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Les paysans peuvent-ils devenir des banquiers ? Expériences d’épargne et de crédits en Afrique pour faciliter l’accès au crédit par les plus démunis

Frédéric PRAT

03 / 1996

Pour sortir du cercle vicieux de la pauvreté, l’accès au crédit est souvent déterminant. Mais quel système d’épargne et de crédit est-il le plus efficace (en terme d’aide réelle au plus démunis), quel système est-il le plus durable (en terme de recouvrement du crédit et d’autofinancement)?

L’intérêt principal de ce livre, écrit par des spécialistes du crédit de l’IRAM (voir adresse dans le champ note), est de répondre à cette question par la présentation d’une multitude d’études de cas, essentiellement africains. Et ce tour d’horizon d’expériences conduit à au moins une conclusion : il n’existe pas de système de crédit parfait ni universel. Dans chaque situation, il faut analyser les expériences passées, les besoins de crédit, les potentialités d’activités rentables, les modalités de remboursement...

Soit. Mais tout de même, certaines histoires se répètent, certaines constantes se retrouvent d’une expérience à l’autre : lorsque l’on assiste par exemple à la naissance d’un groupe endogène d’épargne et de crédit, de petite taille, les résultats des premières années sont souvent excellents (si l’on s’en tient à l’indicateur du taux de recouvrement des crédits). Et, dès que la taille du groupe augmente, les impayés commencent à apparaître. Principale explication : la grande taille du groupe favorise l’anonymat des mauvais payeurs. Et lorsque ces taux de non recouvrement augmentent, les bons payeurs décident à leur tour de ne plus payer, ne voulant avoir à supporter à eux seuls la charge des déficits.

Mais alors, comment expliquer la réussite de la Grameen Bank en Inde, qui draine plus de 300 millions de dollars auprès de plus d’un million de "bénéficiaires", tout en maintenant un taux officiel de recouvrement de 98 % ? Expérience exogène (suscitée par un professeur d’économie), ce système a toutefois débuté à petite échelle en 1976. Ayant très vite convaincu, par son efficacité, de nombreux bailleurs de fonds, il s’est ensuite étendu rapidement.

De quoi s’agit-il ? Les prêts sont accordés à des individus appartenant à des groupes de cinq personnes, qui se choisissent librement et se portent solidaires en cas de non-remboursement. Si, par hasard, le groupe a des problèmes, tous les membres sont exclus de tous les programmes de crédit.

A l’intérieur du groupe, les prêts vont d’abord à deux personnes. Si les premières échéances sont bien remboursées, deux mois après, deux autres personnes reçoivent l’argent, et le dernier membre un mois après. Les remboursements sont hebdomadaires.

L’objet du crédit est libre (près de 400 activités différentes ont été financées à ce jour), mais il doit être rentable, présenté et discuté devant le groupe et l’agent de crédit.

Les procédures sont simplifiées et compréhensibles par les emprunteurs, qui reçoivent systématiquement une formation/information avant et en cours de prêt. La supervision est régulière : le groupe voit une fois par semaine, à dates et lieux fixes, l’agent de crédit. Enfin, une cotisation obligatoire alimente un fond auprès duquel l’emprunteur peut solliciter un autre crédit s’il n’arrive pas à faire face à ses échéances de remboursement.

Bien sûr, il ne s’agit pas de reproduire ce système tel quel n’importe où. Cependant, en tentant de faire la part des spécificités culturelles, historiques, sociales de cette expérience, il est sans doute possible de l’adapter en d’autres endroits (comme en Guinée où, après quelques déboires initiaux, l’expérience semble concluante).

Les constantes qui semblent incontournables sont les suivantes : groupe restreint de solidarité, suivi régulier, formation, procédures simplifiées et compréhensibles par tous. Ne retrouve-t-on pas là les caractéristiques des petits groupes informels de crédits, telles les tontines africaines ?

Mots-clés

économie populaire, économie sociale, économie solidaire, développement économique, développement local, crédit, financement, coopérative d’épargne et de crédit, caisse d’épargne et de crédit, épargne, système d’épargne et de crédit, crédit solidaire, fonds rotatifs, tontine, accès au crédit, parrainage, caution solidaire


, Inde, Afrique

Notes

Informations complémentaires : Les auteurs ont complété l’ouvrage par un chapitre intitulé "pratiques d’intervention". Il s’agit de décrire l’ensemble des étapes nécessaires à la constitution d’une caisse d’épargne et de crédit, depuis le diagnostic de terrain, la création du système à petite échelle, son extension à un réseau, jusqu’à la formation nécessaire et l’évaluation et l’amélioration du système.

IRAM (Institut de Recherche et d’Application de Méthodes de développement rural), rue de la Glacière, 75 PARIS.

Source

Livre

GENTIL, Dominique, FOURNIER, Yves, Les paysans peuvent-ils devenir banquiers ? , SYROS ALTERNATIVES, 1993 (France)

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - France - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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