español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Comment établir des priorités en promotion à la santé

Bernard PISSARRO

06 / 1996

Il est fréquent que l’on ait, sur le terrain, à décider à quel(s)projet(s), parmi d’autres, on donnera suite, donc à déterminer des priorités.

Dans le cadre de la Promotion de la Santé dont un des objectifs principaux est de <permettre aux gens d’augmenter leur contrôle sur leur santé et ses déterminants>1, l’analyse de la situation se fait avec les habitants à partir de leurs préoccupations, de leur désir d’agir sur leur situation. Cela se traduit rarement par un diagnostic exhaustif, mais le plus souvent par la définition de quelques thèmes qui leur tiennent à c ur. Le choix est alors le plus souvent limité. De plus, les projets élaborés avec et par les habitants ne portent pas toujours sur des difficultés, sur des problèmes.

- La première question devient : l’action projetée est-elle prioritaire en soi ? Et non par comparaison avec les autres projets.

- D’où la deuxième question : sur quoi - sur quels critères - va-t-on dire qu’il est légitime de donner suite au projet, de démarrer l’action ?

Dans notre expérience, les deux principaux critères de réussite d’un projet sont :

- le fait que c’est une préoccupation et un désir des habitants (mais ceci demande souvent tout un travail d’élaboration avec eux, et, le cas échéant, la collecte de données complémentaires),

- que des habitants soient prêts à s’atteler à la mise en place de ce projet (et si les habitants sont suffisamment motivés, ils pourront entreprendre plusieurs projets simultanément).

Il peut être nécessaire d’élaborer d’autres critères avec les intéressés. Ils se rapprochent souvent des précédents.

Au bout du compte, ce sont les habitants qui décideront de l’action (ou des actions)qu’ils veulent entreprendre. Il est exceptionnel que le projet soit utopiste ou trop complexe. Il arrive au contraire souvent que le thème paraisse futile aux professionnels ou aux élus par rapport aux difficultés vécues sur le quartier. Il n’en est pas moins important de permettre aux habitants de le mettre en place. Ce n’est que plus tard que les habitants devenus plus acteurs pourront aborder certains problèmes trop douloureux pour être envisagés de première intention.

S’il s’agit d’une des premières actions entreprises avec les habitants d’un quartier, il est très important que le projet n’oublie pas ce qui s’est déjà passé dans le quartier, qu’il soit réalisable à suffisamment court terme, pour que les habitants puissent sentir qu’ils sont dans un processus dont ils sont les acteurs, qu’ils sont pris au sérieux, et qu’ils peuvent être des acteurs de changement.

LA QUESTION DE L’ÉVALAUTION

De plus en plus, des exigences d’évaluation accompagnent les actions de promotion de la santé, ce qui ne va pas sans soulever toute une série de questions.

Autant il est souhaitable que les actions entreprises puissent être évaluées, autant ce critère est porteur de risque : la tentation devient grande de ne retenir que des projets faciles à évaluer, dont les résultats sont quantifiables, et d’écarter un projet dont l’évaluation est plus, voire trop difficile.

Ce sont habituellement les financeurs des actions qui ont ce type de demande. Ailleurs, ce sont les élus, ou d’autres partenaires institutionnels. Parfois, mais plus rarement, ce sont les acteurs professionnels de terrain, voire même les habitants impliqués dans l’action.

Quoi qu’il en soit, dès lors qu’une évaluation se met en place, ces différents partenaires y sont tous intéressés. Mais leurs attentes respectives sont toujours différentes et il sera indispensable que ces diverses attentes puissent s’exprimer afin que l’évaluation les prenne en compte dans la mesure du possible.

Il faut cependant rappeler que poser le problème de l’évaluation d’une action, c’est d’emblée soulever la question de ses objectifs.

Dans le cadre de la promotion de la santé, les actions entreprises ou à entreprendre ont pour objectif - souvent principal, en tous cas toujours présent - que les habitants soient acteurs de leur santé et de leur vie. Autrement dit, il faudra évaluer en quoi l’action entreprise a fait qu’à son issue, les participants sont un peu plus acteurs de leur santé et de leur vie, en quoi les processus mis en jeu leur ont permis d’être effectivement les acteurs de l’action, depuis sa conceptualisation jusqu’à sa réalisation... et à son évaluation. C’est dire aussi que ce sont leurs objectifs qui doivent être au c ur de l’évaluation.

Un des objectifs de l’évaluation peut être (mais ce n’est pas toujours exprimé - souhaité ?)de faciliter une évolution, des processus de changement. L’expérience montre que si les gens qui sont impliqués dans l’action ne sont pas impliqués aussi dans l’évaluation, dans sa mise en uvre, si l’évaluation est faite de l’extérieur, les changements éventuellement souhaitables risquent d’avoir bien du mal à se réaliser.

C’est pourquoi il semble essentiel de privilégier les processus d’auto-évaluation accompagnée, dans lesquels les habitants sont les acteurs de l’évaluation, de la définition de ses objectifs à ses conclusions, avec l’appui méthodologique d’intervenants extérieurs qui leur permettent de se former à cette évaluation et de la réaliser.

Les processus d’évaluation ainsi mis en place sont peut-être moins <scientifiques>que des processus plus traditionnels, mais ils permettent aux habitants de s’approprier les résultats de leurs actions et de les faire évoluer en fonction des conclusions auxquelles ils sont arrivés. Il va de soi que l’auto-évaluation accompagnée peut porter aussi bien sur les objectifs, sur les processus que sur les résultats de l’action entreprise.

La place donnée à l’évaluation dans une approche des priorités illustre bien la globalité et la complexité que nécessite une approche communautaire des problèmes de santé.

Mots-clés

santé, santé publique, évaluation, évaluation participative, participation des habitants, santé communautaire


, France

Notes

B.PISSARRO est professeur de Santé publique, Université Pierre et Marie Curie, Paris.

1. Organisation mondiale de la santé, Santé et Bien-être Social, Canada, Association canadienne de santé publique - Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé : une conférence internationale pour la promotion de la santé, vers une nouvelle santé publique, 17-21 novembre 1986, Ottawa 1986, 2 p.

Source

Articles et dossiers

PISSARRO, Bernard, CR-DSU=CENTRE DE RESSOURCES SUR LE DEVELOPPEMENT SOCIAL URBAIN, Santé et développement social : Médicaliser le social ou socialiser la santé ? in. Les Cahiers du CR-DSU, 1996/06 (France), N°11

CR DSU (Centre de Ressources sur le Développement Social Urbain) - 4 rue de Narvik, BP 8054, 69351 Lyon cedex 08, FRANCE. Tél. 33 (0)4 78 77 01 43 - Fax 33 (0)4 78 77 51 79 - France - www.crdsu.org - crdsu (@) free.fr

contact plan du site mentions légales