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Les rapports des exclus avec les institutions

Alain FORGEOT, Roland COLIN, Nicolas SILHE

10 / 1993

Suite à une recherche-action menée dans le bassin d’emploi de Cahors (département du Lot, France)entre 1987 et 1992 lors de laquelle 6O entretiens autobiographiques et 80 réponses à un questionnaire ont été recueillis, les résultats suivants ont pu être dégagés quant à la façon dont les exclus perçoivent les institutions.

- Le politique, perçu comme une administration parmi d’autres à laquelle on adresse des demandes, est qualifié en termes désabusés ("c’est du temps perdu")ou offensifs ("menteurs", hypocrites"). Ceux qui ont connu un engagement politique ou syndical en sont déçus.

- Les institutions d’aide sociale suscitent de nombreuses réactions de rejet : on perçoit les services sociaux comme "fouinant, contrôlant", comme prenant des décisions "à la tête du client". Un certain nombre de familles n’ont plus, ou presque plus de contacts avec l’aide sociale : expériences passées négatives, prise en charge par le milieu familial, réflexe d’amour-propre, de dignité, etc.

- Face aux institutions de traitement du chômage, même état d’esprit désabusé : les stages ne mènent pas à un emploi, l’interdiction du cumul des allocations de chômage et du travail à temps partiel conduit certains à travailler au noir, les stages posent de gros problèmes d’adaptation...

- Les institutions caritatives sont peu remises en question, mais plus de transparence est réclamée au sujet des critères d’octroi de services ou de l’obligation d’une participation financière (chez certaines d’entre elles).

- Parmi les autres institutions, les associations de quartier suscitent très peu d’engagement personnel. La justice et les banques sont accusées d’être le lieu d’inégalités sociales.

Le fonctionnement des institutions apparaît comme inadéquat dans l’optique de susciter une dynamique de participation au développement local. Pourtant les exclus de tempérament "actif" manifestent un potentiel d’initiative et d’implication.

A partir de ces résultats, on peut mettre en évidence les points suivants.

D’une façon générale, on note le besoin de savoir faire évoluer les positions institutionnelles vers la définition et la mise en oeuvre de contrats plus clairs entre les partenaires.

Les partenaires exclus, en difficultés extrêmes, ne disposent pas d’informations suffisantes et d’instruments appropriés pour entrer dans une telle contractualisation responsable. Il apparaît important de favoriser sur ces bases une nouvelle médiation avec les institutions et, là où elles n’existent pas, de créer des structures médiatrices. Des expériences utiles peuvent être soutenues et développées à partir, notamment, d’associations d’usagers du RMI (Revenu minimum d’insertion)... et à différents niveaux, au-delà des simples commissions administratives qui, par ailleurs, ont leur utilité.

L’Aide sociale, sous toutes ses formes, exige d’être enrichie par une formation plus approfondie des opérateurs des services sociaux dans des voies utilisant les enseignements et les ressources de la recherche-action qui conduit à la co-formation des partenaires. C’est l’un des moyens de détruire "l’assistanat" (à la fois critiqué, honni, mais aussi subi, accepté, si ce n’est voulu par les "destinataires" de l’aide sociale).

Les stages d’insertion sociale correspondant à des offres stéréotypées ne semblent pas d’une grande utilité. Ils devraient répondre à des parcours plus personnalisés et identifiés, également contractualisés non pas de façon formelle mais responsable. L’utilisation de l’approche autobiographique, à la condition qu’elle soit menée avec compétence, paraît utile.

Il est ainsi nécessaire de mieux marquer la distinction entre l’humanitaire (souvent indispensable)et l’insertion dans la participation économique et sociale. Les "solidarités de proximité" auto-organisées que l’on observe apparaissent comme des supports qui changent le sens de l’intervention.

On en vient ainsi à reconnaître que l’organisation de la vie locale, en respectant l’ouverture aux exclus, est une sorte de passage obligé pour éliminer l’exclusion. Des structures associatives peuvent rétablir ou développer un tissu communautaire au sein duquel se partagent des informations, s’expriment des projets, se construisent des coopérations.

Mots-clés

exclusion sociale, insertion sociale, chômage, sociologie, milieu urbain, recherche, personne exclue, politique sociale


, France, Bassin d’emploi de Cahors

Commentaire

Fiche réalisée à partir de deux documents : 1. Exclusion sociale et chômage de longue durée : La parole des acteurs. Rapport et enseignements d’une recherche-action menée dans le bassin d’emploi de Cahors (1987-1992), Cahors, juin 1993, 389 p. (en particulier p. 37-57).- 2. Document de synthèse du rapport de la recherche-action [...], septembre 1993, 9 p. (en particulier p. 6-7).

Source

Rapport

COLIN, Roland; ATCHIKGUEZIAN, Arève, 1993

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