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Plus d’authenticité dans les rapports qu’instaurent les réseaux d’échanges de savoirs

Sylvie AUGER

12 / 1996

Je suis assistante sociale depuis 17 ans à Creil (dans l’Oise au nord de Paris), et depuis 7 ans je suis l’une des animatrices et des participantes du Réseau d’Echanges de Savoirs de Creil. Un Réseau d’Echanges de Savoirs est une organisation d’habitants où chacun des participants est offreur et demandeur de savoirs, donc, à la fois, enseignant et apprenant. C’est une démarche de formation réciproque. Lorsque je suis amenée à parler des Réseaux, j’emploie souvent la notion d’"’authenticité" : c’est d’abord être vrai, mais c’est aussi le naturel, la simplicité, la chaleur humaine, la convivialité

Il me semble que ma double appartenance : - d’une part, à une profession, celle d’assistance sociale, - d’autre part, au Réseau, comme animatrice et participante, m’a permis d’analyser deux formes de rapport aux autres ; et de voir qu’au travers du Réseau je nouais des relations plus authentiques. Dans la relation de l’assistante sociale à l’usager du service social, en règle générale nous n’entretenons pas des rapports d’égalité avec les personnes qui sollicitent notre aide. Nous sommes investis d’un rôle qui ne permet pas un réel échange. Nous possédons un certain nombre de savoirs dans le cadre professionnel ; face à des personnes qui ne sont pas, bien souvent, conscientes de leurs propres savoirs. Pourtant, la réciprocité de l’échange existe ; c’est au travers des rencontres que j’ai faites sur le plan professionnel que je me suis forgé une certaine pratique basée sur l’écoute, la réflexion, la tolérance. Cette réciprocité n’est pourtant pas explicite : je suis la seule à la connaître.

En tant qu’assistante sociale, j’ai été très vite séduite par l’idée Réseau, car c’était pour moi le passage d’une pratique quotidienne de revalorisation de la personne vers un lieu concret d’échanges ; passer de mots aux actes - ce qui rend plus crédible notre approche. C’est prôner de nouvelles solidarités où chacun a sa place et joue un rôle, où chacun est utile à l’autre. Il me semblait que cela était un prolongement du travail social, un enrichissement pour mon métier, que je cherchais depuis longtemps.

Pourquoi maintenant l’authenticité peut se vivre davantage dans les Réseaux ? Trois moments importants m’ont permis de constater que la vie en réseau permettait des rapports plus authentiques.

1)LE DEMARRAGE DU RESEAU - Au cours des entretiens d’inscription des personnes nouvelles dans le réseau, il m’est arrivé souvent de dire que les savoirs que les personnes m’énonçaient, moi-même je ne les possédais pas. Cela a souvent créé un étonnement. J’étais, du fait de ma fonction, censée posséder tous les savoirs. Il a été important de montrer qu’au même titre que chacun, je ne sais pas tout. J’apprenais alors comme un être humain égal aux habitants du quartier, et cela rend plus facile la recherche, en commun, des savoirs et des désirs d’apprendre des personnes que je rencontre. Cela a commencé à créer un lien de proximité qui s’est renforcé au travers de la formation organisée par le Mouvement National (Le Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs est une association constituée par l’ensemble des Réseaux reliés entre eux). Ce moment a été le deuxième temps fort dans mon approche de l’authenticité.

2)LA FORMATION DANS LE CADRE DES RESEAUX. La formation a porté sur les savoirs, le mode de transmission. Cette formation s’adressait à l’équipe d’animation à laquelle s’était jointe, depuis peu, une personne bénévole. L’originalité de cette formation consistait à travailler sur soi. Je me suis aperçue que j’avais des difficultés à exprimer mes savoirs en dehors du champ professionnel ; à nommer certaines choses comme des savoirs et à en valoriser d’autres. Toute l’équipe a été confrontée aux mêmes difficultés, travailleurs sociaux et bénévoles ; cela nous a permis de nous connaître différemment, de renforcer les liens de l’équipe dans la mesure où chacun d’entre nous était au même niveau de la recherche de ses savoirs et de la façon de les transmettre. Pour aller vers l’authenticité dans les relations avec les autres, il faut déjà essayer d’être authentique avec soi-même, ne pas rester derrière une image que l’on renvoie aux autres, s’abriter derrière un statut rassurant. Si cette formation a permis des liens importants au niveau de l’équipe, elle a facilité le travail entre les travailleurs sociaux et les personnes bénévoles, elle a permis de vivre autrement dans le Réseau.

3)EN CE QUI CONCERNE LA VIE DANS LE RESEAU. Petit à petit, je me suis sentie plus à l’aise. En effet, dans les Réseaux, je ne me sens pas assistante sociale, c’est un lieu différent. Ce n’est pas une question de statut, mais de personne : on peut se laisser aller à parler de soi, on est sur un autre registre. Ce sont là des moments que l’on ne peut jamais trouver dans le cadre de la profession, où le travail est surtout centré sur la personne qui demande. Cela me paraît merveilleux d’apprendre grâce à ceux qui sont vécus par d’autres comme des "assistés". Souvent, avant les réunions, ils nous disent : "on ne sait pas parler" or, on apprend de chacun énormément. Le constat que je peux faire aujourd’hui, c’est que certaines personnes qui sont entrées dans le Réseau font moins appel au service social depuis parce qu’elles ont trouvé des réponses à leur demande ou ont trouvé la possibilité de mieux se réaliser en offrant leurs savoirs. Quant aux personnes que je continue à voir, cela ne pose aucun problème ; elles différencient les lieux et le disent d’ailleurs : "là, on ne se voit pour le Réseau". Pour certaines familles dont les problèmes étaient liés avant tout à l’isolement et pour lesquelles j’étais parfois le seul point de repère, créant par là une certaine dépendance, elles ont trouvé dans les réseaux l’occasion de communiquer, de se relier aux autres, d’être plus acteurs. C’est ainsi que j’ai décidé de participer à des échanges. C’est une manière pour moi de vivre concrètement le lien de proximité, de montrer qu’une assistante sociale ne sait pas tout, que ce projet ne s’adresse pas seulement aux gens en difficulté, mais à tout être humain qui a fait le point de ses savoirs et de ses désirs d’apprendre.

Mots-clés

échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences


, France, Creil

Commentaire

La démarche Réseau conduit chacun à être plus authentique. Etre vrai, la convivialité, l’accueil, la simplicité, le naturel en sont les formes. Je pense que les Réseaux sont un prolongement de mon métier. J’ai l’impression de vivre au travers des Réseaux, une complémentarité, une relation à double sens : de mon métier vers les Réseaux et réciproquement.

Notes

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Source

Texte original ; Récit d’expérience

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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