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Les élites militaires face aux dirigeants politiques en Russie, 1991-1997

Arthur MALININE

09 / 1996

Le passage de l’URSS à la Russie a constitué un traumatisme pour l’armée. Jusqu’en 1991, les officiers soviétiques agissaient dans un cadre idéologique clair, fondé sur l’opposition avec le monde capitaliste. Pour eux, la menace venait de l’ouest. Leurs relations avec les dirigeants civils se caractérisait par leur subordination aux décisions des organes du Parti communiste. L’environnement politique et idéologique des militaires soviétiques se modifie avec la politique de perestroika de Mikhail Gorbatchev puis change radicalement avec l’arrivée au pouvoir de B.Eltsine.

Pour comprendre comment les officiers russes perçoivent les nouveaux dirigeants politiques, la Fondation Ebert a réalisé une étude en août 1994 puis publié un rapport intitulé "Les élites militaires en Russie". L’étude est le résultat d’un sondage effectué auprès de 615 officiers de l’armée russe dans différentes régions du pays. Elle tente de cerner la position des militaires face à la politique éxtérieure de leur pays et aux choix politiques et militaires adoptés par le pouvoir civil.

De façon globale, cette enquête montre un pessimisme certain des officiers interrogés. La majorité d’entre eux évalue négativement la situation économique et politique du pas et ne voit pas de chance d’amélioration dans un avenir proche.

L’un des enseignements les plus importants de l’enquête touche aux relations entre les officiers et les dirigeants politiques. En effet, l’armée est un instrument de l’Etat et de sa fidélité à l’Etat peut dépendre l’avenir du pays. La question de la soumission des officiers au pouvoir exécutif est fondamentale. Or, en ce qui concerne leur perception du Président, seuls 29% des officiers font confiance à Boris Eltsine et 17% soutiennent sa politique.

Pourquoi note-t-on une telle défiance des militaires à l’égard du Président? Il semble que les militaires russes défendent des intérêts corporatistes forts, qui ne correspondent pas forcément aux intérêts du pays. D’après les officiers interrogés, Boris Eltsine ne défend pas leurs intérêts. 53% des répondants manifestent leur défiance à l’égard du Président. En ce qui concerne l’évaluation de l’action des autres hommes politiques, les résultats sont aussi peu encourageants. Plus de 50% des répondants évaluent négativement l’action de M.Gorbatchev, V.Jirinovsky, E.Gaidar...

Dans le sondage de la Fondation Ebert, les seuls hommes publiques qui dépassent la barre des 50% de confiance parmi les officiers sont les généraux Gromov (vice ministre de la défense)et Lebed. La popularité de ces généraux semble confirmer l’hypothèse du caractère corporatiste du positionnement militaire. Les officiers font essentiellement confiance à d’autres militaires présents sur la scène politique pour défendre leurs intérêts.

La remise en cause de l’action des hommes politiques civils découle directement des difficultés que rencontrent les militaires depuis la chute de l’URSS et l’abandon de la politique brejnévienne de développement de l’instrument de défense. Les trois quarts des officiers interrogés estiment que la nouvelle politique militaire russe, mise en place depuis 1985, constitue une erreur. Pour eux, la responsabilité en revient aux dirigeants du pays et au gouvernement. En premier lieu, les officiers tiennent B.Eltsine pour responsable de la politique militaire erronée.

Les officiers russes ont le sentiment que personne ne se préoccupe de leurs problèmes, et ce sentiment a des répercussions sur la façon dont ils se représent le pouvoir politique idéal. Pour sortir du chaos dans lequel ils estiment être plongés, 28% des officiers sont tout à fait d’accord avec l’idée de mettre en place un pouvoir politique fort en Russie, 34% sont assez d’accord, 19% ne sont pas tout à fait d’accord et 12% sont en total désaccord. Parmi les officiers, l’idée est répandue selon laquelle la démocratie occidentale ne peut pas servir de modèle à copier pour la construction étatique russe.

Même si la majorité des officiers sont favorables à un pouvoir politique fort en Russie, les solutions qu’ils préconisent sont très variées. L’étude de la Fondation Ebert illustre l’existence d’une grande diversité de groupes au sein des forces armées russes. Si l’on étudie la question du régime idéal pour la Russie, 29% des officiers évoquent une république parlementaire, 42% un régime présidentiel, 7% une monarchie et 16% souhaitent le retour de la Russie comme république soviétique. L’élite militaire n’est pas antidémocratique par principe.

Mots-clés

Etat et armée, armée, pouvoir


, Russie

Commentaire

Le rapport de la Fondation Ebert a été réalisé avant la guerre en Tchétchénie. Il fournit donc un éclairage intéressant sur la perception du pouvoir politique par les militaires avant le déclenchement du conflit. Il permet de comprendre pourquoi certains militaires ont refusé d’appliquer les ordres du pouvoir politique en Tétchénie. L’étude réalisée par la Fondation Ebert semble avoir été réalisée selon des méthodes sérieuses. Elle a toutefois été fortement critiquée par le Ministère de la défense russe, mécontent des résultats qu’elle indiquait. Le ministère de la défense russe a toutefois été incapable de fournir des indications précises pour démentir les chiffres du rapport Ebert.

Notes

Les titres des documents cités dans cette fiche ont été traduits du russe ou transcrits en caractères latins. Pour toute recherche, s’informer auprès de France-Oural.

Source

Rapport

Les élites militaires en Russie, Sinu Moskau, 1994/08 (RUSSIE)

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