español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Pertinence d’une démarche de formation réciproque et de partage des savoirs pour la société actuelle et à venir

Claire HEBER SUFFRIN

12 / 1996

Les Réseaux d’Echange Réciproques de Savoirs proposent un système de formation réciproque : chacun, en se constituant offreur ET demandeur de savoirs, devient à la fois "enseignant" de ce qu’il offre, "apprenant" de ce qu’il désire apprendre. : Catherine (52 ans)enseigne l’espagnol à 5 personnes, dont Marie-Thérèse (40 ans)qui apprend à lire à un jeune africain, Camara (19 ans)qui enseigne la fabrication d’instruments de musique africains à des enfants et des adultes qui offrent, l’un les mathématiques à un plus jeune, l’autre le patin à roulettes à des adultes.

Née d’une expérience pédagogique à Orly (ville de la banlieue parisienne)dans les années 70, cette pratique prend de l’ampleur par la création du Réseau d’Evry (ville nouvelle de la banlieue sud de Paris), en 1980. Depuis 1985, la démarche se diffuse dans toute la France. Actuellement, plus de 400 Réseaux de Savoirs en France ; sans doute beaucoup plus que 50 000 personnes. Des réseaux se sont développés en Espagne, Suisse, Belgique, Allemagne, Autriche, Brésil, Burundi. Tous constituent un "Mouvement" associatif qui propose du soutien méthodologique pour la mise en place et le développement d’un réseau, des formations à l’animation de réseaux, l’organisation d’un réseau des réseaux pour une confrontation des pratiques et des démarches, de la recherche et de l’élaboration théorique sur la démarche proposée, la construction et l’organisation d’une mémoire collective, des partenariats avec d’autres actions sociales et/ou pédagogiques.

Pour construire une société vivable pour tous, il est essentiel de faire appel aux richesses humaines de tous. Pour résoudre les problèmes cruciaux de la société, il est urgent de faire appel aux savoirs de tous ceux qui sont concernés. La société est, et sera de plus en plus une société d’apprentissages permanents. Nous ne savons pas aujourd’hui les savoirs et les savoir-faire nécessaires pour demain, mais de mieux en mieux que nous devrons, de plus en plus, croiser nos savoirs avec ceux des autres.

Il s’agit qu’il n’y ait pas d’un côté ceux qui le savent, qui ont tous les moyens pour se construire des systèmes de formation permanente, et d’un autre côté ceux qui, persuadés de ne rien pouvoir, de ne pas savoir, de ne pouvoir se rendre capables, participeront de moins en moins à leur propre création et à la vie de la société. Nous devons construire des systèmes de formation fondés sur l’entraide : nous avons tous intérêt à l’enrichissement intellectuel et moral de tous, parce que, de plus en plus, nous sommes dans des interdépendances. Les sources d’apprentissage possibles sont de plus en plus nombreuses et variées. Le seul modèle pédagogique ne peut être le système formel institutionnel, l’école ou l’université. Chacun doit pouvoir penser ses propres façons d’apprendre, dans le double rôle d’enseignant et d’apprenant. En étant enseignant ET apprenant on apprend mieux chacun des deux rôles. Si la réciprocité est la règle du jeu pédagogique, c’est aussi parce qu’on apprend en enseignant.

Règle du jeu social, la réciprocité signifie une conception de la société où les différences sont des richesses parce qu’il y a tension vers la parité entre les citoyens : tous sont actifs par la mise en circulation de leurs savoirs. La notion de "tous au commencement et tous au commandement" est un des fondements de la démocratie. L’organisation d’apprentissages en réseaux ouverts fondés sur la réciprocité dit à chacun et chacune qu’il ou elle est nécessaire pour prendre en charge les changements sociaux. C’est le changement social lui-même qui sera pris, non seulement comme projet, mais comme objet de formation. Les situations sociales les plus délicates (délinquance, pauvreté, précarisation massive, misère, .)incitent à des changements qui exigent des apprentissages.

L’organisation en réseaux ouverts permet à chacun de ceux qui y contribuent de s’approcher de savoirs jusqu’alors inaccessibles : des porteurs de savoirs se rendent plus proches les uns des autres. Cette possibilité offerte de "circuler" dans une plus grande diversité de savoirs, favorise un décloisonnement social nécessaire à nos sociétés.

Nous n’avions jamais prévu ce développement. Nous en sommes fiers parce qu’il est le résultat de tâtonnements individuels et collectifs, d’essais et d’erreurs, de rencontres, de confiances réciproques, d’aspirations communes ; mais aussi d’alliances de pratiques, de souci permanent de rester dans un processus dont nous savons qu’il sera toujours inachevé, de volonté de penser nos pratiques, de les théoriser, de les questionner, de les réajuster avec tous ceux qui y participent. Fierté de voir, dans ces réseaux, vivre ensemble des personnes si différentes. Fierté de voir la fierté de ceux qui découvrent qu’ils "ont de la valeur", "qu’ils sont dignes d’estime", qu’ils peuvent apprendre, que leurs savoirs intéressent les autres. Fierté que ce projet soit une création collective de citoyens qui préfèrent une société de coopération à une société de compétition. Modestie, parce que "seul" c’est impossible, parce que c’est difficile ; il faut continuer à chercher, se relier à d’autres pratiques au moins aussi intéressantes.

Nous adhérons à cette idée d’un économiste français, François Perroux : "Nous ne pourrions concevoir une civilisation qui décharge un seul d’entre nous de la création de soi par soi."

Mots-clés

rapport au savoir, échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences


, France

Notes

Claire Héber-Suffrin est coauteur, avec son mari, Marc, de :

- "L’école éclatée" (1981), réédité aux éditions EPI-Desclée de Brouwer en 94

- "Appels aux intelligences" (1988), Ed. Matrice

- "Echanger les savoirs" (1992),Ed. EPI-Desclée de Brouwer

- "Le cercle des savoirs reconnus" (1993), EPI-DDB.

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Source

Texte original

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

contact plan du site mentions légales