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La culture asiatique confucéenne n’est-elle qu’un alibi pour justifier l’autoritarisme des gouvernements en place ?

Pierre JUDET

09 / 1996

Dans une émission de la Voix de Malaisie (29 mai 1993), le Dr Mahatir, Premier Ministre de Malaisie, a demandé aux Malaisiens de refuser une démocratie de type occidental qui se traduirait par des effets négatifs, tels que décadence morale, homosexualité, famille monoparentale et déclin économique, et a recommandé de suivre la "voie asiatique".

Cette "voie asiatique" serait fondée sur les enseignements de Confucius. Tous les tenants de la voie asiatique ne vont pas jusqu’à dire que démocratie signifie décadence et homosexualité. Mais ils estiment que des gouvernements autoritaires sont acceptables sinon nécessaires pour assurer la prospérité des pays en voie de développement. Les droits de l’individu doivent être respectés dans la mesure où ils ne mettent pas en cause les droits plus sacrés de la communauté : c’est la pensée du second du Dr Mahatir.

La voie asiatique est pragmatique ; elle se définit par le consensus, non par la confrontation. Elle doit être acceptée par l’Occident qui doit cesser d’essayer d’imposer de manière arrogante des standards occidentaux inappropriés, qu’il s’agisse de droits de l’homme, de démocratie ou d’environnement, d’autant plus que l’Asie monte en puissance alors que l’Occident décline.

Les Anglais sont spécialement visés aussi bien pour leur attitude à Hong Kong qu’en Malaisie.

Mais la voie asiatique constitue-t-elle un phénomène original ? Est-ce que les peuples asiatiques lui accordent de l’importance ?

Lorsqu’une telle philosophie est utilisée pour justifier non seulement des gouvernements modérés (Malaisie)mais également pour justifier la répression en Birmanie, cela fait naître les soupçons des libéraux en Asie. La voie asiatique serait alors un prétexte permettant aux gouvernements asiatiques de rester au pouvoir plutôt qu’une idéologie cohérente susceptible d’expliquer la soi-disante originalité des valeurs asiatiques sociales et politiques. Consensus voudrait alors dire adhésion à la position de ceux qui tiennent le pouvoir.

L’exemple sur lequel s’appuyent les tenants de l’autoritarisme est l’exemple philippin. A quoi les démocrates philippins répliquent que 13 ans de dictature de Marcos ont ruiné leur pays.

Une des principales faiblesses de la voie asiatique est qu’elle apparaît souvent comme une réaction contre le libéralisme occidental plutôt qu’un ensemble d’idées très cohérentes. Et puis, si l’autoritarisme asiatique est une si bonne idée, pourquoi prétendre être démocratique ?

D’autre part, les références à la culture et à la civilisation sont souvent curieusement absentes de la nouvelle pensée officielle asiatique où il n’est question que de croissance et de PIB. Dans le même temps, les régimes autoritaires ont créé rapidement une classe moyenne très soucieuse de valeurs "occidentales" telles que droits individuels, liberté de la presse, etc. Cela correspond au processus démocratique suivi par le Japon, la Corée, Taïwan. Et si le libre marché est une forme de libéralisme, alors le libéralisme gagne toute l’Asie.

Dans ces conditions, se replier sur la voie asiatique ne peut permettre de faire l’économie du débat autour des défis auxquels est confronté l’autoritarisme asiatique, qu’il s’agisse du fossé qui sépare riches et pauvres, de la croissance de la population, ou de la destruction de l’environnement.

Finalement, l’Orientalisme - qui consiste à présenter les civilisations de l’Est comme mystérieusement étrangères et relevant d’un traitement spécifique - ne convient pas davantage aux gouvernants asiatiques modernes cherchant à défendre leurs fiefs et prérogatives qu’il n’a convenu aux colonialistes européens du passé.

Mots-clés

démocratie, dictature, système de valeurs, droits humains, culture et pouvoir, aliénation culturelle, modèle culturel, identité culturelle, tradition, transition politique, processus de démocratisation, libéralisme, confucianisme, pression politique


, Malaisie, Myanmar, Philippines, Japon, Corée du Sud, Taiwan, Asie

Commentaire

Cet article est écrit par un Européen dans un journal anglais au moment où la Malaisie s’oppose à la Grande Bretagne sur une affaire de corruption. On y retrouve finalement les mêmes accusations d’hypocrisie proférées par ailleurs par les Chinois ou les Indonésiens.

Source

Articles et dossiers

Confucius or convenience in. Financial Times, 1994/03/05 (ROYAUME UNI)

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