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La religion dans la Russie post-communiste

Maria ALEXANDROVITCH

11 / 1996

L’année 1989, correspondant au millénaire du baptême de la Rus (Russie originelle), peut être considérée comme un tournant majeur dans les relations entre l’Etat et la religion. A partir de cette date, par ailleurs, il est devenu possible d’interroger massivement la population sur son rapport à la religion : les gens ont commencé à dire ce qu’ils pensaient. Les recherches menées par le VTsIOM (centre russe d’étude de l’opinion publique), régulièrement depuis 1989, permettent de décrire précisément la situation et l’évolution de l’opinion. Les enquêtes menées concernent avant tout l’orthodoxie, dans la mesure où 90% des croyants (sur 2 à 4.000 personnes interrogées, selon les enquêtes)relèvent de cette confession. Les autres confessions sont parfois évoquées lors de certaines questions.

Il est avant tout frappant de constater la différence entre les gens se définissant comme croyants (entre 40 et 50% de la population en 1993, soit une 1,5 fois plus qu’en 1989)et la quantité infime de ceux qui respectent les exigences de l’église en matière de participation aux messes, d’aide à la communauté religieuse... Cela signifie qu’en dépit du nombre de croyants et de la sympathie de l’opinion publique pour une religion à caractère magique, la vie religieuse fait ses premiers pas. Le nombre de baptêmes est certes en augmentation : de 60% en 1989 à 75% en 1992. Cela n’implique pas une plus forte fréquentation des églises : 5% des personnes interrogées en 1991, tout comme en 1993, vont à l’église au moins une fois par mois. On constate une augmentation des personnes se déplaçant une à dix fois par an : de 20% en 1991 à 35% en 1993. Il faut préciser que, du fait de la destruction de la plupart des édifices religieux durant la période soviétique, le chemin de l’église, pour de nombreux Russes, demande plusieurs heures, voire parfois des jours entiers. Ce phénomène est en train de s’atténuer.

La part des croyants est moins importante chez les jeunes (16-25 ans)que chez les personnes plus âgées. Cependant, à Moscou, où il y a plus de croyants que dans les autres villes et les campagnes russes, les jeunes constituent la classe d’âge la plus croyante. Plus l’âge augmente, plus la religion concerne les personnes ayant reçu le moins d’aducation. Les ouvriers qualifiés, les mères au foyer, les retraités sont les catégories sociales les plus croyantes, d’après l’enquête de 1993 effectuée à Moscou. Plus l’âge augmente, plus la religion est avant tout liée aux femmes.

Il a été constaté, à l’occasion d’autres sondages, que l’âge et l’éducation influent sur le rattachement aux valeurs démocratiques et autoritaires : moins les personnes sont éduquées, plus elles sont âgées, plus elles sont sensibles aux valeurs autoritaires. Les croyants tendent également à avoir un âge plutôt élevé et un niveau d’éducation plutôt inférieur. Or, ils ne sont pas forcément enclins à l’autoritarisme et aux valeurs répressives. Les croyants s’avèrent plus tolérants et plus concernés par les valeurs démocratiques que les autres. La religion compense ici l’âge et le niveau d’éducation.

Mots-clés

sociologie des religions, religion et société, religion et politique, religion


, Russie

Commentaire

Cette enquête est intéressante : elle permet de distinguer et de relativiser la place de la religion dans la Russie actuelle. La conclusion sur la relation religion / soutien des valeurs démocratiques est plus contestable, car elle s’effectue sur la base des opinions politiques des croyants et assimile donc les dirigeants actuels à des démocrates. Il ne faut pas oublier que le VTsIOM est proche des milieux dirigeants. Les études du VTsIOM sont toujours intéressantes car elles sont effectuées de façon très professionnelle. Le directeur du centre, Iouri Levada, est un des sociologues les plus réputés de Russie. Lorqu’on utilise cette source, il faut avoir en tête les deux limites de ces études : 1)recherches uniquement quantitatives (sondages le plus souvent effectués par téléphone, or tout le monde n’a pas le téléphone, donc problème de la représentativité); 2)objectif de ces recherches : commanditaire, conclusions (celles-ci sont-elles toujours logiques par rapport aux informations décrites?).

Notes

Les titres des documents cités dans cette fiche ont été traduits du russe ou transcrits en caractères latins. Pour toute recherche, s’informer auprès de France-Oural.

Source

Articles et dossiers

BORZENKO, Vladimir., Centre russe d'étude de l'opinion publique, La religion dans la Russie post-communiste, Aspekt press in. Mutations économiques et sociales, 1993/12 (RUSSIE), 8

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