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Un territoire pour l’homme : Comment penser un aménagement du territoire centré sur l’Homme et son bien-être ?

Frédéric PRAT

04 / 1996

En 1994, le gouvernement français lançait un grand débat national sur l’aménagement du territoire. Parmi d’autres, Pierre Calame, président de la FPH, apporta sa pierre à l’édifice en rédigeant ce plaidoyer pour un aménagement du territoire centré sur l’homme et son bien-être. L’aménagement du territoire, c’est d’abord une politique dictée par la société que l’on veut construire pour demain ; c’est ensuite une politique d’aménagement, qui doit permettre d’articuler les différentes échelles d’espace, de fonder les bases d’une solidarité territoriale et de contribuer à la constitution de "milieux" cohérents, dotés d’une capacité d’initiative et d’adaptation permettant de construire son identité.

Pour parler d’aménagement du territoire, il faut d’abord examiner les grandes tendances actuelles que P. Calame classe en cinq grandes mutations : la technique et l’économie, l’agriculture, l’évolution des modes de vie, les impasses du système productiviste et les rapports avec les autres continents.

1. Aujourd’hui, les entreprises ont de plus en plus tendance à se spécialiser tout en se mondialisant. Les coûts de production ont considérablement diminué, au profit des investissement immatériels (logiciel, automatisation, contrôle de qualité, formation...). Ce n’est plus la quantité de main-d’oeuvre qui compte, mais sa qualité. L’entreprise s’implante donc de préférence dans un milieu où les cadres de haut niveau trouvent du plaisir à vivre et une certaine sécurité par rapport au futur (possibilité de changer de travail, d’éduquer les enfants...).

2. La mutation du monde agricole est tout aussi radicale : l’augmentation de la productivité agricole a entraîné une concentration des exploitations, la disparition du modèle d’agriculture familiale en même temps que la disparition des exploitations elles-mêmes. L’espace rural n’est plus synonyme d’espace agricole : Il faudra donc penser l’espace rural pour lui-même et non comme producteur de produits agricoles.

3. L’évolution de la société française suit le même chemin que partout ailleurs : réduction globale du temps de travail, clivage toujours plus prononcé entre riches et pauvres où les riches ont de moins en moins besoin des pauvres, développement de l’économie informelle... L’aménagement du territoire devra répondre à l’usage du "temps libéré", principalement réparti entre quatre grandes catégories : les jeunes, dont l’entrée dans le monde du travail est retardée ; les travailleurs dont le temps de travail est réduit ; les retraités, qui vivent toujours plus vieux ; et enfin la population exclue du marché du travail.

4. L’impasse du système productiviste est évidente : nos modes de vie occidentaux ne sont pas généralisables à la planète. Nous devons donc progressivement en changer, afin d’assurer un développement durable pour tous, une "écologie industrielle" privilégiant les cycles fermés (le déchet d’une des étapes du cycle est la matière première du cycle suivant). L’aménagement du territoire doit être considéré comme un maillon de cette nouvelle articulation des espaces entre eux, du mondial au local.

5. Enfin, dernière grande mutation, celle des rapports Nord-Sud, qui influencera directement l’aménagement du territoire. Deux phénomènes parallèles sont en train de voir le jour : d’un côté, la montée en puissance de l’Asie, qui attire moults investisseurs étrangers ; de l’autre, la surpopulation au sud par rapport aux terres agricoles disponibles et le vide des campagnes occidentales.

Ces constats, ainsi que de multiples réunions organisées par la FPH pour définir une "plate-forme pour un monde responsable et solidaire" permettent de définir les grands principes du développement durable, tant à l’échelle de la planète qu’à celle de l’Union européenne : sauvegarde écologique de la planète pour les générations futures, possibilité de développement harmonieux pour chaque être humain, diversité des cultures, droit et devoirs de chacun envers la société mondiale... Pour atteindre ces principes, point de recettes : les moyens mis en oeuvre doivent être définis par des structures proches des citoyens : c’est le principe de la "subsidiarité active". Mais pour qu’elle prenne tout son sens, cette subsidiarité doit trouver la bonne échelle d’intervention. C’est là que réside la proposition innovante de P. Calame : ni département, ni région, ni commune, cette échelle doit être celle du "territoire", défini comme un espace cohérent (bassin d’habitat, pays ruraux...)qui permette la gestion intégrée des systèmes bio-socio-techniques, la structuration de solidarités, la gestion des grands paysages... C’est ce niveau territorial qui, fort de ses obligations de résultats, doit en définir les moyens (fiscalité adaptée...)au travers d’une charte locale d’aménagement du territoire qui traduirait en politiques les objectifs de la charte nationale d’aménagement du territoire. Certes, ceci implique une véritable collaboration entre administrations d’une part, et entre institutions publiques et population d’autre part. Ceci implique également une meilleure adéquation des financements publics pour répondre à la fois à une stratégie de long terme et aux projets des populations à court terme. Ceci implique enfin, une réelle volonté et capacité de l’administration à se nourrir systématiquement des échanges d’expériences entre tous. Renforcer les échanges et la solidarité informels, aider à détecter et valoriser les compétences de chacun, mettre en place un système de crédit souple à l’initiative, couplé à des systèmes d’échanges de services, de savoirs, au niveau du territoire, sont quelques-unes des pistes évoquées pour lutter contre l’exclusion sociale. Réconcilier l’agriculture avec le territoire et la société passe notamment par une nouvelle relation entre urbains et ruraux, une nouvelle éducation plus systémique, et le développement d’une agriculture de qualité liée à un terroir.

Et P. Calame de conclure : "seules les sociétés capables d’une vision à long terme, autour d’un imaginaire collectif, affirmant la force des êtres face au poids des choses, sont capables de conduire leur destin. L’aménagement du territoire du XXIème siècle sera humaniste ou ne sera pas"

Mots-clés

aménagement du territoire, aménagement rural, aménagement urbain, plan d’aménagement, intervention de l’Etat, milieu rural, développement durable, transport


, France

Source

Livre

CALAME, Pierre, FPH=FONDATION CHARLES LEOPOLD MAYER POUR LE PROGRES DE L'HOMME, Un territoire pour l'homme, Editions de l'Aube, 1994 (France)

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