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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Quand l’Afrique posera ses conditions

Négocier la coopération internationale : le cas de la vallée du fleuve Sénégal

Robert DOUILLET

07 / 1998

De tout temps, les habitants des rives du fleuve Sénégal ont pu vivre de leur travail même dans des conditions climatiques parfois difficiles. Au Mali, en Mauritanie ou au Sénégal, les communautés paysannes subvenaient à leurs besoins en respectant les agro-écosystèmes dans lesquels cultures sous pluie et cultures de décrue étaient complétées par l’élevage et la pêche.

Dans les années 1980, deux immenses projets d’irrigation ont été réalisés dans cette vallée avec comme objectifs la lutte contre la désertification, l’insuffisance alimentaire et la dépendance énergétique, mais aussi pour permettre l’alimentation en eau potable et la navigation. Ces projets de barrages démesurés, associés aux périodes de sécheresse, ont mal répondu aux objectifs de départ ; mais ils ont aussi et surtout appauvri les populations locales en détruisant la structure foncière, en favorisant la riziculture au détriment des cultures vivrières, en éliminant le bétail, les poissons, les arbres, etc.

En fait, deux logiques différentes continuent de s’affronter:

- Celle des bailleurs de fonds qui cherchent à "mettre en valeur" la vallée pour des raisons macro-économiques, cherchant la rentabilité à court terme, et cherchant à imposer une technologie occidentale sophistiquée;

- Celle des paysans, exclus de la logique précédente, dont la seule force est d’être sur le terrain, et le seul but d’arriver à survivre.

Malgré les déséquilibres et autres difficultés, les associations paysannes s’organisent. Affirmant que la principale ressource réside dans le savoir et le courage des hommes et femmes qui l’habitent, et que le vrai secteur privé est celui de l’agriculture paysanne et familiale, une quinzaine d’entre elles signent en avril 1992 "l’appel de la Vallée".

Elles demandent aux paysans d’organiser des groupements forts pour gérer les problèmes de stocks, de protection d’un terroir, d’entretien d’un réseau d’irrigation, ou de gestion des parcours de bétail. Elles les sollicitent pour, à l’échelon des fédérations, constituer une force de négociations pour le fonctionnement des barrages, les conditions de commercialisation de leur produits, ou les relations avec les O.N.G. et l’aide en général.

Elles demandent aux autorités administratives de reconnaître ces organisations paysannes comme des interlocuteurs de premier rang notamment pour leur statut juridique, la régulation des crues artificielles, la politique d’affectation et d’aménagement des terres...

Enfin, elles invitent les ONG à donner priorité à l’aide à la production, à l’information et la formation et à éviter de subventionner un secteur privé enfonçant les paysans dans la dépendance technique et économique. Elles leur demandent aussi de juger les organisations paysannes en fonction de leur représentativité et leur transparence plutôt que sur leur conformité au discours occidental.

Mots-clés

coopération, politique de coopération, coopération internationale, bailleur de fonds, organisation paysanne, agriculture paysanne, citoyenneté, pression sociale, revendication sociale, Etat et société civile, irrigation


, Sénégal, Mauritanie, Mali

Commentaire

L’appel de la Vallée est située en annexe de "Quand l’Afrique posera ses conditions". Il en est en fait l’esprit et l’illustration du contenu. Car cet ouvrage présente les réflexions des journées organisées en mars 1994 par la CIMADE sur le thème central de la conditionnalité du Sud par rapport à la coopération avec les pays du nord. De façon très structurée, et illustré par des témoignages, il analyse avec lucidité, courage et esprit - véritablement - critique les dernières décennies de cette coopération à partir du cas de la vallée du Sénégal, la vallée la plus étudiée au monde avec celle du Mékong. Au fil des 120 pages, il préconise auprès de l’ensemble des partenaires - bailleurs de fonds, états, ONG et communautés locales - les moyens d’aboutir à une véritable coopération équilibrée permettant d’atteindre le mieux être par un développement négocié par l’ensemble des alliés.

Source

Livre

CIMADE, Quand l'Afrique posera ses conditionsNégocier la coopération internationale: le cas de la vallée du fleuve Sénégal, FPH in. Dossier pour un débat, 1996/07 (France), n° 67

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