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Savoirs populaires et développement rural

Quand des communautés d’agriculteurs et des monastères bouddhistes proposent une alternative aux modèles productivistes

Michel SAUQUET

08 / 1995

Seri Phongphit et ses collègues du Thai Institute for Rural Development (THIRD), ont réussi à faire de la "sagesse populaire "un thème de réflexion majeur pour les universitaires thaïlandais, à déplacer une partie de l’enseignement des amphithéâtres vers les petites exploitations agricoles où, en échangeant leurs savoirs, les agriculteurs deviennent eux aussi professeurs. Loin de s’en tenir à ces initiatives pourtant déjà remarquables, ils accompagnent techniquement les moines bouddhistes dans leur désir de mettre leur engagement non point seulement dans la méditation - toujours présente !  - mais aussi au service du développement de leur pays.

Dans le domaine de l’innovation, THIRD montre le rôle décisif des petits agriculteurs dans le processus de changement. Soumis à toutes les pressions d’un modernisme outrancier, nombreux sont ceux qui sont désireux de réfléchir à un développement en conformité avec leurs racines. A l’image des formes traditionnelles d’entraide villageoise qui se sont adaptées aux nouveaux modes de culture, il est possible de conjuguer l’ancien et le nouveau. "Du vin vieux dans des outres neuves" disent les paysans pour qualifier ces changements en douceur. La culture est en effet la base du développement et non un objet de simple admiration pour touristes ou pour érudits. "Comme les animaux empaillés qu’il faut bien tuer avant d’exposer, nous dit Seri Phongphit, la culture au musée n’est plus que l’image d’elle-même". Mais la culture n’est pas l’attachement au passé, elle évolue sans cesse, s’adapte en permanence. Elle est comme la toupie qui, pour rester debout, doit se trouver en mouvement. Les leaders paysans, les moines, les agents de développement, les intellectuels ou les experts ont un rôle important à jouer pour aider les paysans : celui de médiateurs. Ils doivent être à l’écoute des innovations villageoises pour qu’elles ne restent pas cachées et méconnues.

Dans le domaine agricole, des expériences de modernisation de l’agriculture villageoise représentent une voie nouvelle et une forme de résistance à la politique d’intensification agricole des pouvoirs publics. Agriculture autonome et autoconsommation sont les maîtres-mots du développement autocentré promu par THIRD à partir d’une valorisation des ressources locales. Les systèmes intégrés, qui combinent plusieurs types de production (culture, élevage, pisciculture, arboriculture)et recyclent les sous-produits, sont perfectionnés, ainsi que l’agro-foresterie et l’agriculture biologique.

Il n’est pas question pour autant d’ignorer le marché et le commerce. Le marché constitue un appoint important pour l’économie paysanne, même autocentrée. Mais pour mieux vendre, il faut s’associer. L’expérience de plusieurs coopératives montre l’importance de l’action collective, de la formation qui permet d’anticiper l’avenir et de gérer le présent, de la maîtrise du marché par les producteurs.

Dans le domaine de l’environnement, les difficultés concernent d’abord la forêt dont les deux tiers ont été rasés en l’espace de trois décennies. Les débuts de réaction sont le fait non seulement de techniciens ou de scientifiques, mais aussi des forces religieuses du pays, et en particulier des monastères bouddhistes. La mobilisation collective des paysans, notamment contre les entreprises forestières, a parfois été couronnée de succès. Au travers de ces affrontements, les paysans se réapproprient leurs ressources naturelles : arbres, sources, espace...

Dans le domaine de la lutte contre l’exclusion, THIRD compte sur les associations de femmes ou les mouvements d’agriculteurs dans les villages, et sur l’émergence d’un nouveau type de leaders, différents de ceux qui sont parachutés par l’Etat, plus à l’écoute de la vie et de la culture locale, parce qu’ils en sont issus.

Mots-clés

agriculture, développement rural, savoir populaire, savoir paysan, échange de savoirs, valorisation des savoirs traditionnels, agriculture et environnement, médiateur, vulgarisation agricole, communauté religieuse


, Thaïlande

Source

Livre

PHONGPHIT, Seri, Savoirs populaires et développement rural, FPH in. Dossier pour un débat, 1995 (France), n° 43

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - France - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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