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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Des femmes andines parlent du développement durable et équitable

Sally ROUSSET

05 / 1997

Lors du Sommet des Amériques sur le développement durable (Santa Cruz, Bolivie, décembre 1996), la Coalition politique des femmes andines, qui regroupe des organisations de Bolivie, Colombie, Equateur, Pérou et Vénézuela, a présenté un document d’orientation dont nous donnons ici de larges extraits.

* Développement. [...]"[Lors de la conférence de Rio, en 1992], plus de 180 pays et 120 chefs de gouvernement ont approuvé le concept de développement durable comme étant «celui qui répond aux nécessités du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre à leurs propres nécessités».[...]Nous, les femmes, nous comprenons le développement durable comme un processus qui vise à atteindre l’équité entre les êtres humains, la viabilité économique et l’équilibre écologique. Notre conception de la «durabilité» est distante de celle qui donne la priorité à la croissance économique ou qui met uniquement l’accent sur la conservation de l’environnement en minimisant les défis que pose l’équité sociale.

* Diversité. "[...]Nos pays se caractérisent par la possession d’écosystèmes uniques au monde et par la mosaïque colorée de nos peuples. Nos ancêtres ont su vivre en harmonie avec l’environnement, ils ont maintenu des relations d’équité et non de domination avec la nature. La sagesse que gardent les femmes paysannes et indigènes des Andes est connue : elles sont détentrices de secrets sur les liens écologiques et l’aménagement des écosystèmes fragiles, un savoir que nous nous sentons dans l’obligation de défendre et de conserver. Nous sommes des pays pluriculturels et marqués par les biodiversités. C’est cette diversité qui nous donne la force, des droits et une identité. Et c’est aussi un lieu de référence pour construire l’équité entre les hommes et les femmes. Nous devons construire sur la base de cette diversité le développement durable auquel nous aspirons tous.

* Procréation. "Dans l’urgence de trouver des solution immédiates, les techniciens et les politiques tendent à établir une relation linéaire entre la croissance de la population et une dégradation accrue de l’environnement. On faisait le même type d’association dans les années 1960 pour expliquer la pauvreté. [...]Avec cet argument, on a stérilisé des centaines de femmes pauvres du continent sans leur consentement. Face à des équations aussi simples que celles-ci, les facteurs sociaux, économiques, politiques et institutionnels qui interviennent dans les relations que les êtres humains ont entre eux perdent toute pertinence, comme par exemple les relations entre les hommes et les femmes, de même que les liens entre les personnes et la nature.

"C’est la persistence des relations inéquitables entre les êtres humains qui donne lieu à des phénomènes dramatiques comme la pauvreté ; c’est l’accès inégal aux ressources naturelles et la répartition injuste des bénéfices de leur jouissance qui intensifie la dégradation de l’environnement.

"Pour nous autres, l’important n’est pas de savoir combien nous sommes, mais quels types de relations nous entretenons. Pour cela, nous voulons que, à ce Sommet, nos droits de procréer soit respectés (...)«pour que les femmes et les hommes puissent obtenir le même droit de décider de manière libre et responsable du nombre et de l’espacement des naissances de leurs enfants, et qu’ils puissent accéder à l’information, à l’éducation et aux moyens convenables qui leur permettraient d’exercer ce droit en conformité avec leur liberté, leur dignité et leur valeur personnelle, prenant en compte les considérations éthiques et culturelles». [citation de l’Agenda 21].

* Responsabilité. "Dans les années 70 [...]commencèrent à être visibles les impacts négatifs sur les femmes pauvres de la campagne [des]programmes de développement et de la dégradation de l’environnement, produits de la modernisation introduite dans le monde rural en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Ce n’est qu’après le Sommet de Rio [1992]que la crise de l’environnement a cessé d’être un problème des pays du Sud ou celui des femmes pauvres habitant cette moitié du monde. [A Rio], pendant que se déroulait la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, les femmes organisaient un forum parallèle d’ONG (Planeta Femea)[qui obtint que le chapitre 24 de l’Agenda 21 soit consacré aux]«Mesures mondiales en faveur de la femme pour atteindre un développement durable et équitable».

"Le Sommet de Rio représente un jalon dans le mouvement international des femmes qui s’est manifesté en réclamant les droits des femmes et en invitant les hommes à partager la responsabilité de l’avenir de la terre [(...]). [Quant à]la plate-forme d’action de Beijing (Sommet mondial sur les femmes, septembre 1995), [elle recommande]de «renforcer ou établir les mécanismes au niveau régional, national et international pour évaluer les effets des politiques de développement et d’environnement sur la femme».

* Citoyenneté. "Ecologistes et humanistes, nous partageons les mêmes préoccupations au sujet du modèle de développement en vigueur car nous le considérons comme excluant, hiérarchique et basé sur une logique économique consommatrice de ressources naturelles et sur une science valorisée comme étant la forme universelle de connaissance. Travailler à la construction des sociétés durables de l’avenir est un processus qui implique d’abord et avant tout un changement de valeurs et de perspectives. Il ne s’agit pas de rajouter des propositions relatives à l’environnement ou au genre [masculin/féminin], au modèle traditionnel de développement [...], [car]les acquis sociaux et économiques continueront à être partiaux et les conflits relatifs à l’environnement chaque fois plus importants [...]. Aussi longtemps que seront maintenues certaines conditions de subordination et de discrimination à l’égard des femmes, aussi longtemps que les fils secrets qui convergent vers le sommet du pouvoir resteront dans les seules mains des hommes, la pyramide continuera d’être tronquée. Lorsque nous, toutes les femmes, nous exercerons une citoyenneté pleine et entière, la pyramide sera entière et nous pourrons parler d’un développement durable."

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