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L’envoi des conscrits en Tchétchénie

Arthur MALININE

08 / 1996

Suite à la fronde de la république autonome de Tchétchénie, le pouvoir russe, soucieux d’éviter la sécession de ce bouillant sujet, décide d’envoyer ses troupes "rétablir l’ordre constitutionnel" sur le territoire tchétchène en décembre 1994. Contrairement aux prévisions du ministre de la Défense russe de l’époque, Pavel Gratchev, qui annonçait la prise de Groznij en deux heures, le conflit s’enlise. Tout au long du conflit, sanglant, les témoignages se multiplient sur les atteintes aux droits de l’homme au sein même de l’armée russe. Les associations de défense des soldats tentent d’attirer l’attention de l’opinion publique sur le sort réservés aux conscrits, envoyés contre leur gré se battre en Tchétchénie.

Les troupes qui interviennent en Tchétchénie sont d’abord les forces armées, subordonnées au Ministère de la défense, puis les troupes de l’intérieur, subordonnées au Ministère de l’intérieur. Dans les deux cas, des conscrits se retrouvent sur le terrain. En effet, lors du recrutement, environ 60 % des conscrits effectuent leur service militaire au sein des forces armées et les 40% restant au sein des forces de l’intérieur.

Selon les informations officielles, les pertes de l’armée russe en Tchétchénie entre décembre 1994 et mai 1996 sont de 2500 hommes. Les associations de mères de soldats évaluent quant à elles, grâce aux témoignages recueillis et aux recoupements effectués, les pertes à environ 10 000 hommes. Il s’agirait à 95% d’appelés et à 5% de professionnels. Parmi les conscrits décédés sur le front, un tiers seraient de nouvelles recrues ayant servi moins de six mois dans l’armée.

Les conscrits sont généralement envoyés au combat sans leur accord. Un courrier envoyé par un jeune aux Comité des mères de soldats de Moscou explique: "On nous a dit qu’on allait rejoindre la division Tamanskaia à Moscou; nous sommes montés dans l’avion et nous avons atterri à Groznij".

La Fondation "Le droit des mères" effectue une enquête, en mai 1996, parmi les parents ayant perdu un fils en Tchétchénie. A la question "Après son décès, avez vous vu le contrat signé par votre fils pour partir en Tchétchénie?", 12,3% répondent oui et 87% n’ont jamais vu aucun contrat signé sur papier. A la question "Votre fils a-t-il donné son accord pour partir en Tchétchénie?", 2% répondent oui, 36% répondent non et 58% n’en savent rien.

Au printemps 1995, le président Boris Eltsine et son ministre de la Défense s’engagent à ne plus envoyer de conscrits sur le front. En fait, cette pratique ne cesse pas. La meilleur preuve en est le nouveau décrêt signé par Boris Eltsine en mai 1996 "Sur les modalités d’envoi des conscrits pour remplir des missions dans les zones de conflits militaires et de combats". Dans ce décrêt, le Président russe réaffirme que les conscrits ne peuvent être envoyés que sur une base volontaire, à la suite de la signature d’un contrat. Il semble claire qu’entre décembre 1994 et mai 1996, ces indications n’ont pas été respectées.

Face à l’indifférence des pouvoirs publics, les associations de mères de soldats décident de prendre elles-mêmes les choses en main. Elles organisent des expéditions en Tchétchénie pour récupérer directement leurs fils. En général, les indépendantistes tchétchénes acceptent de leurs rendre les jeunes prisonniers. Les mères de soldats entretiennent de bonnes relations avec eux. Comme le dit une mère de soldat: "C’est un comble, les Tchétchènes nous aident et notre propre armée nous éconduit".

Parallèlement, pour échapper à la guerre, des jeunes choisissent la désertion. Depuis le début du conflit, entre 3000 et 5000 conscrits ont quitté l’armée. Le Comité des mères de soldats gère les cas d’environ 500 d’entre eux. En février 1995, le Comité des mères de soldats écrit aux autorités compétentes pour demander que ces déserteurs aient le droit de poursuivre leur service militaire ailleurs qu’en Tchétchénie. La réponse arrive en février 1996: le chef d’état-major général russe ordonne que tous les déserteurs repartent en Tchétchénie.

Les conscrits russes envoyés en Tchétchénie n’ont aucune solution alternative à la participation aux combats. L’intransigeance des autorités militaires à leur égard est criminelle.

Mots-clés

violation des droits humains, guerre, association, conflit régional, militaire, armée


, Russie, Tchétchénie

Commentaire

Les conditions d’envoi des conscrits en Tchétchénie illustrent le non-respect des droits de l’homme en Russie. Elles contredisent les conventions internationales, et pourtant, aucune voix ne s’élève hors de Russie pour s’en émouvoir. Face à l’intransigeance des uns et à l’indifférence des autres, les associations russes de défense des soldats tentent d’agir au cas par cas, mais n’arrivent souvent qu’à l’heure du paiement des indemnités aux parents pour le décès de leur fils.

Notes

Entretien avec MELNIKOVA, Valentina

Source

Entretien ; Texte original

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