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Médias, opinion publique et enjeux politiques locaux dans l’oblast de Tyumen

Alexeï LIGOTSKI

10 / 1996

L’oblast de Tyumen est une région très particulière dans la Russie d’aujourd’hui, car elle concentre un nombre impressionant d’enjeux économiques autour de la production d’hydrocarbures, dont elle fournit au pays la majeure partie (gisements situés essentiellement dans les deux districts autonomes du nord de l’oblast: D.A. des Khantys-Mansis et D.A. des Iamalo-Nenets). C’est l’oblast qui, de loin, "redistribue" le plus ses ressources au reste du pays, non sans provoquer un certain malaise dans une population très sensibilisée par la perte d’un niveau de vie autrefois très supérieur à la moyenne soviétique. Elle fournit aussi une partie des élites moscovites, formées dans ces grandes entreprises du gaz et du pétrole, et qui sont aujourd’hui des décideurs lointains des destinées d’une société qui a logiquement l’impression de ne pas être administrée en fonction de ses attentes, mais bien par rapport aux enjeux économiques qui ont toujours structuré l’évolution de la région. Les résultats aux divers élections ont montré une réelle défiance qui croît envers l’administration Eltsine et les réformes, dont elle était un des plus sûrs soutiens. Ainsi, en 1993, déjà, les votes Jirinovski avaient dépassé 20% dans les parties les plus peuplées de la région, alors que les partis de majorité ou d’opposition constructive (Choix de la Russie, PUAR de Chakhraï)avaient des difficultés à s’imposer, alors que Eltsine avait obtenu sur la région la majorité absolue au premier tour des présidentielles de 1991. En 1995, l’effritement est encore plus patent avec l’émergence d’un parti communiste qui était presque inexistant dans les zones pétrolifères et gazières du nord en 1993 (il culminait à 10% dans le sud plus peuplé et plus agricole). La progression du parti communiste s’est amplifiée avec les élections présidentielles, notamment dans la partie sud où Ziouganov a obtenu 27% des suffrages, derrière Eltsine à 39%. Par contre, dans les districts autonomes, pionniers et récemment peuplés par des familles jeunes, Eltsine dépasse les 50%, et il est suivi par Lebed, alors que Ziouganov ne dépasse pas 13%. Ces scrutins rendent compte de l’importance des préoccupations sociales auxquelles les pouvoirs (centraux ou régionaux)ne donnent aucune réponse valable. Un sondage paru dans la Tyumenskaia Pravda du 16 avril 1996 montre que la préoccupation première des habitants de la région est la montée de la criminalité (46%), suivi du retard de paiement des salaires (43,6%), du risque de conflits interethniques (36,2ù)et de la situation dramatique des retraités (27,9%). Les très prochaines élections du gouverneur de la région permettront de renouveler le débat sur la réelle action de cette administration régionale, qui est contestée jusque dans son existence même. En effet, la question se pose de l’existence de l’oblast dans ses dimensions actuelles, tant la tentation est forte pour les riches entités nordiques de se séparer de ce "Sud de l’oblast", essentiellement administratif, tertiaire et agricole. Cette sécession est si latente que l’ancien gouverneur devenu en 1992 ministre de l’énergie, Youri Chafranik, se présente contre l’actuel gouverneur, Guennadi Raïkov, qui semble bénéficier du soutien de médias proches du parti communiste, comme la Tyumenskaia Pravda, le plus fort tirage régional. L’impression qui domine est que l’actuelle administration cherche à conserver un statu-quo, en s’alliant de fait avec les communistes, dont elle est restée proche (situation dénoncée dans plusieurs régions soi-disant "eltsiniennes" au lendemain des législatives de 1995), alors que Chaffranik aurait comme objectif de gérer une transition vers une réelle sécession des territoires du nord. Est-ce qu’encore une fois, ce ne sont pas là des enjeux purement économiques qui décident de la structure du pouvoir dans cette région? En tout cas, la population, bien que largement désenchantée, attend beaucoup plus de l’équipe régionale que d’une administration centrale décrédibilisée par la Tchétchénie et régulièrement critiquée dans les médias locaux.

Mots-clés

politique régionale, pouvoir local, opinion publique, influence des médias, médias


, Russie, Tyumen

Commentaire

La population semble très moyennement intéressée par ces problèmes de sécession, toujours selon des sondages publiés par la réactionnaire Tumenskaia Pravda. Il n’en reste pas moins que le poids des réflexes conservateurs sera déterminant dans l’évolution d’une région, présentée un peu rapidement par des élites trop vite enrichies, comme une vitrine de la transition russe.

Notes

Les titres des documents cités dans cette fiche ont été traduits du russe ou transcrits en caractères latins. Pour toute recherche, s’informer auprès de France-Oural.

Source

Articles et dossiers

Tyumenskaia Pravda, 1996 (Russie); Atlas de la Russie et des pays proches, Reclus/ La Documentation française, 1995

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