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La politique d’innovation technologique et la crise de la recherche fondamentale

Les politiques d’innovation sont plus déterminées par les structures industrielles que par les structures scientifiques, ce qui modifie l’équilibre sociologique qui régissait jusque là les rapports entre science et technique

Jacques POULET MATHIS

02 / 1998

On a récemment assisté à un renversement stratégique de grande ampleur. La politique d’innovation est, pour l’essentiel, devenue un moyen d’adapter l’offre technologique à la demande sociale. Mais ce que l’on a gagné au niveau de la mise sur agenda, on l’a perdu au niveau de la cohérence de la mise en oeuvre. La fragmentation de l’agenda en une pléiade de demandes localisées et sectorielles s’est accompagnée d’une élévation des coûts d’organisation comme de ceux des transactions informationnelles ; les innovations techniques devenues fragmentaires ne s’intègrent plus dans un processus d’ensemble et obéissent à une logique commerciale du "tout ou rien", de l’échec complet ou du plein succès. Bien plus, l’accumulation de ces coûts peut se traduire par un sentiment d’irresponsabilité politique. La technologie paraît devenir incontrôlable. Et cette perte de contrôle est imputée aux chercheurs qui ne sont pas en mesure d’exprimer en une vision du monde cohérente la pluralité des usages et des significations techniques. Cette évolution a entraîné la crise des mécanismes de régulation professionnelle. La multiplication des fraudes ou des scandales médiatiques liés à d’éventuelles fraudes (virus du SIDA, mémoire de l’eau...)jette le doute sur les conditions concrètes du travail scientifique. Menée par le "public spécialisé" que constituent les revues de vulgarisation, la dénonciation de la "fraude" devient l’occasion de rétablir la Loi scientifique, c’est à dire l’ordre fantasmatique de la communauté professionnelle. Mais ces affaires témoignent de la montée en puissance de la médiatisation de la recherche. Ainsi la science a-t-elle tendance à se modeler sur le prototype social fourni par la technologie: comme la technologie, la science doit "marcher", et tout de suite ; le droit à l’erreur, au secret des délibérations, à l’hésitation paraît ne plus être reconnu au chercheur qui risque fort soit de sacrifier à l’effet d’annonce soit d’être piégé par une exigence médiatique insatiable. En revanche, l’importance des nouveaux espaces de recherche (Europe, régions, technopoles...), la négociation d’activités de recherche avec les entreprises, la recomposition des frontières disciplinaires autour des sciences cognitives ou des biotechnologies ont considérablement augmenté les gains que l’on peut attendre de stratégies individuelles de "free rider". D’ou une érosion de la notion de "communauté scientifique". L’administration de la recherche voit le support des élites s’effriter à mesure que s’affirme le rôle nouveau des intermédiaires qui régissent le marché technologique. Ceux-ci sont généralement des ingénieurs ou des techniciens qui ont choisi de sortir des laboratoires pour créer des entreprises de service dans le domaine de la haute technologie, qui mettent en contact les industriels avec les chercheurs des organismes publics. Une nouvelle élite est en train d’apparaître qui déqualifie dans une certaine mesure les critères habituels de l’élitisme scientifique. Parallèlement, au sein des organismes de recherche, les chercheurs sont en compétition plus ouverte avec les techniciens pour la valorisation des savoir-faire. A la séparation entre chercheurs et techniciens pourrait succéder une séparation entre chercheurs et enseignants. La complexité croissante du monde de la recherche tend à l’éloigner progressivement du monde de l’enseignement...

Mots-clés

recherche, innovation technologique, chercheur, ingénieur


, France

Notes

Quelques extraits significatifs de la contribution de Luc ROUBAN, chargé de recherche au CNRS (Centre de recherches administratives de la Fondation Nationale de Sciences Politiques)à la table ronde du Comité de recherche "sciences sociales et politique de l’Association internationale de science politique, au centre de congrès de l’Université de Calabre, du 9 au 13 0ctàbre 1990

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

ROUBAN, Luc, Contributions de l'analyse politique au développement scientifique et économique, ISMEA in. Mondes en développement, 1991, Tome 19 N° 74

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