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Trois regards sur le rôle des femmes dans le mouvement des sans-papiers en France

Sally ROUSSET

04 / 1997

Une lutte courageuse et difficile

"Malgré l’expulsion des occupants de l’église Saint-Bernard [à Paris]le 23 août 1996, la lutte des sans-papiers n’a pas cessé. Au contraire, ils et elles ont continué à affirmer avec une fermeté non entamée l’exigence des papiers pour tous et toutes et l’opposition à toutes les lois anti-immigrés. Des collectifs de sans-papiers se sont développés dans plusieurs villes de France [et]ont pris de très nombreuse initiatives : rassemblements, manifestations de rue, occupations de locaux administratifs, réunions publiques, interventions auprès du Parlement européen, de l’UNESCO, caravanes et marches parcourant la France, grèves de la faim, démarches collectives auprès de toutes les autorités (préfectures, ministères, Elysée).[...]Après tant d’années de reculs et de défaites -face aux lois Pasqua et Méhaignerie de 1993 notamment-, cette lutte a eu l’effet positif de briser le silence et de révéler au grand jour ce qu’il en est aujourd’hui de l’oppression subie par les immigré(e)s dans le contexte d’une xénophobie d’Etat de plus en plus institutionnalisée et d’une pression de l’extrême droite.

"Cependant, après l’indignation suscitée par la violence policière de cet été, la solidarité s’est rétrécie [alors que]la répression et l’arbitraire n’ont pas cessé [...]: très peu de sans-papiers ont été régularisés (et le plus souvent ils n’ont reçu qu’une autorisation provisoire de séjour de trois mois). En revanche, plusieurs ont été condamnés à des peines de prison et plusieurs expulsés du pays, avec des méthodes particulièrement indignes.

"C’est dans ce contexte que les femmes sans-papiers ont développé leurs initiatives et leurs prises de paroles [...]. Au cours de l’automne 1996, dans chaque collectif, un noyau de femmes s’est constitué. Elles ont conquis leur place dans la lutte, contestant le rôle subordonné qui leur était trop souvent assigné, et cela malgré d’immenses difficultés matérielles, dont la charge des enfants [...]. A Lille, les femmes du comité des sans-papiers se sont regroupées ; dans la région parisienne, une série de réunions de femmes a eu lieu, qui [leur]à permis de se rencontrer entre elles, d’échanger sur leurs expériences, alors qu’elles sont très diverses de par leur situation personnelle et leur nationalité (femmes du Maghreb, d’Afrique noire, d’Asie, en particulier).

"L’action de militantes féministes de plusieurs organisations [...]a certainement joué un grand rôle dans ce processus. Il faut cependant noter qu’il est jusqu’à présent difficile aux "sans-papières" de se réapproprier les revendications énoncées par les femmes immigrées dans la décennie précédente, telles que le statut autonome indépendant du père et du mari, le droit d’asile pour les femmes victimes de violences sexistes, ainsi que l’analyse de l’oppression des femmes en tant que telles dans la société. Par ailleurs, les conditions de la lutte ne permettent guère de définir des perspectives à long terme : elles vivent leur combat dans l’urgence, pour les papiers, ce qui est tout à fait compréhensible. Mais ce combat pour leur régularisation est un pas dans leur lutte pour leur liberté et leurs droits de femmes."(1)

Madjiguène Cissé, porte-parole de la coordination des Collectifs de sans-papiers :

