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Des femmes immigrées créent leurs entreprises : de la formation à l’émergence d’un réseau d’entraide

Ruth PADRUN

03 / 1997

En France, depuis une quinzaine d’années, les femmes immigrées participent activement au mouvement de création d’entreprises. Leur nombre a plus que doublé entre les deux derniers recensements (1982 et 1990) et leur progression est constante. Particulièrement frappées par le chômage, elles cherchent ainsi à s’insérer dans le tissu économique, social et culturel, non seulement pour des raisons matérielles évidentes, mais aussi pour être reconnues en tant qu’actrices économiques, capables de se prendre en charge, de s’affirmer et de réussir.

Une formation intensive

Depuis 1993, l’IRFED a mis en place une action pilote de formation à la création d’entreprise avec des femmes de cultures, origines et nationalités diverses, au chômage de longue durée ou bénéficiaires du RMI (Revenu minimum d’insertion), mais toutes porteuses d’un projet de création. Il s’agit de stages de six semaines (205 heures) précédés d’un bilan-orientation individuel, suivis d’un accompagnement individuel jusqu’à la création de l’entreprise et d’un appui en gestion une fois l’activité créée. Organisés dans le cadre de l’initiative européenne NOW (New Opportunities for Women), ces stages sont gratuits.

Leur objectif est d’initier les participantes aux différents aspects de la création et de la gestion de l’entreprise, de les aider à monter leur dossier de création, de leur proposer en alternance des modules techniques et des activités à caractère méthodologique, d’organiser des visites d’entreprises et des rencontres avec d’autres créatrices, françaises et étrangères.

Le programme consiste en plusieurs modules d’un ou deux jours concernant notamment le marketing, la comptabilité/gestion, les questions juridiques, administratives et fiscales, le financement de l’entreprise, la vente, la communication. Il comprend également une initiation à l’économie et à la comptabilité nationale.

Des activités plus méthodologiques (élaboration d’un questionnaire pour la visite d’une entreprise, grille d’état d’avancement d’un projet, analyse des fonctions d’un chef d’entreprise…) sont également intégrées au programme.

Des bilans et évaluations prennent place en fin de chaque semaine et au terme du stage.

Un temps est aussi consacré à un échange et une réflexion sur la relation entre immigration et développement des pays d’origine par le biais de la création d’entreprise ainsi qu’à des rencontres avec des femmes entrepreneurs du Sud.

Une pédagogie interculturelle, participative et active

Interculturelle, elle valorise les diversités des origines, des savoir-faire, des expériences de vie, et vise à faire émerger tout le potentiel économique, social et culturel, souvent latent ou ignoré des femmes. Elle contribue à affermir leur motivation et leur personnalité, à développer à la fois la solidarité de groupe et l’autonomie personnelle.

Participative et active, elle se réfère constamment au projet des participantes et à leur contexte de vie. Les femmes participent à l’organisation du programme qui est aménagé et modulé en fonction de leurs besoins. L’alternance entre travail individuel, en petits groupes et en grand groupe permet de créer une atmosphère de confiance et de travail en commun. Les projets individuels sont socialisés au sein du groupe et le projet de chacune devient le projet de toutes. Ceci contribue à la progression pédagogique et à l’avancement des dossiers projets.

La formation s’appuie sur une équipe pédagogique elle-même pluriculturelle, motivée, soudée et adhérant entièrement au projet de formation, spécialisée à la fois dans la pédagogie interculturelle et dans un domaine technique précis.

Un suivi

A l’issue du stage, les participantes peuvent à tout moment s’adresser à l’IRFED pour tout renseignement, appui pour l’élaboration d’un dossier, contact avec des personnes ressources, utilisation d’un ordinateur. Pour tout appui spécialisé (juriste, comptable…), l’IRFED met à leur disposition un crédit-conseil de trois heures de consultation gratuite d’expert. Des réunions leur permettent de suivre l’état d’avancement des divers projets de création, de rechercher ensemble des solutions aux difficultés, d’échanger des informations sur tout ce qui concerne l’entreprise.

Des résultats quantitatifs

Chaque année, environ 300 femmes s’adressent à l’IRFED pour y trouver un appui, un conseil ou une formation. Ce sont pour la plupart des Africaines ou des Maghrébines, mais aussi des Latino-Américaines, des Asiatiques ou des Européennes (de l’Ouest et de l’Est), y compris des Françaises.

Depuis 1993, quatre stages ont été organisés et 71 femmes y ont participé : 27 Africaines, 6 Latino-Américaines, 2 Nord-Américaines, 3 d’Asie ou Océanie, 5 d’Europe de l’Est, 6 d’autres pays d’Europe, 22 Françaises, dont 3 Antillaises.

Les résultats de la formation sont probants à plusieurs niveaux. D’abord en ce qui concerne l’insertion professionnelles : sur les 71 participantes, 22 ont créé une entreprise ou une activité indépendante, 13 sont en train de créer leur activité, 17 ont trouvé un emploi, les autres suivent une formation ou ont pris une autre orientation ou ont quitté la France.

Des résultats qualitatifs

Mais les résultats les plus positifs concernent les femmes elles-mêmes. Sorties de l’isolement, du doute et de l’hésitation, d’une certaine méfiance vis-à-vis des formations, elles sont devenues confiantes, ont acquis de l’assurance, ont appris à maîtriser leur projet et ont la détermination de le réaliser et de le réussir.

Un réseau qui s’organise

Elles pratiquent entre elles une entraide et une solidarité efficaces qui se poursuivent après le stage. A cet effet, elles se sont organisées en réseau et ont décidé de se constituer en un club de créatrices du réseau IRFED. La première réunion a eu lieu le 12 février 1997.

Mots-clés

création d’entreprise, insertion professionnelle, formation, méthodologie, interdépendance culturelle, dialogue interculturel, milieu urbain


, France, Paris

dossier

Quand les femmes se mobilisent pour la paix, la citoyenneté, l’égalité des droits

Commentaire

Une participante française :

« C’était extraordinaire d’être dans un groupe de femmes d’origines si diverses. Je n’avais jamais avant été si proche d’une femme africaine ou maghrébine, au fond, je n’en ai jamais eu vraiment l’occasion. Maintenant, j’ai un regard différent sur les autres. Grâce à elles, j’ai appris plein de choses que j’ignorais totalement, par ex. les tontines et tout cela. Et puis, il y a la solidarité ; c’est comme si j’étais leur soeur… »

Une participante africaine :

« Moi, je fréquente beaucoup de gens, mais je n’ai jamais eu vraiment confiance. J’ai fait trop de mauvaises expériences. Ici, j’ai vraiment appris la confiance, je me sens comme chez moi, je peux parler librement, dire ce que j’ai sur le coeur. Et je me sens mieux pour moi-même, mais aussi par rapport à mon projet. Je me sens plus forte, plus sûre… »

Source

Rapport

PADRUN, Ruth, Formation à la création d’entreprise et méthodologie interculturelle, IRFED EUROPE, 1995/02 (France)

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