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La formation d’associations paysannes issues de mouvements sociaux

Les contraintes et le rôle des acteurs qui les soutiennent

Marguerite BEY

03 / 1996

En l’absence d’une réforme agraire, les paysans sans terredu Brésil s’appuient sur divers acteurs sociaux qui soutiennent leur lutte pour la terre pour susciter un rapport de forces favorable. Le Mouvement des Sans Terre s’organise dans tout le pays pour repérer puis envahir les grandes propriétés rurales qui ont des problèmes financiers. Le mouvement s’adresse alors à l’Institut National de Réforme Agraire (INCRA)qui joue alors le rôle d’intermédiaire entre le mouvement, le propriétaire et le gouvernement de l’Etat. Dans le cas d’une acceptation, une association sous le modèle coopératif devra être constituée. Cette exigeance provient à la fois des organismes de financement et du service de planification de l’Etat. Le système d’auto-gestion de la coopérative est atteint en trois étapes : tout d’abord, l’organisation est gérée par une assemblée générale des paysans et un comité de gestion formé des leaders du mouvement et des techniciens des services publics ; ensuite, une étape de co-gestion accorde davantage de poids aux techniciens, qui animent les discussions et interviennent dans les décisions ; enfin, l’auto-gestion de l’association débouche sur la production collective.

En ce qui concerne les acteurs en présence, il faut savoir que " le mouvement social est une organisation qui devient multi-organisationnelle " et que les différents acteurs poursuivent à la fois des objectifs communs et d’autres objectifs différents mais convergents (cas du Syndicats des Travailleurs Ruraux, de l’Eglise catholique). Trois types de conflits sont identifiés :

- un premier conflit porte sur la dichotomie propriété individuelle/propriété collective et travail collectif. L’aspect collectif est préservé pour accéder aux programmes de financement, mais certaines familles revendiquent une exploitation individuelle en propriété privée.

- ce conflit interne s’étend aux relations avec les techniciens et la bureaucratie gouvernementale. Chacun des acteurs en présence tient un discours différent et oblige ainsi les paysans à développer des stratégies vis-à-vis de chacun d’eux pour s’assurer le soutien qui leur est nécessaire pour leur auto-promotion.

- un troisième type de conflit concerne la production collective : si l’égalité des droits et des devoirs est la règle première d’une association, une hiérarchisation s’établit dans la gestion de la production, d’autant plus justifiée que l’engagement et la productivité de chacun sont différents. Cette double-expérience de relations verticales et horizontales s’avère être une source de conflit.

Engagement, productivité, forme d’exploitation et régime foncier sont les facteurs essentiels de la gestion associative. Ils exigent de la part des leaders une grande capacité de gérer les tensions internes tout en poursuivant la lutte pour une culture associative. Il s’établit nécessairement un rapport de pouvoir, interne et avec l’extérieur, qui permet l’émergence de ces conflits.

Face à tant de contraintes et d’incertitudes, les paysans développent deux types de stratégies : d’une part, il s’agit de préserver les associations pour médiatiser les rapports entre les groupes paysans et entre eux et les différents acteurs extérieurs ; d’autre part, il faut organiser l’approvisionnement alimentaire des familles, en particulier grâce à une diversification des sources de revenus. Sur le premier point, la stratégie a pour effet de maintenir la mobilisation et l’articulation des paysans. Au contraire, le second point fait appel à une stratégie individuelle et, qui plus est, pour assurer la survie de leur famille, renforce la dépendance des paysans vis-à-vis des propriétaires (pour le travail salarié), mais aussi des interventions politiques (distribution de paniers alimentaires, par exemple), quand l’association n’est pas en mesure de satisfaire les besoins alimentaires familiaux.

Les réseaux d’associations constituent un tissu social marqué par une stratégie de coopération qui vise à maintenir leur position dans le " municipe ". Le rôle du Syndicat des Travailleurs Ruraux est d’agir en ce sens en formant des leaders.

La diversité des associations est liée d’une part à leurs fonctions, diversifiées, s’il s’agit de gérer une colonie de familles paysannes, ou seulement économiques, s’il s’agit d’une association de paysans propriétaires ou fermiers, et d’autre part à leur composition sociale diversifiée.

Le cas de l’Etat du Pernambuco montre finalement le rôle des instances politiques et la pression du bloc au pouvoir contre la réalisation d’une véritable réforme agraire.

Mots-clés

paysan sans terre, agriculture familiale, association de producteurs, mouvement social, conflit social, réforme agraire, intervention de l’Etat, libéralisme, organisation syndicale, église catholique, revenu agricole, autogestion, développement rural


, Brésil, Pernambouc

Commentaire

Ce texte montre les divers aspects de l’expérience que les paysans accumulent dans l’organisation et sa gestion. A partir des concepts d’action collective et de conflit, l’auteur tente de saisir la complexité de la formation, puis de la reproduction, des associations paysannes. Cette vaste expérience dépasse largement les rapports paysan/patron pour mener l’apprentissage de l’action collective à l’échelle macro-sociale.

Il est toutefois regrettable que le concept de paysan ne soit pas mieux défini, s’agissant le plus souvent de familles qui luttent pour obtenir un lopin de terre.

Notes

Colloque "Agriculture paysanne et question alimentaire", Chantilly, 20-23 février 1996.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

RODRIGUES, Selma

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