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Les systèmes d’échanges locaux S.E.L

Séverine PIERRON, Ina RANSON

04 / 1998

Les systèmes d’échanges locaux (SEL), sont en général créés dans le cadre d’une association loi 1901. Ils ont pour but de développer des échanges de services, de biens et de savoirs au sein d’un groupe de 30 à 2000 personnes. Pour dépasser le simple troc, le groupe définit une unité de mesure - appelé par exemple "grain" - qui régit les échanges, matérialisée par des carnets de bons, et gère le réseau par traitement informatique. Un catalogue d’offres et de demandes permet aux intéressés de se contacter directement. Dans cette période de crise, les SEL permettent en particulier à des exclus de consommer alors qu’ils n’ont rien dans leur porte-monnaie. Les promoteurs des SEL soulignent que les liens créés par ces échanges ont autant d’importance que l’échange des biens. "Le grain n’existe pas en tant que monnaie ; ce qui existe, c’est l’échange", souligne un document de réflexion rédigé en janvier 1998. "Dans le SEL on enlève les glaces et on rencontre l’autre. Des liens se tissent et créent une communauté où chacun est à la foisdonneur et receveur."

Des grains de SEL qui, en France, font grincer des rouages

La monnaie d’échange non thésaurisable existe depuis longtemps. En France, elle apparaît à Nice et à Monaco, en 1935,à Lignières en Berry (1956), Marans en Charente Maritime (1958).

La vingtaine de tentatives fondées sur le même principe d’une monnaie dite "franche", c’est à dire non thésaurisable, ont été des réussites techniques mais elles se sont toutes heurtées à l’opposition des banques et des Etats, les premières voyant leur monopole de fait de création monétaire mis en cause et les seconds craignant pour leurs ressources fiscales. Ainsi, les institutions d’Etat répondirent par l’interdiction, malgré le soutien d’hommes de

renom.

Aujourd’hui, ces systèmes sont en pleine expansion notamment dans les pays anglo-saxons et en Allemagne (voir fiche sur les "Talents"). La France n’est pas en reste : nés dans l’Arriège, les SEL se développent dans plusieurs régions et villes.

Il existe à l’heure actuelle environ 270 SEL.Leur succès commence à susciter des inquiétudes.

En janvier 1998, trois membres du SEL de Foix en Arriège ont été condamnés pour travail clandestin. Les faits incriminés : deux chômeurs avaient réparé la toiture d’une femme qui, sans revenus fixes, a pu "payer" en préparant des tofus. "Ce type d’agissement perturbe les circuits économiques traditionnels", estima la Chambre des Artisans du Bâtiment et la Fédération des Artisans du Bâtiment et des Travaux publics. Et le procureur de la République exprima la crainte que les SEL puissent représenter un "risque à l’égard de la collectivité nationale." Il est vrai que la condamnation des prévenus fut plutôt symbolique : une peine d’amende de 2000 F avec sursis pendant 5 ans etdes frais de dossier et d’avocats. Pourtant, l’association du SEL Arriège a convenu, avec les intéressés, de faire appel. Le procès est considéré par eux comme une aubaine. Depuis longtemps, les SEL, conscients de certains problèmes juridiques dans le cadre des lois du droit du travail, du droit fiscal et du droit bancaire s’étaient adressés à l’Etat en demandant que soit reconnu leur spécificité. Ils n’avaient jamais reçu de réponse. Enfin les choses bougent ! Ce qui est en jeu, estiment les membres du SEL, c’est que "les réprésentants de l’état jugent le nouveau avec de nouveaux concepts".

Les SEL etl’Europe Social

Ce procès a déclenché une avalanche d’initiatives : lettres aux députés, demandes de mise en examen par d’autres groupes de SEL, déclarations de Solidarité par-dessus les frontières... Les membres des SEL français sont appelés à s’adresser aux partenaires politiques, administratifs et associatifs susceptibles de les comprendre. Les SEL sortiront-ils définitivement de l’ombre?

"Si aujourd’hui ces systèmes d’échanges se développent partout en Europe, et pas seulement dans les campagnes, cela signifie qu’ils répondent à des besoins" analyse Alain Rollat dans le journal Le Monde. Et de commenter le procès des chômeurs de l’Arriège, coupables de travail clandestin : "Il y a de quoi illustrer à merveille, pour l’édification des générations futures, la difficulté chronique de la justice à vivre avec son temps. Les magistrats en cause bénéficient, certes, comme les plaignants, de circonstances atténuantes. A première vue, le fonctionnement de ces réseaux d’entr’aide qui remplacent l’argent par le troc, et au sein desquels on peut échanger des services contre des biens...semble procéder de pratiques moyennâgeuses remises au goût du jour par de singuliers utopistes. La transparence qui caractérise ces échanges et la philosophie qui inspire ces communautés se traduisent par l’émergence de micro-sociétés parallèles dont les normes de vie échappent à l’entendement de la société dominante parce qu’elles se fondent sur d’autres valeurs que les valeurs marchandes."Le journaliste regrette qu’encore peu de médias aient jusqu’à présent "mesuré la portée internationale" de l’évènement du procès. "Ces bricoleurs de solidarité sont, en effet, pour l’instant, sur le terrain, les seuls à bâtir l’Europe sociale, " conclut-il en citant avec humour une journaliste du programme de télévision "Arte".

Mots-clés

solidarité, économie régionale, relations sociales


, France

Commentaire

Thèses exprimés dans un document de réflexion adressé à tous ceux qui désirent participer à la discussion ouverte par le procès en France : "Le SEL, c’est une des composantes de la recomposition sur des bases humaines d’un nouveau tissu social complètement détruit par le principe du "tout économique". -"Devant le vide juridique que représente l’échange multilatéral, nous sommes prêts à envisager par exemple une forme de travail d’intérêt général (qui correspondrait aux charges fiscales que l’on nous reproche de ne pas payer). Ce T.I.G. enrichirait la société de notre activité (produits biologiques à apporter aux cantines, aide scolaire aux enfants en difficulté, entretien du patrimoine etc.)

Notes

Contact : Le SEL PYRENEEN, Canterate, 09600 Montbel, Tél/Fax05 61 68 17 44. SEL’IDAIRE, 09500 Lapenne, Tél/Fax 05 61 67 51 01, Emailjeffmail@.dotcom.fr. A noter qu’il existe sur Internet depuis juin 1997 un site belge : "Troc en stock", fondé par un militant pour les échanges non monétaires. Adresse : www.trocenstock.be

Source

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