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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Autoformation, formation réciproque et citoyenneté

Claire HEBER SUFFRIN

12 / 1996

Lors d’un colloque sur l’autoformation (formation de soi par soi)j’ai tenté de dire quelques-unes des interactions entre "autoformation, formation réciproque et citoyenneté", telles que le projet des réseaux d’échanges de savoirs, (démarche pédagogique et sociale de formation mutuelle, où tous sont, à la fois, enseignants et apprenants)les proposent. Les différentes étapes du questionnement pour participer à une démarche de formation réciproque en réseaux ouverts, activent et développent la capacité d’autoformation.

JE CHERCHE CE QUE JE SAIS, CE QUE JE NE SAIS PAS

Je repère et je nomme mes savoirs, mes ignorances, je les explore et je structure ma conscience de savoir.

J’OFFRE ET JE DEMANDE.

J’introduis des désirs dans mes questionnements et je me constitue offreur et demandeur de savoirs.

JE FORMULE ET DECRIS MES OFFRES ET DEMANDES pour les inscrire dans une dynamique collective d’échanges. Je comprends que mes savoirs se composent d’autres savoirs, savoir-faire. Que je dispose déjà de savoirs sur lesquels prendre appui pour répondre à mes ignorances. Je m’interroge sur les méthodes que je pourrais proposer ou attendre.

MISE EN RELATIONS

Des "offreurs" répondent aux demandes ; des "demandeurs" répondent aux offres. La "mise en relation" a lieu : pouvoir d’organiser ses apprentissages, d’imaginer des démarches, de négocier, de décider, d’être auteur de ses actes d’apprentissages et de transmission.

CHACUN SE FORME. NOUS ECHANGEONS.

Les échanges se déroulent et chacun y apprend, sur l’objet à connaître pour le demandeur, sur le savoir proposé pour l’offreur. On peut faire d’autres offres et demandes ; la diversité des offres et demandes est incitation à des apprentissages permanents.

LE RESEAU PROPOSE DES ECHANGES SUR LES ECHANGES.

Je fais et j’écoute des récits d’échanges, d’apprentissages ; j’acquiers un savoir sur mes savoirs, je construis mon autonomie et ma responsabilité. Cette démarche d’autoformation s’inscrit dans une tension positive vers les autres, dans la construction de relations positives, durables, dans un collectif porteur d’un projet de société, et de sens. C’est pourquoi elle favorise la création de soi par soi. C’est une autoformation articulée avec une hétéro-formation (formation par les autres), dans une dynamique d’éco-formation (ici, formation par le système que l’on construit). Elle permet le développement de la capacité d’autoformation, articulée avec le développement de la possibilité et du désir.

FORMATION RECIPROQUE.

Le collectif est formateur. L’une des dimensions de ce collectif est la construction d’une parité. Pour que l’échange soit autre chose qu’un échange bancaire, il faut que s’institue une égalité qui permette à l’autre de prendre en compte ce que je lui dis. Or, je ne peux me sentir citoyen si je me sens incapable. Toute la difficulté réside dans la force qu’oppose à tout apprentissage, à tout exercice de la responsabilité, la douleur de se sentir incapable. La réciprocité, règle du jeu construite par le collectif, est génératrice d’autoformation, d’apprentissages, elle est aussi une des conditions/dimensions de la citoyenneté. J’apprends quand je suis offreur ET demandeur. L’apprentissage est toujours une réponse à une question. Et j’apprends quand j’offre, parce qu’en enseignant, en reformulant, en réorganisant mes savoirs, je les rationalise, je les enrichis des questions des autres, de leurs points de vue, qui me font me déplacer, parcourir de nouveau et autrement mes savoirs et leurs utilisations. Dans le double rôle d’enseignante et d’apprenante, j’apprends chacun des rôles en pratiquant le rôle complémentaire. La réciprocité des savoirs est aussi un principe organisateur de la vie sociale, fondé sur une aspiration, celle de contribuer positivement au bien commun ; d’être dans des réseaux sociaux où l’on peut, A LA FOIS, puiser et apporter à l’autre. C’est le fait d’être égaux et différents qui garantit qu’un espace de domination et soumission ne sera pas recréé. La réciprocité, et la parité et la liberté qui y sont étroitement articulées, développent et enrichissent le désir d’autoformation.

CONSTRUCTION COLLECTIVE DU SYSTEME D’APPRENTISSAGE.

Celle-ci concerne la mise en place et l’ouverture du réseau ; son développement ; ses règles institutionnelles ; les mises en relations ; la proposition d’échanges en réseau sur les démarches ; la construction de la mémoire ; le rajustement permanent des régulations ; la gestion de temps de formation sur la démarche, du repérage des savoirs jusqu’à la médiation, de la pédagogie aux dimensions politiques, éthiques, culturelles du projet. Les axes majeurs structurant cette construction sont : La responsabilité individuelle, l’appel systématisé à la ressource humaine de chacun, le non-consentement actif à ce qui en exclut d’autres. Cette construction permet d’apprendre, sur soi, les systèmes et les processus, mais aussi d’acquérir des savoir-faire pédagogiques et sociaux. Cette responsabilité s’exerce dans le pouvoir que chacun retrouve d’imaginer, d’exprimer, de délibérer, de négocier, de décider, d’agir, de réajuster son action et de l’évaluer. Elle s’articule avec la solidarité.

Au-delà de l’efficacité réelle de la solidarité pour les apprentissages, au-delà des apprentissages sur soi et sur la société que l’invention autour de sa mise en oeuvre peut générer, elle est d’une urgence politique cruciale. Nous sommes tous des éléments d’un même système, nous nous construisons et détruisons en interactions. Toute force d’entraînement libératrice dit la libération possible. C’est aux plus chanceux de construire AVEC tous, et non pas POUR eux, des démarches qui permettent à chacun des cheminements d’apprentissage et la création de soi par soi. La construction collective du processus développe et favorise la possibilité réelle de l’autoformation.

C’est ce que nous voudrions faire, ce que nous tentons de faire avec des réussites qui nous encouragent, des échecs qui nous questionnent, des difficultés qui nous relient, du bonheur qui nous motive.

Mots-clés

rapport au savoir, échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences, autoformation, diffusion des savoirs


, France

Notes

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Claire Héber-Suffrin est coauteur, avec son mari, Marc, de :

- "L’école éclatée" (1981), réédité aux éditions EPI-Desclée de Brouwer en 94

- "Appels aux intelligences" (1988), Ed. Matrice

- "Echanger les savoirs" (1992),Ed. EPI-Desclée de Brouwer

- "Le cercle des savoirs reconnus" (1993), EPI-DDB.

Source

Texte original

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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