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Les politiques en matière d’approvisionnement en intrants et de commercialisation du bétail des organisations d’éleveurs au Sahel burkinabé

Claire TARRIERE DIOP

03 / 1996

Face aux multiples changements que connaît l’élevage burkinabé depuis les années 70, quel est le rôle et quelles sont les capacités des organisations d’éleveurs ?

Le Sahel burkinabé, situé au nord du pays, est une des principales régions d’élevage du Burkina Faso. L’élevage de cette région va connaître un certain nombre de changements, conséquence de cinq principaux facteurs.

1. La concurrence de viandes bovines européennes fortement subventionnées entraîne une chute de la part de l’élevage dans le PIB qui de 30

en 1970 passe a 11

en 1990.

2. Suite aux sécheresses de 1973 et 1984, de nombreux éleveurs deviennent simples bergers de leurs troupeaux cédés à des agriculteurs et citadins. Ces derniers vont développer un nouveau type de production tournée vers la commercialisation, notamment à travers l’embouche, et optimisée par l’utilisation l’intrants (alimentation du bétail à base de sous-produits agro-industriels (SPAI)et recours aux produits vétérinaires). Ces nouveaux agro-pasteurs vont s’organiser en groupements d’éleveurs, souvent incités par des intervenants extérieurs dont l’implantation dans la zone a eu lieu lors des périodes de sécheresse.

3. Avec la mise en place du plan d’ajustement structurel en 1989, l’Etat se désengage des filières d’approvisionnement en intrants. La distribution des SPAI assurée par l’office national vétérinaire se fait au profit de gros commerçants ou de l’exportation, réduisant ainsi la part destinée à l’intérieur du pays. Avec la privatisation du métier de vétérinaire, il n’existe aucun vétérinaire dans la région de Sahel.

4. La dévaluation du franc cfa en 1994 entraîne une hausse du prix des intrants. Cette dernière est cependant compensée par une progression des cours du bétail qui ajoutée à d’autres facteurs a permis à la viande sahélienne de redevenir concurrentielle face à la viande européenne.

5. Plusieurs des facteurs ci-dessus ont comme conséquence le passage d’un élevage de subsistance, où le bétail est d’abord un investissement social, à une production axée sur le marché.

Dans ce nouveau contexte où à la fois l’élevage étant devenu avant tout une activité économique rend nécessaire l’utilisation d’intrants, et ou d’un autre côté l’accès à ces derniers est de plus en plus difficile, quel est le rôle des groupements d’éleveurs ?

Une bonne moitié des groupements et des unions ne s’occupent pas de l’approvisionnement en SPAI; les raisons évoquées étant l’absence de fonds propres ou d’appuis extérieurs, ou une pratique de l’embouche individuelle, comme c’est le cas chez les femmes. Il n’en demeure pas moins que l’autre moitié des groupements tient une place conséquence dans la distribution de SPAI, de part la quantité distribuée et la pratique de prix faibles. Cependant, ceci doit être relativisé par le fait que 80

des produits distribués le sont par seulement deux groupements. Ces deux derniers sont aussi les seuls à satisfaire les besoins de leurs membres en produits vétérinaires, l’indisponibilité des produits constituant le principal problème. Seulement une minorité de groupement commercialise le bétail des membres, et la majorité d’entre eux le fait à travers les circuits traditionnels de commercialisation. Seules quelques organisations vendent directement sur le marché de Ouagadougou ou dans les pays voisins, écartant ainsi les intermédiaires. Cette faible participation des organisations dans la commercialisation s’explique en partie par le manque d’information, mais aussi par le fait que cela ne soit pas une préoccupation majeure des membres pour l’instant. En fait, dans la quasi-totalité des groupements, la fonction sociale l’emporte sur la fonction économique. Ceci apparaît tant au niveau de la motivation d’adhésion des membres que dans les activités prises en charge par le groupement. Deux groupements font exception, en pratiquant exclusivement des activités économiques. Composé essentiellement de commerçants, ces groupements bénéficient de leur expérience et de leur maîtrise des circuits commerciaux.

Si les organisations ont un rôle à jouer face à la limite des capacités des services étatiques à répondre aux besoins des éleveurs, elles ne sont pour l’instant pas capables d’assurer le développement économique de l’élevage. Alors que les membres attendent des organisations qu’elles interviennent dans l’approvisionnement en aliments de bétail et en produits vétérinaires et qu’elles favorisent le développement de l’embouche, ces organisations connaissent de nombreuses limites : manque d’information sur les circuits, déficit de financement, problème d’organisation interne.

Mots-clés

organisation paysanne, éleveur, sécheresse, ajustement structurel, élevage


, Burkina Faso, Sahel

Commentaire

Quatre institutions sont à l’origine de cette étude : le Réseau Stratégies Alimentaires (RSA), Agriculteurs Français et Développement International (AFDI), Groupements, Associations villageois et Organisations paysannes (GAO), et Vétérinaires sans frontières (VSF). Des enquêtes ont été menées auprès de groupements, d’unions et d’individus membres, entre septembre 1994 et janvier 1995. Un forum de restitution de l’étude s’est déroulé autour de la problématique suivante : les organisations et les membres désirent une plus grande implication dans les activités situées à l’amont de la production, et délaissent celles placées en aval, en particulier la commercialisation. La formation pour des auxiliaires d’élevage et un meilleur accès à l’information des éleveurs ont été les deux principales revendications ressorties de ce forum.

Notes

Colloque "Agriculture paysanne et question alimentaire", Chantilly, 20-23 février 1996.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

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