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Ouvrières, restructuration et emploi en Corée du Sud

Sally ROUSSET

05 / 1997

De 1981 à 1994, en Corée du Sud, le nombre de femmes occupant des emplois permanents dans des entreprises a décru de 9 % du fait, pour l’essentiel, des restructurations. Seules 5,8 % de ces femmes travaillent dans des entreprises de plus de trois cents personnes - et 62,7 % dans celles qui en emploient moins de quatre. Or, dans ces micro-entreprises, les travailleurs ne sont pas couverts par les principales lois sur le travail, le salaire minimum, les assurances sociales et médicales. Ouvrières et employées sont avant tout concentrées dans les entreprises employant beaucoup de main d’oeuvre : pour 33,4 % dans la production, 17,5 % dans la vente et 14,4 % dans les bureaux. Elles ne participent que pour 9,6 % aux emplois diplômés et techniciens ou à l’administration et l’encadrement.

Dès la fin des années 1980, le gouvernement sud-coréen a engagé des programmes d’ajustement structurel pour répondre aux besoins du capital monopoliste national et à ceux des pays capitalistes avancés : redéploiement à l’étranger des industries en déclin (tels habillement-textile-chaussure); aides accordées aux industries en expansion (électrique et électronique, automobile, chantier naval, machinerie); quant aux industries de pointe (communications mobiles, fibres optiques, robotique, chimie de précision), leur développement va être agressivement soutenu. Les travailleuses ont payé très cher cette politique.

Les ouvrières sont surtout employées dans l’industrie légère où chômage et licenciement sont constants. Sans formation les préparant à un autre travail ni soutien financier, elles ont dû se tourner vers le secteur des services ou devenir domestiques. Gouvernement et entreprises ont fait leur la politique de la flexibilite du marché du travail. Cela a contribué à chasser les femmes du marché des emplois permanents. Les emplois à temps partiel et intérimaires sont, avant tout, le fait des femmes : elles comptent pour 64,9 % du temps partiel, contre 45,9 % en 1990. Depuis peu, aussi, de nombreuses immigrantes sont embauchées dans la production, soi-disant en tant que stagiaires. Le gouvernement prévoit de faire venir 15 000 ouvrières du Viêt-Nam, du Sri Lanka et du Bangladesh pour les industries du textile et de la chaussure. Ces immigrées ne sont pas protégées par le code du travail et sont payées deux fois moins qu’un Coréen.

Les ouvrières entrent en lutte

La politique d’industrialisation par l’exportation a commencé dès les années 1960 en Asie orientale (Corée du Sud, Taiwan, Hongkong), une décennie plus tard en Asie du Sud-Est (Malaisie, Philippines, Indonésie et Thaïlande), puis en Asie du Sud. Les investisseurs étant attirés par une main d’oeuvre abondante et bon marché, des jeunes femmes célibataires, n’ayant généralement pas vingt ans et venant de régions rurales ou éloignées, ont été massivement recrutées. Pour l’encadrement, ce choix était idéal car ces jeunes femmes étaient agiles de leurs doigts et n’avaient aucune expérience d’organisation : elles devaient être dociles, faciles à contrôler. Cette main d’oeuvre a mûri. Face à des conditions de travail qui n’ont pas changé, ces femmes de 25-35 ans entrent en lutte !

C’est au cours des années 1970 que les ouvrières ont commencé à combattre pour les salaires, les conditions de travail, le droit de s’organiser. A cette époque, la Corée du Sud était sous la loi d’urgence et de nombreux syndicalistes ont été emprisonnés. Il était difficile à des ouvrières de s’investir dans les syndicats. Les difficultés n’étaient pas seulement dues aux patrons et à la police, mais aussi aux travailleurs masculins, à la famille, aux maris. Quand des ouvrières entraient en grève, l’encadrement envoyait souvent des ouvriers, des hommes, pour briser la grève et battre physiquement les femmes. On demandait aux parents d’exercer des pressions sur leurs filles. Malgré tout, la place des femmes dans la direction du mouvement ouvrier sud-coréen s’affirme toujours aujourd’hui.

