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Le Parti Communiste dans la région de Sverdlovsk en 1996

Maria ALEXANDROVITCH

12 / 1996

Beaucoup d’analyses ont été consacrées en 1996 au Parti Communiste de la Fédération de Russie (P.C.F.R.), du fait de la candidature de son leader, Guennadi Ziouganov, au poste de Président en juin. Ces analyses générales ne parviennent pas souvent à rendre compte de la présence réelle du P.C.F.R en Russie et de son évolution. Est-il possible de repérer, dans le discours de ce parti, une évolution par rapport à l’idéologie qui le caractérisait lorsqu’il était au pouvoir et en situation de monopole? L’observation d’une réunion du P.C.F.R., à l’échelle d’une région, permet de fournir des éléments de réponse.

En mars 1996, dans la région de Sverdlovsk, se déroule le Congrès annuel de l’antenne régionale du Parti Communiste. Cette région est caractérisée par une présence relativement faible de ce parti, par rapport au niveau national. Cela s’explique en particulier par le fait que Boris Nikolaevitch Eltsine est "un enfant du pays" et que la région est depuis 1991 tenue par des personnes qui ne cachent pas leur hostilité à l’ancien régime. Cependant, le score réalisé par le P.C.F.R dans la région étudiée, lors des élections, reste signicatif, souvent supérieur à 10%. Le Congrès se déroule à Ekaterinbourg, centre régional. Il est précédé d’une manifestation sur la place centrale de la ville, dominée par la statue de Lenine, jamais déboulonnée. Les slogans, sur les banderoles rouges, sont familiers : "Gloire à la révolution d’Octobre", "Le peuple au pouvoir"... Les manifestants se réunissent dans une salle. Ils sont entre 300 et 400 personnes. Les interventions au microphone se multiplient : chef du comité régional du Parti, délégués municipaux. Les interventions sont souvent longues, les orateurs âgés. La réunion se clot par l’Internationale. Le service d’ordre est assuré par des personnes portant des brassards des "droujiniki", milices populaires volontaires qui, en U.R.S.S., épaulaient les forces de police dans le maintien de l’ordre public.

Que retenir de cette réunion? Ce qui frappe d’abord est l’âge des participants. Tous les orateurs se montrent inquiets de deux phénomènes : la rareté des nouvelles adhésions, la quasi-absence de jeunes. Les chiffres ne trompent pas : en 1995, sont recensés 5.000 membres au niveau régional, 200 décès et 5 nouvelles adhésions. A moyen terme, il est clair que l’existence même de l’antenne régionale du P.C.F.R est menacée. Le contenu des interventions est également surprenant. Alors que Guennadi Ziouganov s’emploie, à ce moment-là, à montrer que le visage du Parti Communiste a évolué, les orateurs, à Ekaterinbourg, usent d’une langue de bois impressionnante, n’hésitant pas à parler de dictature du prolétariat et d’anéantissement de la propriété privée.

En fin de compte, l’immobilisme et l’inertie sont les impressions qui se dégagent d’une telle expérience. Dans une région comme celle de Sverdlovsk, il semble vrai que le Parti Commuiste rassemble des nostalgiques, des retraités qui ont sans doute beaucoup perdu avec les bouleversements économiques récents en Russie. Ces tragédies personnelles peuvent susciter la compassion. En revanche, l’absence totale de remise en question des dogmes fondamentaux du Parti communiste suscite de l’amertume car le discours qui en résulte semble mécanique, vide de sens et complétement déconnecté de la réalité.

Mots-clés

parti politique, politique, communisme


, Russie, Sverdlovsk

Commentaire

Il est intéressant d’assister à ce type d’événements politiques, car cela montre la diversité des communistes aujourd’hui en Russie. Alors qu’à Ekaterinbourg, les militants tentent désespérément de se raccrocher à un passé révolu, les milieux dirigeants du Parti à Moscou semblent prêts à envisager de fortes évolutions. La région de Sverdlovsk donne l’exemple d’un Parti qui se meurt. Il faudrait se rendre dans des régions à forte présence communiste pour constater la différence de discours.

Source

Récit d’expérience

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