au groupe de se faire accompagner par des chefs et cadres d’entreprises, de réussir les montages juridiques et financiers.

- La création d’une C.I.G.A.L.E, Club d’Investissement pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne (1). Une vingtaine de personnes l’ont constituée et ont versé une somme fixe chaque mois pour intervenir dans le capital de ce restaurant. Il faut noter que, parmi elles, un certain nombre d’habitants aux revenus modestes ont participé et se sont ainsi donné la fierté de pouvoir contribuer à cette création. Ce fait mérite d’être souligné : que ces personnes souhaitent prendre, en tant que citoyens, le risque de soutenir, par leur épargne, ce projet de proximité.

- Création d’un lien avec la Chambre de Commerce.

LA DYNAMIQUE DE RECIPROCITE A FONCTIONNE ENTRE TOUS CES PARTENAIRES, A L’INTERIEUR DU GROUPE ET AVEC LE RESEAU DE SAVOIRS. Le restaurant a ouvert ses portes en juillet 96. Il est implanté dans la galerie commerciale du quartier. Il fonctionne sous la forme juridique de coopérative. Il a créé quatre emplois. Ce restaurant est le fruit d’une démarche qu’on pourrait qualifier d’auto-insertion. Il est un lieu convivial où les habitants du quartier ou de la ville peuvent se retrouver midi et soir.

La dynamique collective continue : des soirées à thème sont organisées tous les vendredis. Elles réunissent de 10 à 50 personnes. Ce jour-là, les habitants qui veulent enseigner des recettes dans le cadre du réseau de savoirs viennent participer à la préparation du repas. Les thèmes de débat proposés vont de l’école à l’Internet ou à l’économie. D’autres projets économiques naissent dans le quartier et la Somme, à partir de cette réussite.

Mots-clés

autoformation, échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences, création d’entreprise, création d’emploi, économie solidaire


, France, Amiens

Commentaire

Cette expérience montre que pour créer ensemble, il est important de mutualiser ses ressources ; que la démarche d’échanges réciproques de savoirs en réseaux ouverts peut déboucher sur de la création collective, y compris en matière d’économie ; que l’économie solidaire n’est pas seulement une utopie. Pour moi, cette réussite est basée sur l’enthousiasme, la passion, la persévérance et la formation réciproque. Arriver à faire vivre une activité économique dans un secteur considéré comme déprimé, dans un quartier dit sensible, avec les personnes concernées, est pour moi une promesse d’avenir.

Notes

(1)Lire à ce sujet les fiches Dph n° 2940, 2941, 2942 et 3452.

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Source

Texte original ; Récit d’expérience

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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