Au milieu des années 1980, avec l’influence grandissante des mouvements féministes de divers pays, les organisations d’ouvrières ont exigé que soient reconnus les problèmes spécifiques auxquels elles font face. L’évolution est nette par rapport au passé, quand les ouvrières ne réclamaient que leurs droits généraux de travailleurs. Des questions comme une meilleure protection-maternité, l’égalité des salaires, la lutte contre les discriminations dans l’emploi sont introduites. Actuellement encore, la direction nationale du mouvement ouvrier tend à considérer que ces questions ne concernent que les seules ouvrières. Les femmes poursuivent donc un combat essentiel pour qu’elles soient enfin pleinement intégrées par le mouvement dans son ensemble.

L’Association unie des travailleuses coréennes

Forte de ces expériences, l’Association unie des travailleuses coréennes (Korean Women Workers Association United, KWWAU)a été constituée en juillet 1992. Elle regroupe cinq mille membres et coordonne six organisations régionales. Elle impulse des rencontres où les femmes peuvent exprimer leurs besoins et mettre au point leurs projets. Elle a défini un programme politique pour les travailleuses et réagit aux décisions gouvernementales. La KWWAU poursuit aussi des recherches sur la situation des travailleuses. Elle anime des forums publics pour renforcer la prise de conscience des groupes régionaux et d’autres organisations de femmes. Elle prévoit d’étendre son action en direction des immigrées. Elle a engagé des campagnes, notamment pour un congé maternité de 90 jours et s’est opposée à la volonté du gouvernement d’annuler le paiement des congés pour les règles (seules les Coréennes et Indonésiennes bénéficient de tels congés). La KWWAU a aussi réalisé que l’usage de produits chimiques dans les atelliers pouvait être dangereux pour les femmes et la maternité. Elle a engagé un programme d’étude et d’éducation sur cette question.

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Le 26 décembre 1996, l’Assemblée nationale a adopté, en sept minutes, sans discussion et à l’unanimité, des amendements au code du travail et à la loi sur la sécurité nationale. Les procédures législatives légales ont été ignorées, ce qui a rappelé aux Sud-Coréens le temps de la dictature militaire qui avait déjà utilisé ces lois pour la répression. Des clauses qui avaient été retirées de la loi sur la sécurité en 1993 ont été réintroduites. Les amendements au code renforçaient la flexibilité du travail, les possibilités de licenciements, les pouvoirs des employeurs lors des restructurations. Les groupes défendant les droits humains, des gens de tous milieux, se sont levés contre la politique du gouvernement Kim Young-Sam. Les confédérations et associations syndicales, dont la KWWAU, ont agi en commun et établi un comité pour obtenir l’abrogation de ces amendements. Le régime a dû reculer sur cette question et est entré en crise ouverte depuis lors.

Mots-clés

industrialisation, emploi, conditions de travail, travail, conséquences de la mondialisation, mobilisation populaire, dictature, discrimination des femmes, organisation syndicale, organisation de femmes, genre


, Corée du Sud

dossier

Quand les femmes se mobilisent pour la paix, la citoyenneté, l’égalité des droits

Notes

Source : Intervention de Rhie Chol Soon, présidente de la KWWAU, lors de la conférence internationale organisée par IRENE (Pays-Bas)en février 1997.

Contact : KWWAU, 1/F 496-43, Kuro bon-Dong, Kuro-Ku, Seoul 152-059, Corée du Sud. Tél. (82 02)869 1347. Fax (82 02)837 1407.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

CHOL SOON, Rhie

Développement et Civilisations - Centre international Lebret-Irfed - 49 rue de la Glacière, 75013 Paris, FRANCE - Tel 33 (0) 1 47 07 10 07 - France - www.lebret-irfed.org - contact (@) lebret-irfed.org

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