español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

La notion d’interface pour aller vers les publics en difficultés psychosociales

Françoise MALBOSC

05 / 1996

C’est en réponse à un questionnement incessant sur l’adaptation du secteur psychiatrique public à la prise en compte des personnes en difficulté sociale, à la question du rapprochement vers les publics, que les médecins de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu (secteur urbain de l’agglomération lyonnaise, Vénissieux, Saint-Fons)proposent des démarches d’interface : qu’il s’agisse du centre NEMO, qui accueille les toxicomanes et leurs familles, de l’équipe interface en direction des S.D.F. ou du groupe FED.

Témoignages d’intervenantes et positionnement de ce groupe par le docteur Alain Gasté, psychiatre des hôpitaux et responsable du groupe FED.

Sylvie PERLES, directrice de la mission locale de Vénissieux.

"C’est l’histoire de la rencontre de deux pratiques qui aboutit concrètement à la mise en place d’une permanence d’infirmières psychiatriques à la mission locale. La mission Locale de Vénissieux, créée en 1982 - 83, est implantée sur le quartier des Minguettes, qui émarge au contrat de ville et compte 22 500 habitants. A la mission locale, on accueille les jeunes de 16 à 25 ans. L’objectif, c’est l’insertion professionnelle, mais outre les difficultés des jeunes à rentrer dans la vie active, on repérait d’autres difficultés, entre autres des difficultés psychologiques. En 1984 grâce au financement d’un mi-temps spécifique "santé-logement", nous avons pu développer un partenariat avec des acteurs de santé de Vénissieux et repérer ces jeunes qui avaient des problèmes psychologiques."

Martine FAVREAU, infirmière psychiatrique et membre du groupe FED

"Les partenaires santé étaient à la recherche d’un travail sur le terrain qui viendrait donner des réponses aux travailleurs sociaux qui interpellaient la psychiatrie sur ce que l’on nomme les difficultés psychologiques des gens. On se disait aussi qu’il faudrait imaginer une forme de prévention, mais la prévention en terme de santé mentale, ce n’est pas toujours évident à cerner.... C’est ainsi qu’est né le groupe FED, auquel j’appartiens, qui est en fait un groupe d’aide aux individus et aux familles en difficulté psycho-sociale, voilà notre intitulé précis. Nous existons depuis 1986 et travaillons avec la mission locale de Vénissieux depuis cette époque. Dans la pratique il s’agit pour nous infirmières (ce sont uniquement les infirmières qui se déplacent sur le terrain)d’offrir nos services sous forme de permanence. Nous travaillons aussi avec les différents accueillants en contact avec les jeunes. Nous essayons d’intervenir dans la prise en charge globale du jeune et de décrypter à travers ce travail en partenariat une réponse satisfaisante pour le jeune. Mais il s’agit quand même d’une démarche de prise en charge au niveau de la santé mentale. Nos permanences s’inscrivent dans un travail clinique important que nous menons en équipe avec le médecin responsable. Nous avons tout un travail clinique et institutionnel sur la réponse que nous allons ensuite individuellement offrir sur le terrain social."

Alain GASTÉ, psychiatre des hôpitaux, responsable du groupe FED

"Le groupe FED s’est mis en place de manière expérimentale en 1986, avec le détachement de personnel de l’hôpital vers des missions de soins extra-hospitaliers et de présence dans la communauté. De cette expérience est née l’idée de proposer un réponse plus globale et institutionnalisée intégrant une relation de partenariat avec tous les travailleurs sociaux.

Le groupe FED est donc une structure de soins extra-hospitaliers, animée par une équipe constituée d’un médecin responsable, d’un psychologue, d’une assistante sociale et de cinq infirmières. Celles-ci interviennent sous forme de permanences dans les maisons du département du Rhône (centres médico-sociaux, une douzaine sur notre secteur)et les deux missions locales.

A la base de la création de FED, un double constat : la plainte sociale est très intriquée à un état de souffrance psychologique jusqu’à en figurer, dans bien des cas, une manifestation psychosomatique ; l’orientation vers un lieu de soins proposée par les travailleurs sociaux n’aboutissait pas forcément. Cela, semble-t-il pour deux raisons : la difficulté de passer de la plainte sociale à la reconnaissance d’un état de souffrance psychologique, puis à la formulation d’une demande de soins ; l’image inquiétante de la psychiatrie tant auprès des partenaires sociaux que des usagers.

L’intervention s’appuie sur cinq gestes techniques.

- L’élaboration de la demande. C’est une phase qui s’effectue avec les travailleurs sociaux, puis directement avec les usagers. Elle consiste à repérer un état de souffrance psychologique, à en appréhender l’ampleur et son implication dans la manifestation des difficultés sociales.

- Le traitement au cours de l’action sociale. Il s’effectue dans les centres médico-sociaux et les missions locales et s’oriente en fonction de priorités définies en équipe. Il s’appuie sur un travail de réflexion clinique élaboré au cours de la réunion hebdomadaire de supervision animée par le psychologue de FED.

- L’accompagnement. L’infirmière de FED soutient une demande de soins par son engagement dans la relation thérapeutique. Elle est garante du soin mis en oeuvre.

- Un autre niveau d’intervention peut être l’orientation vers un processus de soin à plus long terme.

- Un autre enfin, consiste en la participation au traitement d’urgence des situations de crise, orientation vers le centre de crise ou le centre de thérapies brèves qui constitue avec FED l’unité fonctionnelle de crise du dispositif de secteur."

Mots-clés

santé mentale, santé publique, insertion sociale, exclusion sociale, travail, partenariat, exclusion sociale et santé


, France, Rhône-Alpes, Vénissieux

Commentaire

L’avantage principal de ce principe réside dans la proximité. Pour les acteurs sociaux, cela permet d’échanger sur des situations, pour les jeunes cela leur évite toutes ces démarches qui font partie de leurs difficultés d’accès aux soins quand il s’agit d’aller vers un lieu plus spécialisé.

Pour le psychiatre, si " le principe de base - interface, partenariat, travail en réseau - n’est pas nouveau, la nouveauté consiste précisément à le maintenir et à y conformer toute l’action des professionnels : il s’agit de ménager et garantir un espace de pensée, permettant seul le travail de (re)liaison et d’élaboration psychiques auquel le psychiatre ou plutôt les "psychistes" ont l’ambition de faire accéder les plus démunis."

Notes

Mise à jour 10/1997.

- Dr Alain GASTÉ, groupe FED, 18 rue gabriel fauré, 69200, Venissieux. Tél : 04 78 70 27 95.

- Martine CAUWET, Mission Locale, 39, rue des matyrs de la résistance, 69200 Vénissieux. tél : 04 72 50 02 62

Entretien avec GASTÉ, Alain; CAUWET, Martine

Source

Entretien ; Articles et dossiers

MALBOSC, Françoise, CR-DSU=CENTRE DE RESSOURCES SUR LE DEVELOPPEMENT SOCIAL URBAIN, Santé et développement social : Médicaliser le social ou socialiser la santé ? in. Les Cahiers du CR-DSU, 1996/06 (France), N°11

CR DSU (Centre de Ressources sur le Développement Social Urbain) - 4 rue de Narvik, BP 8054, 69351 Lyon cedex 08, FRANCE. Tél. 33 (0)4 78 77 01 43 - Fax 33 (0)4 78 77 51 79 - France - www.crdsu.org - crdsu (@) free.fr

contact plan du site mentions légales