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Les femmes se mobilisent contre les industries polluantes de la banlieue de Sao Paulo

04 / 1997

Lors de la table ronde "Gestion de ressources et développement durable" organisée dans le cadre du XVe Festival international de films de femmes de Créteil (26 mars-4 avril 1993), Femmes Changements a donné la parole à Ivone ARRUDA DE CARVALHO qui représentait le groupe écologique Consciência (Brésil). Voici son témoignage :

"J’habite à Santo-André, une banlieue de Sâo Paulo au Brésil regroupant 700 000 habitants. Le revenu par habitant est l’un des meilleurs du pays et 80 % des industries chimiques sont installées sur notre commune. C’est une ville fortement industrialisée qui souffre de très graves problèmes de pollution de l’air et de l’eau. Son environnement est sévèrement endommagé depuis de nombreuses années. Dans le quartier où j’habite, nous souffrons de la pollution des industries pétrochimiques : onze usines qui appartiennent à des multinationales comme Pirelli (Italie)et Firestone (Angleterre)(fabrication de pneus)ou comme Rhodia (France)(industrie chimique), etc.

"Nous, les femmes qui habitons cette zone, nous nous sommes rassemblées pour essayer d’améliorer nos conditions de vie.

"Dès le départ, nous avons décidé de nous adresser directement aux grandes multinationales, entre autres à Pirelli et Firestone car, avec leurs fumées noires et aveuglantes, elles étaient les plus polluantes. Le processus de fabrication des pneus rejette dans l’air une poudre noire, une poussière, qui est à l’origine de diverses maladies respiratoires dans la population et qui endommage, bien sûr, la faune et la flore. Et cette fumée noire omniprésente nous oblige à vivre avec les fenêtres fermées.

Nous avons d’abord été voir un organisme gouvernemental qui contrôle la qualité de l’air... sans grand succès : nos revendications n’ont même pas été écoutées.

Alors, nous nous sommes adressées aux groupes écologistes actifs au sein de la région ABC (initiales des trois villes de notre département). Ils nous ont montré comment nous organiser et comment gérer la lutte de façon à traiter avec les industries.

"Nous avons créé un groupe appelé "Grupo ecologico consciência". Nous nous sommes adressées aux médias en écrivant des lettres aux journaux et à la télévision, en faisant du "lobbying" pour que soient réalisés des programmes de télévision, afin que le public ait une meilleure connaissance de notre environnement. Nous avons même organisé une manifestation de deux mille personnes devant les usines. Ce fut une réussite : les autorités publiques et régionales ainsi que les industries décidèrent enfin de nous écouter.

"Les deux groupes industriels impliqués ont réagi à nos demandes, chacun de manière différente. Tandis que le groupe Pirelli ne voulait pas parler aux représentants de la population locale, Firestone, lui, acceptait de nous rencontrer. Nous avons alors organisé des réunions de travail où nous avons montré nos conditions de vie et comment nos maisons étaient affectées par leur pollution. La compagnie a commencé à céder à nos requêtes et à changer son approche de l’environnement et des investissements anti-pollution ont été engagés. Voyant ce que faisait Firestone, Pirelli a alors changé d’attitude : ils ont transformé leurs rapports vis-à-vis de l’environnement, mais en continuant à éviter les contacts avec les populations. Ils ont fait d’importants investissements et la pollution a été maîtrisée. Maintenant, quand nous voyons qu’il y a des problèmes, des émanations, nous avons un contact direct avec la direction et nous sommes écoutées.

"A la suite de ces actions, notre démarche dans la lutte écologique s’est élargie car, en liaison avec les groupes écologiques de la région, nous avons découvert la vraie dimension du travail à accomplir, non plus seulement au niveau de notre région, mais à l’échelle du pays et de la planète toute entière. Nous nous sommes rendu compte de l’échelle des dommages faits à notre terre. Nous nous sommes plus particulièrement attachées à l’industrie pétro-chimique qui rejette dans l’atmosphère 400 tonnes de produits polluants par mois. Dans la rivière Tamandua, qui traverse notre ville, la pollution est encore pire : 300 m³ de polluants à l’heure sont déversés dans l’eau. Donc notre groupe est en train de s’affronter avec le complexe pétrochimique afin que les compagnies qui leur appartiennent se modernisent et qu’elles respectent davantage notre environnement qui est tellement endommagé.

"Notre prochaine bataille sera avec Rhodia, une filiale internationale de Rhône-Poulenc, qui pollue notre rivière. De grandes quantités d’acétate sont rejetées dans les eaux usées.

"De tout cela, nous avons tiré des leçons très intéressantes. En tant que groupe nous voulons faire part de nos connaissances et expériences à d’autres groupes et le message que nous voudrions faire passer est le suivant : le cynisme des autorités est monnaie courante. La désinformation est un trait très répandu dans la population, personne ne connaît les problèmes de l’environnement, mais peu à peu, nous réussissons à les faire comprendre. Nous avons aussi compris qu’il est possible d’établir un rapport éthique entre la population locale et les industries. Pour cela, il faut avoir un objectif élargi, c’est-à-dire, avoir l’ambition d’apporter des solutions aux problèmes planétaires, par-delà les problèmes régionaux.

"Nous avons également beaucoup appris au contact des groupes écologiques, car ils luttent avec d’énormes difficultés. C’est avec des gens simples du peuple que l’on peut accomplir des miracles. On ne peut pas toujours remettre les choses à demain. Les gens doivent affronter les problèmes immédiatement pour les résoudre maintenant. S’il n’y a pas de prise de conscience, rien n’est possible.

"La planète est une «grande maison», nous y habitons tous, et si nous pouvons accroître la prise de conscience des industriels et des gouvernements, nous pourrons avoir une vie meilleure. Mais, si nous ne le faisons pas, nous ne survivrons pas très longtemps."

Mots-clés

femme, milieu urbain, pollution, industrie chimique, multinationale, conditions de vie, lutte contre la pollution, pression politique, désinformation


, Brésil, Santo André

dossier

Quand les femmes se mobilisent pour la paix, la citoyenneté, l’égalité des droits

Commentaire

Le combat poursuivi par ces Brésiliennes est présenté en détail dans le film vidéo "Rio 92, Planéta Femea", produit par Femmes Changements et Gaia Vidéo. Ce film retrace les moments forts des rencontres entre femmes réalisées au cours du Forum Global organisé par les ONG lors du Sommet de la Terre (Rio, juin 1992): interviews de représentantes de communautés, reportages sur les actions engagées par les Brésiliennes.

Source

Livre ; Témoignage

FEMMES CHANGEMENTS, La croissance, quelques "maux" que je sais d'elle (Collection Regards de femmes.1), Femmes Changements, 1993 (France)

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