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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

La science des pays du Sud permet de mieux valoriser les ressources : exemples dans les trois continents

Pierre Yves GUIHENEUF

06 / 1996

Le paludisme provoque deux millions de morts par an. C’est plus que le Sida, mais les recherches sur un éventuel vaccin ne concentrent pas autant de moyens. Pourquoi ? Est-ce simplement parce que l’épidémie paludéenne ne menace pas les pays riches ? Question plus ennuyeuse encore : pourquoi les essais concernant un vaccin mis au point par le Pr Patarroyo, de l’Institut d’immunologie de Bogota, se sont-ils vus entravés par certains pays développés ? La science serait-elle soumise à la loi du profit ?

Une situation similaire a été dénoncée concernant la bilharziose, une maladie parasitaire qui affecte environ 200 millions de personnes - certes peu solvables - d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. Un produit prometteur, qui détruit le mollusque hôte de la maladie, a été obtenu à partir d’une plante locale par les Dr Lemma et Yohannes, de l’Institut de pathobiologie d’Addis-Abbeba, en Ethiopie. Pourquoi les firmes chimiques ou pharmaceutiques ne s’y intéressent-elles pas ? N’est-ce pas simplement parce que personne dans les pays concernés n’a les moyens ou la volonté de financer l’éradication de cette maladie ?

Que dire du vaccin anti-grossesse élaboré par l’Institut Indien d’immunologie, dont les essais ont été ralentis par l’OMS ? Selon les responsables indiens, il s’agissait là d’une manoeuvre destinée à favoriser un produit similaire élaboré par des chercheurs occidentaux.

On a beau jeu, dans ces conditions, d’affirmer la suprématie de l’Occident en matière de recherche scientifique ! Pourtant, de véritables découvertes et procédés techniques sont élaborés dans les pays du Sud. Un Prix Nobel de chimie, l’Américain R. Hoffman, raconte comment les Cubains ont mis au point des techniques de valorisation de la canne à sucre : on en extrait aussi bien des levures que des panneaux de particules destinés à l’ameublement, de l’acide citrique que des aliments du bétail, des contraceptifs que des médicaments anti-asthmatiques. Quant à l’Université de Dacca, au Bangladesh, elle a tiré de la jacinthe d’eau - une plante aquatique qui prolifère dans les canaux d’irrigation - du papier, du carton et des concentrés protéiques pour le bétail. En Inde, on a mis au point un insecticide à partir d’une plante locale, le neem. Au Brésil, on a tiré de la mélasse et des déchets de la canne à sucre un combustible à forte teneur en éthanol, destiné à l’industrie automobile.

Au-delà de la créativité et de la scientificité indéniables des chercheurs des pays du Sud, on a là une illustration de la richesse des ressources locales et de l’intérêt de leur valorisation, à la fois pour le développement et pour l’environnement. Une science au service des populations des pays pauvres est donc possible. Pour qu’elle puisse progresser, les moyens financiers et la coopération internationale lui sont indispensables.

Mots-clés

environnement, gestion des ressources naturelles, recherche, valorisation des acquis de la recherche, partenariat


, Afrique, Asie, Amérique du Sud

dossier

Idées, expériences et propositions sur les sciences et la démocratie

Source

Livre

BOUGUERRA Mohamed Larbi, {L’état de l’environnement}, La Découverte/FPH, 1993 (France)

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - France - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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