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Pourquoi et comment des échanges de savoirs sur la santé à Bourges ?

Marie Hélène BIGUIER

11 / 1995

J’habite dans un quartier périphérique de Bourges. En 1991, un Réseau d’Echanges Réciproques de Savoirs (RERS)se structure dans mon quartier. Un RERS est une association qui a pour vocation de mettre en place des échanges de savoirs en recherchant parmi les participants qui ont fait des Offres et Demandes de Savoirs celles qui se correspondent. Je suis animatrice de ce réseau, c’est à dire que je rencontre les personnes, je les informe, je participe au fonctionnement et au développement. Je suis assistante sociale et je fais depuis longtemps le constat que la santé, aussi bien physique que mentale ou sociale est très souvent au coeur des entretiens avec les habitants que je rencontre : le mal-vivre, les angoisses, la consommation de somnifères, d’antidépresseurs sont importants. La peur s’installe très vite devant le symptôme méconnu. On connaît mal le fonctionnement de son corps et on le subit. La peur qui incite aussi, soit à consulter deux médecins de suite, soit à ne pas consulter bien que les maux s’aggravent. Dans ces entretiens, j’entends souvent dire : "je ne dors pas, la nuit je regarde la télévision" ou " je voudrais dormir pour oublier". Une des préoccupations majeures est la nourriture. Comment bien se nourrir ? Mais beaucoup évoquent le coût de la santé, la difficulté du langage médical, le bruit, le manque de médecins spécialistes sur le quartier. La liste pourrait être encore longue. Il fallait donc réagir devant toutes ces demandes.

En 1990, les mêmes habitants s’étaient organisés en comité et avaient pointé un certain nombre de difficultés à résoudre en priorité. Parmi elles, évidemment, le problème de la santé qui a poussé les habitants à mettre en place une commission santé. L’idée donc de travailler avec cette commission pour chercher ensemble et proposer des rencontres santé aux habitants fut retenue.

Le groupe santé s’est mis en place en 1994 ; l’objectif est triple : partager nos savoirs sur un thème de santé donné, chercher à approfondir, se sentir responsable de sa santé en comprenant mieux ce qui se passe, en osant interpeller les soignants, en s’organisant. Enfin, le dernier objectif est de devenir plus auteur de sa vie, acteur de son quartier.

Nous nous rencontrons donc toutes les six semaines et nous abordons trois thèmes dans l’année. Chaque thème est débattu pendant deux séances. Lors de la première rencontre, chacun est invité à dire des mots, des phrases, négatifs ou positifs, sur ce thème. C’est un moment d’échauffement qui permet d’entrer dans le sujet, de se lier. Puis ceux qui le souhaitent donnent des éléments de leurs expériences, les moyens mis en place pour que cela change. Nous échangeons nos savoirs sur le thème abordé. Bien sûr cela n’est pas suffisant ; c’est pourquoi, à la deuxième séance, nous invitons un spécialiste, un professionnel qui aide le groupe à approfondir ses connaissances, à mettre en forme ce qui a déjà été exprimé. Le groupe a des règles, ce groupe n’est ni un lieu de soins, ni un groupe thérapeutique et notre rôle est de les faire respecter. L’animateur se doit de faciliter l’expression de chacun et de réguler les échanges en rappelant que l’on se doit de respecter et d’écouter l’autre.

Un an après, en fin 1994, un premier bilan réalisé avec 18 personnes est très positif. Des comportements ont changé, à la suite des rencontres sur le sommeil, la mémoire, "être mieux dans son corps". Un groupe s’est fidélisé, d’autres viennent parce que le sujet les intéresse.

Deux ans après, fin 1995, l’expérience continue. Quelques personnes continuent à se former, à approfondir, et à s’impliquer en s’organisant, en sollicitant le médecin. Mon seul regret est qu’il y a peu de personnes nouvelles. Peut-être de nouvelles pratiques sont à réfléchir : diversifier les approches ou développer l’aspect communautaire de la santé ?

Mots-clés

rapport au savoir, échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences, santé, exclusion sociale et santé


, France, Bourges

Notes

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Source

Récit d’expérience ; Texte original

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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