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Sénégal : les femmes de Popenguine se liguent pour la réhabilitation de la réserve naturelle

Nadia AISSAOUI

01 / 1996

A 45 km au sud de Dakar, se situe, sur la petite côte, la réserve naturelle de Popenguine, créée en 1987 sur 1009 ha du secteur sud de l’ancienne forêt classée afin de sauvegarder un site d’hivernage de passereaux paléarctiques et autres oiseaux migrateurs.

Une habitante de Popenguine, Woulimata Thiaw, fonde en 1988 le Regroupement des femmes de Popenguine pour la protection de la nature réunissant ainsi 129 mères de famille et un homme (parce qu’il était présent quand l’association a été décidée). L’objectif initial était de restaurer le couvert végétal de l’aire protégée.

Elles réalisèrent d’abord un pare-feu de 6 m de large sur les 12 km de la frontière terrestre, puis doublèrent la clôture d’une haie végétale afin de prévenir la rouille du grillage.

Une pépinière d’espèces indigènes fut ensuite installée près de la réserve. Sans moyens financiers, des milliers d’arbres furent réintroduits, année après année. La faune se reconstitua lentement et l’on vit réapparaitre 195 espèce d’oiseaux, des guibs harnachés, des sylvicapres de grimm, des callitriches, chacals à flancs rayés, mangoustes, civettes, etc.

Fortes de ce premier succès, les femmes étendirent leur projet et suscitèrent ainsi l’adhésion de leurs compagnes des sept autres villages limitrophes de la réserve. Elles furent soutenues par la Fondation Nicolas Hulot et créèrent en 1994 un groupement féminin par village, un bureau intercommunal se chargeant de la coordination des programmes.

A présent, le collectif villageois compte 1 173 femmes dont l’action s’étend sur cinq kilomètres autour de la réserve, ce qui représente environ 100 km2 et touche plus de 35 000 personnes.

La mangrove de l’embouchure de la Somone, au sud de Guéréo, est une zone très dégradée et fait l’objet de chantiers de repiquage.

Actuellement, l’objectif des femmes ne se limite plus aux effets de la dégradation et de l’appauvrissement de la biodiversité locale, mais à ses causes réelles. Ainsi, sans attendre de financements, elles ont conçu un projet de développement global destiné à l’ensemble de la communauté. Elles ont mis en place un réseau de distribution de combustibles pour contrôler la collecte du bois de chauffe. Elles valorisent les ordures ménagères en construisant des compostières afin d’accroître la production maraîchère. Le traitement des déchets introduit celui des eaux usées, tout comme la maîtrise de l’énergie mène à celle de l’approvisionnement de base en période de soudure ou de l’économie domestique au jour le jour. La mise en place de banques céréalières et d’épargne en sont l’expression pragmatique.

L’intervention de femmes dans la gestion d’une réserve naturelle n’a jamais été observée ailleurs avec une telle ampleur dans toute l’Afrique.

La réserve naturelle de Popenguine va changer de nom afin d’en faciliter l’appropriation collective. Elle prendra désormais le nom d’un génie local, Mame Cumba Cupaam, abrégé en Kër Cupaam, et s’intitulera Espace naturel communautaire Kër Cupaam.

Le plan de développement a le mérite d’avoir débuté sur la base du bénévolat et des modestes revenus de la communauté. En effet, durant les quatre premières années, le Regroupement des femmes n’avait disposé pour tout outillage que d’une pelle carrée, un pic, deux arrosoirs, une brouette et 25 m de tuyau alors que le point d’eau se trouvait à plus de 1,5 km.

Les moyens demeurent dérisoires, mais les banques de céréales et d’épargne existent, ainsi que les travaux d’assainissement dans les villages.

Des chantiers de volontaires ont lieu dans le cadre de la collaboration avec les centres d’animation jeunesse de la Ville de Paris ainsi qu’avec le concours de la Fondation Nicolat Hulot.

Mots-clés

femme, dégradation de l’environnement, protection de l’environnement, milieu rural, aménagement rural, développement rural, biodiversité, mobilisation populaire, organisation de femmes


, Sénégal, Popenguine

dossier

Biodiversité : le vivant en mouvement

Quand les femmes se mobilisent pour la paix, la citoyenneté, l’égalité des droits

Notes

Le document cité en source est un dossier d’étape réalisé dans le cadre de l’atelier «Femmes» de l’Alliance pour un monde responsable et solidaire.

Source

Document de travail ; Document interne

ASSAOUI, Nadia Leïla, La question des femmes en chantier...

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