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Migrations et urbanisation en Afrique de l’ouest : de nouvelles perspectives

Marie Lise SABRIE

06 / 1996

Les migrations constituent la variable démographique la moins connue en Afrique de l’Ouest. Destinées à combler cette lacune, des enquêtes sur les déplacements migratoires internes ou transfrontaliers ont été conduites simultanément en 1993 dans huit pays ouest-africains dans le cadre du réseau Remuao (Réseau migrations et urbanisation en Afrique de l’Ouest): le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria et le Sénégal.

Première en son genre sur ce continent, cette vaste étude a été coordonnée par le Cerpod (Centre d’études et de recherche sur la population pour le développement)en collaboration avec l’Orstom (Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération), et avec l’appui technique du Ceped (Centre français d’études sur la population et le développement)ainsi que du département de démographie de l’université de Montréal. Ce programme de recherche a également bénéficié du concours financier du CRDI (Centre de recherche pour le développementinternational), de l’ACDI (Agence canadienne pour le développement international), le FNUAP (Fonds des Nations unies pour la population), de la Banque mondiale, de la Coopération française et des Etats concernés.

Ce travail est doublement original puisque d’une part, des institutions de huit pays africains ont réalisé la même enquête à la même période, et d’autre part parce que l’étude a porté sur les migrations, et non simplement sur les migrants comme c’est le cas habituellement pour les recensements. L’ensemble de ces enquêtes se sont fondées sur le recueil et l’analyse de près de 140.000 «biographies migratoires», permettant de connaître les différentes résidences (d’une durée supérieure à six mois)des migrants depuis leur naissance. Consacrés aux migrations des années 1988-1992 dans sept des pays étudiés (hors Nigeria), les résultats préliminaires qui viennent d’être publiés révèlent que les tendances migratoires actuelles sont bien différentes de celles il y a vingt ans.

Une réorientation des migrations ville-campagne

Les premières données des enquêtes laissent apparaître que les pays côtiers sont les plus urbanisés. De 40 à 41% de la population au Sénégal, en Mauritanie et en Côte d’Ivoire résident en ville. La Guinée présente un taux d’urbanisation moindre (32%)mais supérieur à celui des pays enclavés, le Mali (25%), le Niger (18%)et le Burkina Faso (13%). Si la prépondérance de la capitale est marquée au Burkina (63% de la population urbaine y vivant), en Mauritanie (56%)et au Sénégal (54%), elle est relative en Côte d’Ivoire (45% à Abidjan, capitale économique)et au Mali (40%), tandis que le poids de Niamey est très faible au Niger (32% de la population urbaine, et 6% de la population totale).

Si les migrations à destination ou en provenance du monde rural demeurent majoritaires, les flux des ruraux vers les capitales se révèlent relativement peu importants, ne comptant par exemple que 11% en Côte d’Ivoire et 33% au Burkina Faso du total des échanges entre villes et campagnes. Et, contrairement au idées reçues, on observe même l’émergence du phénomène inverse. Les mouvements des populations depuis les capitales vers le monde rural apparaissent ainsi substantiels, allant de 14% en Guinée à 23% au Burkina Faso.

L’exode rural n’a pour autant pas disparu : il atteint 60% des déplacements internes en Mauritanie, 47% au Burkina, 44% au Niger et 43% au Mali. Mais il ne nourrit plus l’essentiel des migrations au Sénégal (38%), en Guinée (36%)ainsi qu’en Côte d’Ivoire (23%)où les campagnes enregistrent même un croît migratoire de 1%. Les capitales demeurent les principales bénéficiaires de ces flux de populations ayant un taux de croissance migratoire plus élevé que le reste du milieu urbain, hormis au Niger où l’afflux de ruraux est supérieur dans les villes moyennes.

Les migrations vers les pays côtiers ralentissent

En ce qui concerne les migrations internationales, 1,8 millions de migrations ont été effectuées entre les sept pays du Réseau de 1988 à 1992 et 420 000 en provenance du reste du monde ont été enregistrées pour la population de quinze ans et plus. Les flux entre la Côte d’Ivoire et le Burkina sont les plus importants (920.000 migrations, soit près de 50%)du Réseau avec - fait nouveau - une balance migratoire positive pour le Burkina (+3,4%), seul des sept pays à ne pas avoir un solde migratoire négatif (+0,8% par an). Viennent ensuite les migrations entre le Mali et la Côte d’Ivoire (247.000), avec un léger avantage pour ce dernier pays (15.000). Les migrations entre le Niger et le Nigeria apparaissent également importantes (210.000), au profit du Nigeria (38.000). Bien qu’elle demeure un pôle d’attraction (26% d’étrangers y résident), la Côte d’Ivoire, pays d’immigration dans le passé, présente un solde migratoire négatif avec les sept pays étudiés (-0,9%). Le Sénégal enregistre également une croissance migratoire annuelle négative (-0,4%)et ses échanges avec les autres pays sont inférieurs aux échanges internes ville-campagne.

Mots-clés

migration, exode rural, urbanisation, démographie, milieu rural, recherche


, Afrique de l’Ouest

Commentaire

Au regard de ces résultats, une première conclusion s’impose : le tournant des années 1990 marque un nouveau profil des migrations en Afrique de l’Ouest. On n’assiste plus en effet, comme dans le passé, à un déversement des populations rurales vers les capitales, ni des pays enclavés vers les pays côtiers. Comme on peut l’observer au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire, la crise de la dernière décennie semble avoir même rééquilibré les échanges en faveur du milieu rural. Les premières données de ces enquêtes, tout comme les résultats plus détaillés qui seront publiés en 1996 pays par pays, devraient permettre d’éclairer les choix politiques face à ces nouveaux flux migratoires et à leurs conséquences sur la répartition des populations entre villes et campagnes ainsi que dans l’espace national et international.

Notes

Cette fiche est reproduite ici intégralement, conformément à un accord entre la FPH et l’ORSTOM.

Contacter :

-ANTOINE, Philippe, CEPED, 15 rue de l’ecole de médecine, 75006 Paris. Tel 01 44 41 82 39, e-mail antoine@mozart.ceped.ined.fr;

- BOCQUIER, Philippe, CERPOD, BP 1530 Bamako, Mali. Tel 223 22 30 43, e-mail bocquier@bamako.orstom.ml.

Bibliographie :

- TRAORE, Sadioet BOCQUIER, Philippe, "Migrations en Afrique de l’Ouest: de nouvelles tendances", La chronique du CEPED, n°20, janvier-mars 1996;

- "migrations et urbanisation en Afrique de l’ouest. Résulats préliminaires, Bamako, CERPOD, juillet 1995.

Source

Articles et dossiers

SABRIE, Marie Lise, ORSTOM=INSTITUT FRANCAIS DE RECHERCHE SCIENTIFIQUE POUR LE DEVELOPPEMENT EN COOPERATION in. Fiche d'actualité scientifique, 1996/06/00 (France), 15

ORSTOM (Institut Français de Recherche Scientifique pour le Développement en Coopération) - L’ORSTOM a été renommé en 1998. La nouvelle appellation de l’institut est IRD (Institut de recherche pour le développement). - France - www.ird.fr

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