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Criminalité et opinion publique en Russie, 1995

Maria ALEXANDROVITCH

12 / 1996

Suite à une demande du ministère de l’Intérieur russe en 1992, le Centre d’Etude de l’Opinion Publique a mené une enquête de grande envergure sur la perception de la criminalité et de l’activité des forces de l’ordre en Russie.? 10.OOO personnes ont répondu à l’enquête, ainsi que 6500 membres des forces de l’ordre.

Les résultats de l’enquête montrent que la majorité des Russes ont peur. Ils se sentent vulnérables par rapport à la criminalité et impuissants face à la hausse de ce phénomène. Dans les craintes exprimées par les répondants, la criminalité occupe la quatrième place, derrière le chômage, la maladie et la destruction de la cellule familiale et devant l’inflation et la hausse des prix. Les mots les plus occurents, à propos de la criminalité, sont l’inquiétude (47%)et la peur (42%). Seuls 11% des répondants ne se déclarent pas préoccupés par ce problème. Cette estimation ne change pas depuis 1992. Un quart des répondants a peur d’être blessé, voire de mourir au cours d’une agression. Le vol inquiète 20% des personnes interrogées. On constate qu’entre 1992 et 1995, certains crimes (viol, chantages, escroquerie)suscitent une crainte égale, alors que le meurtre inquiète de plus en plus la population. Cette tendance est avant tout liée à la place croissante accordée, dans les média, aux meurtres commandités et aux assassinats sanguinaires. Cette remarque doit du reste être élargie et appliquée à la totalité des opinions sur la criminalité. Elles ne réagissent pas aux mouvements réels de la criminalité, mais à l’information reçue à son sujet.

La peur d’être une victime, fortement partagée en Russie, n’est pas toujours paralysante. De nombreuses personnes interrogées sont prêtes à se défendre, par tous les moyens. Entre 1992 et 1995, plus de 30% des répondants déclarent qu’en cas d’agression ou de vol, ils sont prêts à porter plainte auprès des forces de l’ordre. Entre 25% et 20% des personnes interrogées ne négligeraient pas des mesures d’autodéfense (achat d’armes). Ce chiffre indique que l’agressivité potentielle, loin d’être mythique, est largement répandue en Russie. La relation aux forces de l’ordre est complexe, puisque la moitié des personnes interrogées, victimes d’une agression, avouent ne pas avoir été se plaindre aux organes de police. Ce comportement est causé, selon la moitié des personnes concernées, par la conviction selon laquelle une plainte à la police ne provoquera aucun effet. En 1994-1995, une tendance peut-être repérée : de plus en plus de personnes motivent leur comportement par le désir que la police ne mette pas son nez dans leurs affaires ou par la peur d’avoir à assurer une procédure judiciaire complexe. La défiance à l’égard de la police, et la conviction de son impuissance, continuent cependant à être très importantes et à susciter des réactions proches de l’autodéfense.

Il est intéressant de chercher à approfondir cette crise de confiance en les forces de l’ordre. 33% des personnes interrogées ont une opinion négative des organes de police, 39% ne sont pas satisfaits par son activité. Notons que ces appréciations n,égatives sont légèrement en baisse depuis 1992. Au niveau régional, moins les gens se sentent en sécurité, plus ils sont prompts à critiquer l’activité de la police. Cette perception est avant tout suscitée, selon les répondants, par les informations qu’ils recueillent en regardant la télévision ou en écoutant la radio. Les média semblent avoir une influence prépondérante dans la formation de l’opinion pubblique concernant l’activité des forces de l’ordre.

Mots-clés

opinion publique, violence sociale, autodéfense, délinquance


, Russie

Commentaire

Cette enquête est fiable, dans la mesure où elle est effectuée par le Centre d’étude de l’opinoion publique, soit l’institut sociologique le plus réputé de Russie (directeur : Iouri Levada). Ce centre a parfois le défaut d’être très proche des commandes adressées par le pouvoir en place. Ici, les résultats ne sont cependant pas rassurants, bien que le discours sur la hausse de la criminalité puisse servir des intérêts politiques. Les remarques sur la formation de l’opinion publique concernant la criminalité sont, en tout cas, pertinentes.

Notes

Les titres des documents cités dans cette fiche ont été traduits du russe ou transcrits en caractères latins. Pour toute recherche, s’informer auprès de France-Oural.

Source

Rapport

CENTRE RUSSE D'ETUDE DE L'OPINION PUBLIQUE, Etude de l'opinion publique sur l'état de la criminalité et sur l'efficacité de l'activité des organes de l'Intérieur, 1995

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