"Autour de l’occupation de Saint-Bernard, les collectifs sont nombreux et la mobilisation de tous est forte. Dès Saint-Ambroise, les femmes jouent un rôle important. Pourtant, au démarrage, rien n’est évident. Lorsqu’il s’agit d’élire les délégations et que des femmes souhaitent y prendre place, des voix s’élèvent pour dire "A quoi bon, puisque leurs maris sont là ?" Elles s’imposent pourtant et leur rôle se révèle vite moteur dans la lutte ; elles sauvent bien souvent l’unité du mouvement. Lorsqu’à l’église Saint Jean-Baptiste, dans le XVe arrondissement parisien, le curé propose, après une semaine d’occupation, de rentrer chacun chez soi et que les négociations se poursuivent avec SOS-Racisme pour seul interlocuteur, ce sont les femmes qui refusent. Lorsque le mouvement menace de s’essouffler, elles organisent des assemblées générales entre femmes, discutent du manque de présence des médias et mettent sur pied la manifestation du 11 mai 1996 qui conduit les sans-papiers de Saint-Ambroise à Matignon. Ce sont elles encore, le 24 août, qui décident de l’occupation de la mairie du XVIIIe avec la première grève de la faim qui relance la lutte au plan médiatique."(2)

Une journée d’action particulière

Le 20 Novembre 1996, journée internationale des droits de l’enfant, les femmes de la Coordination Ile-de-France des sans-papiers ont initié une action "pour des papiers pour tous et pour le respect par la France de la convention des droits de l’enfant" avec témoignages, délégation à l’UNICEF, rassemblement devant la mairie de Paris 11e. Voici des extraits de leur appel :

"La Convention des droits de l’enfant, adoptée en 1989, a été ratifiée par la grande majorité des pays, dont la France. Pourtant la France, en plaçant toute une partie de sa population, et notamment les étrangers, dans une situation de précarité, en refusant de régulariser les sans-papiers, viole de façon flagrante les droits élémentaires des enfants. En installant les enfants d’immigrés dans une situation d’apatrides de fait jusqu’à l’âge de 16 ans, la France les exclut et en fait des victimes faciles de la délinquance et de la marginalisation. La situation de l’emploi, déjà difficile pour toute la population, l’est encore plus pour ces jeunes souvent issus de catégories sociales défavorisées et qui ont du mal à achever des études donnant accès à des débouchés.

"Les femmes sans-papiers sont méconnues et sous-estimées au Sud, ou parfois enviées à tort. Au Nord, elles sont victimes de l’analphabétisme et de la déqualification, exclues et méprisées, parfois arrêtées, enfermées dans les centres de rétention et même les prisons, expulsées. Elles ont été, de plus, trop longtemps maintenues dans un statut de mineures, entravées dans leur libertés par des pratiques obscurantistes ou en tout cas peu adaptées aux exigences d’affirmation individuelle du monde moderne.

"Mais elles sont une force motrice du mouvement des sans-papiers [...]. Durant cette journée du 20 novembre, nous voulons dénoncer les injustices et le mépris que nous et nos enfants subissons en France [...]. Où est le droit à l’éducation quand une mère, dénoncée par un employé de mairie, fait quatre mois de prison pour avoir inscrit son enfant à l’école ? Où est le droit à la santé quand les enfants des sans-papiers n’ont pas accès aux soins ? Où est le droit de vivre en famille quand [...], parmi les membres d’une famille, les uns ont pu acquérir la nationalité française et d’autres non, les uns ont des papiers et d’autres non ? Que deviennent les droits fondamentaux des enfants quand leur père, et même parfois leurs deux parents, sont expulsés du territoire ? [...]"

Mots-clés

femme, droits humains, accès des femmes à la politique, mobilisation populaire, immigré, exclusion sociale, lutte contre l’exclusion, violence policière, droits des femmes, droits des enfants, législation


, France

dossier

Quand les femmes se mobilisent pour la paix, la citoyenneté, l’égalité des droits

Notes

Coordination nationale des sans-papiers, 22 rue Pajol, 75018 Paris, France. Fax 01 46 07 16 19. email : pajol@bak.net.

Source

Articles et dossiers ; Autre

(1)in un article de <LESSELIER, C.>dans <Cahiers du féminisme>(Paris), hiver 1996/printemps 1997).; (2)entretien avec <GREZE, C.>dans <Vert Contact>, 1er mars 1997

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