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La construction du fédéralisme russe

Les relations entre le centre et la région de Sverdlovsk en 1996

Maria ALEXANDROVITCH

12 / 1996

L’année 1996, du point de vue des relations entre Moscou et la région de Svetrdlovsk, a été marquée par la signature d’un accord bilatéral censéé répartir les compétences. Ce texte, à Ekaterinbourg, a été présenté comme une victoire, puisque la région de Sverdlovsk est la première, dans la Fédération de Russie, a en obtenir la signature. Jusque là, seules les républiques étaient autorisées à bénéficier de relations bilatérales avec Moscou. Ce texte, pourtant, ne représente pas une grande avancée dans les revendications que martèle l’élite politique de la région de Sverdlovsk depuis trois ans. C’est un acte avant tout symbolique, guidé par les intérêts conjoncturels du Président de la Fédération de Russie.

Depuis 1992, les milieux dirigeants de la région de Sverdlovsk cherchent à gagner de l’autonomie dans la gestion de leur territoire. Les revendications économiques essentielles touchent au partage de la propriété, au droit de disposer des ressources nombreuses situées dans la région, à la volonté de payer moins d’impôts au centre, et au souhait de mener une politique économique, notamment industrielle, plus adaptée aux besoins locaux. Les élites politiques régionales ont tout essayé pour parvenir à leurs fins, y compris les menaces de sécession à travers le feuilleton de la république de l’Oural en 1993. Boris Eltsine s’est montré inflexible, tout en laissant miroiter des concessions. Il bénéficie ainsi de l’appui des milieux dirigeants régionaux sans pour autant lacher du lest et garder la maîtrise d’une région riche, importante pour l’économie nationale.

Depuis 1994, les dirigeants régionaux jouent une carte beaucoup plus légaliste : appliquer à la lettre le projet fédéral tel qu’il est affirmé dans la Constitution de 1993. Ce texte prévoit notamment la signature d’accords fédéraux, entre le centre et chaque région. Sverdlovsk entend bien jouer, à ce niveau, un rôle de pionnier. Le moment est propice, puisque, dès la fin de 1995, Boris Eltsine prépare les élections présidentielles de juin 1996. IL cherche donc des appuis, en particulier dans sa région natale, à Sverdlovsk. Après maintes péripéties, l’accord est donc signé et prend des allures d’événement. En contrepartie, les élites dirigeants régionales appuient dès la fin de 1995 la candidature de Boris Eltsine à la présidence. A la lecture, le texte déçoit. Il ne résoud en fait aucun des enjeux fondamentaux opposant le centre et la région concernée. Tout au plus garantit-il qu’une partie des minerais extraits du sous-sol doivent rester sur place et que quelques impôts, négligeables, doivent désormais être collectés et utilisés par la région, et non plus par le centre. Par ailleurs, aucune sanction n’est prévue si une des deux parties n’assure pas ses engagements. Aussi est-il légitime de parler de "victoire à la Pyrrhus".

En fait, cet événement permet de mieux comprendre la stratégie de Boris Eltsine. Pour anéantir la menace d’une fronde régionale, il a joué assez finement, en atomisant les revendications et en faisant en sorte que chaque région ne défende que ses propres intérêts. Les relations bilatérales profitent avant tout au centre, qui peut beaucoup plus facilement mettre l’interlocuteur en position de faiblesse. Depuis 1992, Boris Eltsine a su montrer son talent à épouser les revendications régionales lorqu’il a besoin du soutien de ses provinces et à briser leurs espoirs quant leurs osuhaits pourraient aboutir à une remise en question de l’intégrité, ou du budget, de la Fédération de Russie.

Mots-clés

État fédéral, décentralisation, politique régionale


, Russie

Commentaire

La politique fédérale révèle un des aspects de la politique menée par Boris Eltsine. ON assiste en Russie à la constitution de fiefs régionaux, dans les limites tolérées par le Kremlin. La Fédération de Russie pratique un fédéralisme paradoxal, très centralisé. Au niveau de la répartition des compétences entre centre et régions, en 1996, rien n’est encore vraiment joué.

Source

Document de travail

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