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Le miracle asiatique : croissance économique et politique publique

La Banque Mondiale reconnaît, bien qu’avec réticences, le bien fondé de certaines interventions étatiques qui vont dans le sens du marché

Pierre JUDET

09 / 1996

Cette étude porte sur les huit économies asiatiques à haute performance : Japon, Hong-Kong, Singapour, République de Corée, Taïwan, Indonésie, Malaisie, Thaïlande.

La Banque Mondiale a finalement entrepris et publié cette étude à la demande expresse du Japon afin de rendre compte de la croissance particulièrement rapide de ces économies (2 fois plus rapide que dans les autres pays de l’Asie de l’Est ; 3 fois plus rapide que l’Asie du Sud et l’Amérique Latine ; 5 fois plus rapide qu’en Afrique au Sud du Sahara de 1960 à 1985).

Dans ces 8 pays, il est remarquable que la croissance soit allée de pair avec une distribution équitable (faible coefficient de Gini)contrairement à ce qui se passe en Amérique Latine et aux Philippines.

Les principales conclusions tirées par l’étude de la Banque Mondiale sont :

1°. le succès repose d’abord sur le respect des "lois fondamentales" de l’économie (sous entendu libérale)à savoir : bonne gestion macro-économique (faible inflation, équilibre extérieur et intérieur, haut niveau de l’épargne, promotion du capital humain).

2°. le succès est à rapprocher de la mise en oeuvre de politiques interventionnistes très soigneusement conduites qui ont d’autant mieux réussi qu’elles "allaient dans le sens du marché", par exemple à travers une stratégie orientée vers l’exportation. Encore faut-il noter que le contexte historique n’est plus le même aujourd’hui, ce qui ne permettrait sans doute plus le succès de ces interventions, sauf lorsqu’il s’agit d’ouverture à l’exportation.

Mots-clés

répartition des revenus, croissance économique, développement économique, politique économique, accès au marché, intervention de l’Etat, exportation, banque mondiale, protectionnisme, politique industrielle, commerce international


, Asie

Commentaire

Cette étude, qui a bien du mal à accepter, dans des cas considérés comme "limites", des politiques d’intervention de l’Etat, en arrive, pour sauvegarder "le dogme", à affirmer des contre vérités à propos des stratégies industrielles mises en oeuvre par la Corée ou par le Japon. L’étude qualifie par exemple de modestes résultats les succès de la sidérurgie coréenne (société d’Etat de surcroît), alors que la société sidérurgique POSCO est une des plus rentables du monde.

L’étude affirme également à propos d’autres interventions relatives aux chantiers navals, à l’automobile, à l’électronique, qu’elles ont été "conformes au marché" !

Les deux derniers chapitres sont un extraordinaire exercice d’équilibrisme, à travers lequel il faut d’abord sauvegarder le dogme tout en reconnaissant qu’intervention et protection - toutes mesures d’Etat - ont joué un "certain rôle" dans les succès asiatiques.

Beaucoup de gens sont en quête d’une nouvelle voie de croissance ; c’est pourquoi ils se tournent vers le modèle asiatique. L’étude de la Banque Mondiale sur le Miracle Asiatique fait ressortir en effet que les succès asiatiques doivent être mis en relation avec des interventions (de l’Etat)non orthodoxes. Mais la principale conclusion de cette étude souligne l’importance fondamentale dans les succès asiatiques d’une bonne gestion orthodoxe macro-économique. Finalement, les pratiques se sont moins éloignées du modèle standard que beaucoup d’autres (en Amérique Latine, en Afrique). Et puis cela s’est passé à une période (1980 ou 1970)où le monde était différent. D’ailleurs, la Banque fait remarquer que les interventions les plus fortes en Asie ont abouti à des échecs. Les politiques industrielles n’ont pas marché. Les stratégies de promotion à l’exportation sont elles-mêmes problématiques.

Les Asiatiques ont réussi parce qu’ils ont massivement réprimé leurs consommateurs au profit des consommateurs (et non des producteurs)des pays les plus riches : ceux qui ont absorbé leurs exportations.

Sans ces consommateurs de l’Ouest, ces pays n’auraient pas fait mieux que les pays communistes.

En conclusion, il n’y a pas de troisième voie ! L’étude de la Banque Mondiale n’a pas osé aller jusqu’à cette conclusion extrême... tout en fournissant de nouveaux arguments dans cette direction.

Source

Livre

Banque Mondiale, The east asian miracle. Economic growth and public policy, Oxford University Press, 1993/09 (France)

IREPD (Institut de Recherche Economique Production Développement) - UPMF BP 47, 39040 Grenoble Cedex. Tel 04 76 82 56 92. Fax 04 76 82 59 89 - France - web.upmf-grenoble.fr/lepii - lepii (@) upmf-grenoble.fr

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