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Shonar Bangla Friends : un cas de détournement d’objectifs

07 / 1993

La communauté des immigrés du Bangladesh en Italie.

En 1991, les Bengalais immigrés en Italie étaient environ 5.000, dont plus de 4.000 en situation régulière. Parmi eux, plus de 4.000 résidaient et travaillaient à Rome, dans les secteurs suivants : travail domestique, emploi dans des restaurants ou dans des hotels (un millier), travail dans le secteur des services, obtenu à travers le Ministère du Travail (une centaine), distribution des journaux dans les rues (170), les autres étant occupés de manière très précaire dans le petit commerce, aux feux rouges, dans les marchés, sur les plages, etc...

Une petite enquête réalisée au sein de la communauté avait montré que environ 75 % des travailleurs bengalais parvenaient

La naissance de la coopérative.

C’est à partir du constat de ces potentialités de la communauté (ressources humaines et financières), qu’en 1991 un groupe de 15 citoyens du Bangladesh a décidé de créer une coopérative, la "Shonar Bangla Friends", en profitant des possibilités offertes par la loi "Martelli", promulguée en février 1990, qui permettait à des immigrés de créer des coopératives dites "de production et travail". Les objectifs assignés à la coopérative étaient les suivants :

- création d’emplois pour les associés, mais également pour les autres membres de la communauté, à travers le lancement d’activités commerciales, dont l’importation et la vente de produits alimentaires et d’artisanat du Bangladesh, la restauration, etc... ;

- promotion culturelle, à travers la réalisation d’activités de nature à résoudre des problèmes d’insertion dans la nouvelle réalité (apprentissage de la langue italienne,...)tout en conservant une identité culturelle forte (par des video-cassettes, des journaux, des manifestations musicales, etc...);

- appui social aux membres de la communauté (accueil des nouveaux arrivés, recherche du logement, orientation vers les services, informations sur les procédures qui, comme on le sait, en Italie sont particulièrement complexes, recherche du travail, etc...).

Le démarrage des activités a été financé exclusivement grâce au travail et à l’épargne des membres, qui ont investi plus de 45 millions de lires (environ 30.000 US $)pour couvrir les frais de location, réparation et équipement des locaux, démarches administratives, achat du premier stock de marchandises, etc... La "Shonar Bangla Friends" a donc loué un local de 150 mètres carrés, à usage polyvalent, qu’elle a aménagé en fonction des différentes activités :

- une salle pour la vente de produits alimentaires du Bangladesh ;

- une salle pour video-club, bibliothèque, vente des journaux, rencontres ;

- une salle pour un petit restaurant, dans le but de permettre aux immigrés de trouver leurs plats nationaux à peu de prix et de se rencontrer ;

- un petit bureau pour l’administration et pour l’appui aux membres de la communauté.

Les activités décrites, montrent clairement que la coopérative, depuis le départ, avait été conçue pour être multi-fonctionnelle : elle avait, bien sûr des objectifs commerciaux, pour la production de revenu, mais elle se proposait clairement aussi des objectifs de solidarité et de mutualité, en plus d’objectifs d’auto-défense et de conservation de l’identité culturelle. Le local polyvalent, placé en plein centre, près de la gare, et la formule coopérative constituaient deux atouts importants pour réussir.

Evolution.

Les premiers mois furent un succès extraordinaire : les affaires prospéraient, le chiffre d’affaires s’élevait rapidement, de nouveaux investissements étaient faits, le petit bureau était assiégé par des immigrés qui demandaient et obtenaient un appui pour la résolution de leurs mille petits ou grands problèmes (25 appartements furent trouvés), le petit restaurant était un lieu important de rencontre...

Malheureusement, les problèmes commencèrent à surgir assez tôt à cause de l’intervention des autorités de la ville : on commença par contester le fait que la coopérative réalisait des activités très différentes dans un même local, ce qui n’est pas permis ; ensuite on confisqua toutes les video-cassettes parce que la coopérative n’avait pas encore l’autorisation nécessaire, alors qu’elle l’avait demandée en bonne et due forme depuis un an et qu’elle n’avait jamais reçu de réponse des autorité compétentes ; on l’obligea enfin à fermer le restaurant parce qu’il ne répondait pas aux normes sanitaires. C’est ainsi que la coopérative dut louer deux autres locaux dans la zone, avec un coût supplémentaire de 6 millions de lires par mois (4.000 US $ environ), ce qui était absolument difficile sinon impossible à couvrir avec les recettes des activités en cours, telles qu’elles étaient conçues. Il fallut donc commencer à introduire des changements : ayant dû louer et équiper un autre local pour le restaurant, il fallut augmenter énormément le prix des plats. C’est ainsi que bientôt le restaurant ne fut fréquenté que par des Asiatiques qui pouvaient se le permettre, et devint donc difficilement accessible au public pour lequel il avait été conçu. De plus, ce local dut fermer lui aussi pendant longtemps, à cause d’interventions ultérieures des services de la santé, pour lesquels il manquait toujours un détail. Pour l’aspect culturel, on aménagea, à grands frais (et toujours avec les fonds des membres et amis bengalais), un local pour les video-cassettes et journaux, mais l’autorisation n’arriva jamais. On introduisit alors une activité d’importation et vente d’artisanat, qu’on confia à une autre coopérative qui s’était entretemps constituée, mais les recettes étaient insuffisantes pour couvrir les frais récurrents. C’est ainsi que le magasin de vente des produits alimentaires fut, pendant longtemps, la seule source de recettes, qui furent de plus en plus utilisées pour faire face aux frais improductifs des autres activités.

Aujourd’hui, à deux ans du démarrage, malgré les efforts courageux de ses membres, la "Shonar Bangla Friends" se retrouve avec un programme d’activités mutilé et, par dessus le marché, avec des dettes importantes qu’elle ne sait plus comment couvrir (voir fiche IRED "Shonar Bangla Friends: acquis et problèmes").

Mots-clés

immigration, coopérative, création d’entreprise, rôle de l’Etat, bureaucratie, échec


, Italie, Rome

Notes

La personne de contact au sein de la coopérative "Shonar Bangla Friends" est son Président, M. Khan Luftar Rahman (Tel.(39-6)4467564- Rome). M. T. Cobelli, de l’IRED Nord, suit l’évolution de la coopérative depuis sa création.

Source

Autre

COBELLI,Maria Teresa, IRED NORD

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