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Respect des traditions et perception systémique de l’environnement

La nature comme site d’observation météorologique chez les Sérères du Sénégal

Mamadou DIOUF

09 / 1997

Au Sénégal, les Sereres, deuxième groupe ethnique par l’importance du nombre, occupe le centre du pays appelé Bassin arachidien. Ils sont agriculteurs, pasteurs et pêcheurs. C’est pourquoi ils ont une vision synchrétique de la nature qu’ils ont observée avec une rare finesse. Ainsi ils ont réussi à connaître, jusque dans le détail, les différents types du sol (pédologie), les types d’oiseaux qui vivent dans leur éco-système, les arbres et les plantes, les marigots et les cours d’eau de leurs différents territoires. Dans l’exercice d’une agriculture sous pluie et d’un élevage extensif, ils ont su aménager judicieusement leurs territoires. Ainsi ils ont conservé des réserves forestières appelées "bois sacrés". Entre autres utilités liées à la biosphère et à l’exercice des pouvoirs mystiques de leurs prêtres d’un culte païen qui a prévalu en ce milieu avant l’Islam et le christianisme, ces "bois sacrés" étaient de véritables observatoires météorologiques. En effet, dès le mois de mai de chaque année, les Saltiguais (prêtres du culte païen sérère)observaient le comportement des oiseaux migrateurs sur les grands arbres rescapés de la forêt climatique (? ?)qui bordaient de grands marigots. Si certains de ces oiseaux qu’ils avaient correctement identifiés faisaient leurs nids au sommet des grands arbres, c’est qu’ils avaient peur que ces nids construits plus bas ne soient mouillés par l’eau qu’il y aurait dès le mois de juin (début de la saison des pluies)dans le marigot. Donc les Saltiguais en déduirent que les pluies seraient abondantes. Si par contre les mêmes oiseaux migrateurs construisaient leurs nids sur les branches basses des arbres bordant le même marigot, c’est qu’il n’y aurait pas beaucoup de pluie cette année-là, ou ce serait même la sécheresse. Le Saltiguais réunissait alors les villageois, annonçait la nouvelle, dirigeait une prière propitiatoire à l’adresse de Roog, le Dieu unique sérère, pour lui demander, suivant de sauver le peuple d’une inondation ou d’une sécheresse éventuelles. Mais il prit également soin que soient prises les dispositions utiles : épargne des vivres, appel à la solidarité en cas de sinistre, retour à l’exploitation d’autres secteurs économiques (pêche, écoulement limité de certaines denrées stockées, le moment venu, déploiement des troupeaux de boeufs vers d’autres régions plus au sud ou à l’est où la nature pourrait être plus clémente.

Mots-clés

valorisation des savoirs traditionnels, écosystème, gestion des ressources naturelles, écosystème forestier, biosphère


, Sénégal, Bassin Arachidien

Notes

Cette fiche a été réalisée au cours de la rencontre à Dakar qui a réuni en février 1998 des habitants, des élus, des techniciens des villes de onze pays d’Afrique (Ouest et Cameroun).

Source

Texte original

Sénégal. Ministère de l'Intérieur - B.P. 4002 Dakar, SENEGAL. Tel 00 221 22 55 58. Fax 00 221 21 05 42 ou 221 21 43 36 - Sénégal

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