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Mali : cultures vivrières et cultures de vente ne sont pas toujours antagoniques

Pierre Yves GUIHENEUF

04 / 1997

Dans le sud du Mali, le coton est une culture qui détermine en grande partie le revenu des paysans. Son prix a donc une grande importance : il conditionne largement le pouvoir d’achat des producteurs et donc leur sécurité alimentaire. C’est pour cela que le Sycov (Syndicat des producteurs de coton et vivriers), une organisation de producteurs issue du mouvement social du Mali Sud, a engagé une lutte pour la défense de leurs intérêts. Depuis 1994, elle a permis aux producteurs, avec l’État et la Compagnie malienne des textiles, de participer à l’élaboration d’un contrat-plan pluriannuel qui détermine un prix plancher du coton et un mode de répartition des bénéfices entre les différents acteurs de la filière.

Contrairement à ce que l’on pense parfois, le choix de développer une culture de vente comme le coton n’est pas nécessairement contradictoire avec la production vivrière. Au Mali Sud, le coton, qui est une culture annuelle, est semé en alternance avec des céréales comme le haricot, le riz et le maïs. Ces cultures sont même complémentaires du coton, car elles valorisent bien la fertilisation élevée qui lui est apportée. En outre, les céréales permettent d’alimenter les animaux de trait, qui fournissent à leur tour une fertilisation organique dont bénéficie le coton.

Agir sur les échanges locaux et nationaux

Comme beaucoup de producteurs vivriers en Afrique, les paysans du Mali Sud s’affrontent à des problèmes de commercialisation des céréales. Le premier tient au fait que les producteurs vendent habituellement leurs grains juste après la récolte pour satisfaire des besoins financiers immédiats. à ce moment de l’année, les prix sont bas car les quantités disponibles sont importantes. Mais ils doivent en racheter plus tard au prix fort pour satisfaire leurs besoins alimentaires. Si les prix sont trop élevés, il arrive que des paysans doivent consommer leurs semences ou aller chercher du travail à l’extérieur pour se procurer les moyens financiers qu’ils n’ont pas. La solution qui a été trouvée à ce problème est celle des banques de céréales. Une association villageoise achète la récolte, la stocke sur place et la revend aux producteurs plus tard au juste prix. Ce système offre de bons résultats : la sécurité alimentaire est garantie et les associations peuvent réaliser des bénéfices modestes, mais qui leur permettent de mettre en place des actions de développement. Cela nécessite une bonne formation à la gestion de la part des responsables, et un capital initial.

Le second problème tient à la concurrence des importations de céréales, qui fait baisser les prix de façon durable. En ce qui concerne le riz, l’action des organisations de producteurs a contraint l’État à limiter les licences d’importation, ce qui a permis de faire remonter les prix. Lorsque ceux-ci sont trop élevés, ce qui nuit aux consommateurs, le gouvernement en accord avec les organisations paysannes, accorde de nouvelles licences d’importation, ce qui fait baisser les cours. Les importateurs et les grossistes jouent le jeu, mais ce n’est pas toujours le cas des détaillants, qui baissent rarement les prix de vente lorsque baisse le cours du riz. Le problème actuel est donc d’organiser des forces sociales de telle manière qu’elles puissent contrôler le marché jusqu’aux consommateurs, en faisant pression sur les détaillants.

Mots-clés

agriculture et alimentation, agriculture, agriculture paysanne, alimentation, souveraineté alimentaire, stratégie alimentaire, coton, agriculture vivrière


, Mali

Notes

Ce texte fait partie d’une série de cas portant sur la question de la sécurité alimentaire, recueillis parmi les membres du réseau Agriculture paysanne et modernisation (APM)lors de la rencontre de Yaoundé, en septembre 1996.

Entretien avec BERTHE, Antoine Baba

Source

Entretien

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - France - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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