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La montée en puissance de l’Asie : dimensions financières et monétaires

Les forces du marché sont sérieusement contrôlées par les Etats

Pierre JUDET

09 / 1996

En examinant le cas de plusieurs pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est on est frappé par :

- une réelle capacité d’ajustement, moins imposé de l’extérieur que mis en oeuvre, parfois brutalement, à l’initiative nationale ;

- une capacité d’ouverture sélective par rapport aux flux financiers.

Car l’Asie de l’Est et du Sud-Est, à la différence du Mexique, a su se protéger de l’invasion du "hot money". En Asie, il faut compter sur des Etats "durs" c’est-à-dire efficaces qui savent prendre leurs distances en s’appuyant sur des bases nationales solides et cohérentes.

A Singapour, le gouvernement a décidé à la fin des années 1960, de faire de la Ville-Etat une place financière internationale, en créant un marché off-shore. Les étrangers ne peuvent en effet acheter des actions de sociétés singapouriennes que moyennant des conditions très restrictives tandis que l’emprunt par des étrangers d’une somme dépassant l’équivalent de 2,0 millions US dollars nécessite une autorisation de la Monatery Authority of Singapore. Encore faut-il prouver que cette somme sera utilisée pour l’investissement et le commerce et non pour la spéculation.

On regrette donc dans certains milieux locaux "qu’au lieu de s’intégrer sans arrière pensée dans les circuits internationaux de la finance, les autorités de Singapour se contentent d’ajuster à la marge la rigidité de leur système".

A Taïwan, l’Etat omniprésent avait fait obligation aux dirigeants des banques (d’Etat)d’assumer la responsabilité personnelle des prêts accordés, en cas de créances irrécouvrables. Il avait même fait obligation aux employés des banques d’assurer chaque nuit à tour de rôle une garde permanente devant les coffres !...

En Corée, on a su maîtriser un processus d’endettement et l’utiliser au service du développement grâce aux performances des entreprises qui ont bénéficié de prêts, grâce à la capacité de mobilisation et de gestion d’un Etat stratège, dans un contexte de grande rigueur où la fuite des capitaux demeura tout à fait marginale.

Lorsqu’en 1994, les taux ont été entièrement libérés pour une part restreinte (5 à 6% du total)des prêts et des dépôts, la Banque Centrale a fait savoir aux directeurs de banques (privatisées)que de fortes hausses des taux d’intérêts (libres !)seraient mal vues et contre battues.

La Bourse des valeurs a été entrouverte aux étrangers qui peuvent désormais acquérir 15% du capital d’une société coréenne côtée en bourse, à condition d’intervenir par l’intermédiaire de fonds spéciaux ; des restrictions particulières étant imposées aux Japonais.

La lente marche vers l’ouverture est actuellement marquée par une vive controverse entre la Banque Centrale et le Ministère des Finances et de l’Economie. La Banque Centrale revendique davantage d’autonomie ainsi que la Présidence du Comité monétaire. Cela correspond à la position de l’OCDE. Or, lors d’une discussion récente avec l’OCDE, seul le représentant du Ministère des Finances et de l’Economie participait ; le gouvernement n’aurait donc pas renoncé au contrôle étroit qu’il exerce sur le domaine financier et monétaire.

Mots-clés

mondialisation, intervention de l’Etat, politique économique, investissement, flux de capitaux, système financier international, crédit, banque, OCDE, politique monétaire


, Asie, Singapour, Taiwan, Corée du Sud

Commentaire

Cela explique le retard de l’entrée de la Corée dans l’OCDE. L’ouverture se fera mais décidément, en Corée et en Asie de l’Est et du Sud-Est, ce ne sont pas les "forces du marché" qui font la loi.

Source

Articles et dossiers

JUDET, Pierre in. Epargne sans frontière, 1996/03 (France)

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