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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

L’Inde et les alternatives à la science occidentale

La critique de la science occidentale a provoqué en Inde un échange avec les traditions locales, qui a toutes chances de prendre de l’importance dans les prochaines années

Jacques POULET MATHIS

03 / 1998

Ci après quelques éléments significatifs extraits de l’article sous référence de Andrew JAMISON. « La lutte de l’Inde pour son indépendance a été, dans une mesure plus grande qu’ailleurs, une lutte pour la résurrection de la civilisation indienne. (…) Sous l’impulsion de Gandhi, les peuples du sous-continent indien ont été encouragés à faire revivre des pratiques techniques traditionnelles et ont même réussi, pour un temps, à oublier leurs antagonismes religieux afin de réaliser l’indépendance nationale. (…) La critique de Gandhi à l’égard de la science occidentale était fondamentale et globale. Elle reprenait, en les combinant, trois types de critique : -les critiques romantiques ou poétiques de la science occidentale, celles de son élitisme institutionnalisé et celles de son orientation technicienne. (…) Contrairement aux leaders marxistes ou positivistes de la plupart des des mouvements d’indépendance, Gandhi a cherché à développer un mode de vie alternatif dans lequel les techniques traditionnelles et les convictions non-occidentales auraient occupé une place prépondérante. (…) »

« L’Inde n’a manifestement pas suivi les principes de Gandhi pendant les deux premières décennies de son indépendance. Au contraire, d’ambitieux efforts y ont été déployés pour implanter dans la société indienne ce que Nehru appelait un « tempérament scientifique ». (…) Avec ses superstitions et ses conflits religieux, l’Inde avait besoin, pour Nehru, d’un changement radical. »

« Dans les années 70 apparaît un certain renouveau d’un courant gandhien sous-jacent, animé par Jaraprakash Narayan. Ce renouveau a été un facteur important à l’origine des protestations contre les grands barrages et les programmes de sylviculture sociale développés par le gouvernement. Il a également encouragé la défense de l’environnement, en particulier par le mouvement des « Amis des arbres » ; le fameux « Chipko », dans le Nord de l’Inde. (…) C’est aussi dans cette période que les « technologies appropriées » trouvent des échos profonds auprès des étudiants en ingénierie et se concrétisent dans l’éclosion de nombre de projets. " (…) « Dans un livre d’A. Nandy (Alternative Sciences-1980) émerge un autre type de critique. Nandy y montre combien deux scientifiques indiens (J. Chandra Bose-le physiologiste des plantes-ét S. Ramanujan-le mathématicien) avaient été bridés dans leurs travaux par leur indianité et met en lumière comment la tradition indienne leur avait fourni des occasions de dissensions créatives au sein même de la science occidentale. (…) On peut s’attendre à ce que ce type de critique exerce une influence grandissante sur les développements à venir de la science indienne. »

« L’émergence d’une critique de la science occidentale au sein de différents mouvements sociaux est encore plus significative. (…) Avec les groupes de technologie appropriée, dont la campagne indienne est toujours parsemée, les différents mouvements pour la défense de l’environnement représentent une critique concrète de la science occidentale en Inde. Ici, comme ailleurs, la critique est d’inspiration occidentale et ceux qui la formulent ont été formés à l’Ouest ; mais elle a provoqué un échange avec les traditions indiennes qui se poursuit toujours et qui a toutes les chances de prendre de l’importance dans les prochaines années. »

Mots-clés

science et culture, science et société, culture et technique, tradition et modernité, technologie appropriée


, Inde

dossier

Idées, expériences et propositions sur les sciences et la démocratie

Commentaire

Par de très nombreux aspects, au premier rang desquels l’extrême diversité de ses cultures, la profondeur des inégalités, l’importance de ses élites scientifiques et technologiques et celle des défis qu’elle a, fût-ce très partiellement, relevés depuis son indépendance, la « première démocratie du monde » est incontestablement l’un des lieux majeurs possibles de renouvellement créatif des relations entre sciences techniques et développement.

Notes

Le texte présenté est extrait de la contribution, sous le titre « La science occidentale et ses alternatives », d’Andrew JAMISON, à l’ouvrage collectif: « La quête incertaine: science-technologie-développement ». L’auteur est directeur des études graduées en politique de la science et de la technologie. Université de Lund (Suède)

Source

Livre

JAMESON, Andrew, LA QUETE INCERTAINE. Science-technologie-développement, EconomicaUnited Nations, 1994 (France)

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