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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Le temps choisi

Un nouvel art de vivre pour partager le travail autrement

J.P. TRANCHANT

07 / 1998

Le travail, autrefois centre de la cohésion sociale, est devenu une force de division puisque la moitié des gens travaillent comme des fous pendant que l’autre moitié se trouve sans emploi ou travaille à temps partiel ou de façon discontinue et disqualifiée. La crise que nous vivons n’est pas une crise de production, mais avant tout une crise de non-répartition de la richesse et du temps.

Les changements des dernières décennies (diminution du travail disponible, mondialisation, sauts tech-nologiques)cachent une profonde mutation dans les rapports de lôHomme à la matière, au temps, à l’énergie, au vivant et à la nature. Nous n’avons pas pris conscience de ce changement de norme, ce qui nous a conduit à un non-choix. Nous avons fait comme si le développement - croissance était généralisable et illimité, et la non-croissance une crise passagère ; comme si la rationalité économique était universelle. Pourtant tout le monde sait bien qu’une approche radicalement nouvelle est nécessaire. Il faut explorer d’autres types d’échanges que le marché et envisager un autre rôle du travail dans la société.

Le temps choisi peut être une réponse à cette question. Ainsi cette expérience entreprise en Rhône-Alpes où des salariés acceptent de réduire leur temps de travail à un mi-temps pour se consacrer à la réalisation d’un projet personnel et ainsi permettre l’embauche d’un chômeur. Une association loi 1901 intitulée "l’université citoyenne du temps choisi" sert d’intermédiaire entre les parties concernées. Les volontaires du temps choisi ont trois points communs :

- Ils obtiennent un chèque de temps choisi, le même pour tous, de 3500 F net par mois pendant deux ans, correspondant à l’économie réalisée par la collectivité sur le coût d’un demi-chômeur.

- Ils réalisent un projet qui sort du cadre du travail comme moyen de gagner un salaire, et qui correspond plus à un défi que l’on se lance à soi-même.

- Ils signent un contrat triangulaire entre eux-mêmes, leur employeur et l’université citoyenne du temps choisi. Un contrat salarié-employeur portant sur les modalités du mi-temps de l’intéressé et son retour au bout de deux ans. Un contrat salarié volontaire-université du temps choisi permettant -d’agréer les idées-projets . Un contrat entre l’employeur et l’université apportant la preuve qu’un chômeur a bien été embauché à temps partiel sur un contrat à durée déterminée dans l’entreprise.

Cette expérience a permis l’embauche de 10 chômeurs. Elle montre que les propositions de réduction et de partage du travail décidées par le haut (loi Robien, 35 heures)peuvent être complétées d’une réduction et d’un partage du travail par le bas, de manière volontaire et citoyenne.

Le temps choisi s’insère entre le marché et l’Etat comme troisième forme de l’échange. On redécouvre ainsi l’économie non monétaire du don et de la réciprocité. Les systèmes d’échanges locaux ou SEL procèdent de cette même nature de l’échange qu’est celui du don où le lien est considéré comme aussi important que le bien. Toutes ces initiatives contribuent en fin de compte à renforcer la démocratie car le risque est grand de voir les exclus du grand marché planétaire se retourner en quête de salut vers des systèmes totalitaires.

Mots-clés

chômage, chômeur, travail, création d’emploi, création d’activité, emploi, relations sociales, lutte contre le chômage, lutte contre l’exclusion, solidarité, politique de l’emploi


, France

Commentaire

Des alternatives au chômage sont possibles à petite échelle. Il est vraiment regrettable que les institutions publiques n’aient apporté que très peu de soutien à l’expérience réalisée en Rhône-Alpes, même si ce système parait compliqué à organiser et difficilement transférable à l’échelle de tout un pays.

Source

Livre

PLASSARD,F., Le temps choisi : un nouvel art de vivre pour partager le travail autrement, FPH in. Dossier pour un débat, 1997 (France), n° 80

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